Mort de George Floyd : "Cette tragédie, c'est juste une de trop", dénonce Jo-Wilfried Tsonga

Le tennisman français Jo-Wilfried Tsonga réagit sur franceinfo à la mort de George Floyd : "Ça donne envie de crier plus fort, de crier ma peine". Et il confie qu'il a lui-même été confronté au racisme.

Jo-Wilfried Tsonga dans une vidéo dénonçant le racisme, après la mort de George Floyd : \"Rackets down, Hands up\".
Jo-Wilfried Tsonga dans une vidéo dénonçant le racisme, après la mort de George Floyd : "Rackets down, Hands up". (CAPTURE D'ECRAN INSTAGRAM)

Les États-Unis connaissent d'importantes manifestations et des affrontements dans de nombreuses villes depuis la mort de George Floyd, un Afro-Américain de 46 ans tué par un policier blanc lors de son interpellation le 25 mai à Minneapolis (Minnesota). Depuis, la colère gagne et plusieurs grands noms du sport, y compris en France, prennent la parole pour dénoncer le racisme.

"En tant que métis, ce genre de comportement m'est insupportable et j'ai l'impression que ça devrait l'être pour tous", réagit le joueur de tennis Jo-Wilfried Tsonga lundi 1er juin sur franceinfo. "C'est juste une tragédie de trop" qui "donne envie de crier plus fort", ajoute le tennisman, qui confie avoir été plusieurs fois victime de racisme depuis son enfance. Comme Serena Williams, Naomi Osaka ou Coco Gauff, mais aussi Gaël Monfils, il s'est joint à l'initiative du joueur de tennis Frances Tiafoe pour dénoncer le racisme dans une vidéo, "Rackets down, Hands up"

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franceinfo : Quelle a été votre première réaction quand vous avez appris la mort de George Floyd ?

Jo-Wilfried Tsonga : Ç'a été de la tristesse, comme d'habitude. Ce n'est pas parce que je m'exprime rarement à ce sujet que je n'en pense pas moins. En tant que métis, ce genre de comportement m'est insupportable et j'ai l'impression que ça devrait l'être pour tous. Le monde entier a été frappé par ce fléau, ça divise les peuples. Et être derrière ce pauvre George [Floyd], ce n'est pas juste être derrière la communauté noire américaine, c'est beaucoup plus que ça pour moi.

Ce fléau dont vous parlez, c'est le racisme.

On peut l'appeler comme on veut, c'est juste la non-acceptation de la différence. Le racisme, c'est connoté comme noir ou blanc. Mais la confrontation, elle est bien plus vaste que ça. La sexualité, les origines, les religions, ce sont toujours des raisons pour commettre des atrocités. Je trouve ça dégueulasse.

Vous même, avez-vous déjà été confronté au racisme ?

Oui, j'ai été régulièrement confronté au racisme, très régulièrement, et depuis ma plus tendre enfance. Et pourtant, j'ai un papa noir, une maman blanche. Je me considère Noir et Blanc. J'étais l'un des seuls enfants d'un père immigré dans mon école primaire. Je vous laisse imaginer la suite. Il m'a été inculqué de ne jamais mettre ça en avant pour en faire une revendication, de ne pas donner du grain à moudre aux ignorants. C'est vrai que je n'en parle jamais, mais je ne suis pas naïf à ce sujet. Cette tragédie, c'est juste une de trop. Forcément, ça donne envie de crier plus fort, de crier ma peine.

Comment le racisme se traduisait-il dans votre enfance ?

Au début, ça commence par des petits surnoms, à l'école. J'étais très sensible à ces choses-là. Ensuite, il peut y avoir des petites insultes, c'est quelque chose d'assez latent, qui est là mais qu'on ne voit pas vraiment, mais que les gens concernés ressentent très fort. Ensuite, étant interne au Centre national d'entraînement dans le 16e arrondissement de Paris, je me faisais souvent contrôler pour mes papiers d'identité dans la rue, alors que mes camarades, eux, n'étaient jamais contrôlés. J'ai été refusé dans des établissements alors que mes amis, eux avaient le droit d'entrer. On me disait : "Toi, tu n'entres pas, mais vous, vous pouvez entrer". J'ai vu mon père qui, parfois, était traité avec mépris ou avec peur. C'était douloureux pour moi.

Au début de ma carrière, certains médias sportifs m'interpellaient comme Jo-Wilfried Tsonga, fils d'un père congolais. Je ne comprenais pas pourquoi c'était si important, alors que j'étais Français. On avait déjà 'Yannick Noah, le Franco-Camerounais', mais bizarrement on n'entendait jamais 'Cédric Pioline, le Franco-Roumain'.Jo-Wilfried Tsongaà franceinfo

Pas besoin d'être un génie pour trouver l'erreur. J'adore Cédric Pioline, ça n'a rien à voir avec lui ! C'était toujours très gênant. Il a pu arriver que mes camarades, mes équipiers, parfois sans vraiment le vouloir, aient des phrases déplacées sur des aptitudes liées soi-disant à mes origines. Ou même, pire, des gens dans la rue qui cachaient leur sac. Ça, ça me faisait très mal. 

Comment combattez-vous le racisme ?

J'ai l'impression d'avoir construit mon identité de A à Z. Aucune place ne m'était réservée. C'était difficile de trouver ma place, d'un côté comme de l'autre, je n'avais pas l'impression d'être le bienvenu. Je ne m'assimile à aucune communauté ou plutôt à toutes les communautés. Ici, en France, j'ai toujours été considéré comme un Noir français, en Afrique comme Blanc africain. Mon fils est originaire de six pays, j'espère qu'il parlera plusieurs langues. C'est comme ça que je combats le racisme.