Infographies Midterms 2022 : Joe Biden peut-il vraiment se targuer d'avoir obtenu le meilleur résultat des démocrates depuis 40 ans ?

A l'issue des élections de mi-mandat, le président américain s'est félicité du score de son parti, en le comparant aux midterms de ces quarante dernières années. Mais à en croire des estimations à partir des résultats partiels, le score des démocrates ne sera pas non plus marqué par un succès historique.

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Le président américain Joe Biden se félicite du résultat de son parti au lendemain des élections de mi-mandat, le 9 novembre 2022, à Washington. (MANDEL NGAN / AFP)

Une défaite moins rude que prévu. Deux jours après la tenue des élections de mi-mandat, les démocrates risquent de perdre la courte majorité dont ils disposaient à la Chambre des représentants. Mais sans le raz-de-marée républicain qui avait été annoncé par certains sondages. Les résultats définitifs du scrutin ne sont pas encore connus, mais cela n'a pas empêché Joe Biden de se féliciter, mercredi 9 novembre, lors d'une conférence de presse.

"Alors que la presse et les sondages prédisaient une vague rouge, cela ne s'est pas passé. Nous avons perdu moins de sièges à la Chambre des représentants que tous les présidents démocrates lors de leur première élection de mi-mandat depuis quarante ans", a-t-il déclaré, saluant "un bon jour pour la démocratie".

Sur les 220 sièges que les démocrates détenaient à la Chambre des représentants avant le scrutin, combien risquent-ils d'en perdre ? Et est-ce réellement inédit au cours de ces dernières décennies ? Franceinfo a vérifié l'affirmation du président américain.

Selon les estimations, entre 6 et 19 sièges en moins pour les démocrates

D'après les résultats partiels du jeudi 10 novembre, donnés par l'agence Associated Press*, on ne connait la couleur que de 391 sièges sur les 435 que compte la Chambre des représentants : 207 pour les républicains, 184 pour les démocrates. Restent 44 sièges en suspens. Pour comprendre d'où Joe Biden tire son analyse, il faut se pencher sur les estimations réalisées par les médias américains, en fonction des scores historiques par Etats et par districts, des candidats en lice, et donc des probabilités que chaque siège restant revienne à un camp ou à l'autre.

Ainsi, selon le New York Times*, les démocrates empocheraient 202 sièges dans le pire des cas et 217 dans l'hypothèse la plus favorable. Ces estimations diffèrent selon les médias. Bloomberg* en compte entre 201 et 220 pour le camp Biden, FiveThirtyEight* en donne entre 203 et 216, et le Washington Post* table sur 214 ou 215 sièges. Résultat, en retenant les pires et les meilleures hypothèses, on peut estimer que les démocrates obtiendront probablement entre 201 et 220 sièges. Soit une perte nette de 2 à 19 sièges par rapport à l'hémicycle sortant.

Les midterms sont presque toujours en défaveur du parti présidentiel

Bien que le Parti démocrate perde arithmétiquement des sièges, et potentiellement la majorité à la Chambre des représentants, cela ne représente pas nécessairement une défaite plus cinglante que lors des précédentes élections de mi-mandat. Ces scrutins sont généralement positifs pour l'opposition, à la faveur d'une volonté des électeurs de mettre en place un contre-pouvoir plus fort face au président

De fait, sur les 19 précédentes élections de mi-mandat, le parti du président, qu'il soit démocrate ou républicain, n'a gagné des sièges qu'à deux reprises. En moyenne, entre 1946 et 2018, il en a même perdu 26. Le camp Biden a donc bel et bien limité la casse.

Le plus gros échec a été enregistré par Barack Obama, en 2010. Cette année-là, les républicains avaient pris 63 sièges aux démocrates à la chambre basse. Les conservateurs ne sont pas épargnés, eux non plus, par les votes sanctions lors des élections de mi-mandat. En 2018, Donald Trump a ainsi fait face à une "vague bleue" et vu son parti perdre 40 voix à la Chambre des représentants.

Probablement pas de record pour ces élections de mi-mandat

Ces élections constituent-elles pour autant un record pour les démocrates, comme le laisse entendre Joe Biden ? Dans son satisfecit, le président américain prend soin d'ajouter des précisions importantes : il ne compare que les premières élections de mi-mandat des présidents démocrates, et pas celles étant intervenues au cours d'un second mandat. Sur dix midterms, seules deux correspondent à ces critères : 1994 (où Bill Clinton était au pouvoir) et 2010 (lors du premier mandat d'Obama). Comme le montre le graphique ci-dessus, la première avait débouché sur une perte de 52 sièges pour les démocrates, et la seconde 63. Si les estimations pour 2022 se confirment, même avec le scénario le plus défavorable pour le parti de Joe Biden, sa déclaration est donc juste.

Toutes élections de mi-mandat confondues (intervenues sous présidence démocrate ou républicaine), les deux meilleurs résultats sont à mettre à l'actif de Bill Clinton en 1998 lors de son second mandat (+ 5 sièges pour les démocrates) et de George W. Bush en 2002 (+ 6 sièges pour les républicains).

En 1998, les électeurs avaient sanctionné les républicains, qui avaient lancé une procédure en destitution contre Bill Clinton après sa liaison avec Monica Lewinsky. La tentative d'impeachment, jugée abusive par certains Américains, avait joué en faveur du président démocrate. En 2002, les élections de mi-mandat intervenaient un peu plus d'un an après les attentats du 11-Septembre, permettant à George W. Bush de profiter de sa cote de popularité, qui était alors d'environ 68%.

* Ces liens renvoient vers des contenus en anglais. 

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