"Les vies de nombreuses Américaines sont en jeu" : le Planning familial international dénonce la "terrible" décision de la Cour suprême sur l'IVG

La Fédération internationale du Planning familial (IPPF) appelle le Congrès américain à légiférer pour garantir à nouveau l'accès à l'avortement dans l'ensemble du pays.

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Propos recueillis par Marie-Violette Bernard - franceinfo
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Des Américaines manifestent pour le droit à l'avortement devant la Cour suprême à Washington (Etats-Unis), le 23 juin 2022. (ALLISON BAILEY / NURPHOTO / AFP)

La décision était attendue et elle porte un coup "terrible" aux droits des femmes aux Etats-Unis. La majorité conservatrice de la Cour suprême américaine a renversé, vendredi 24 juin, l'arrêt historique de 1973 qui garantissait le droit à l'avortement dans l'ensemble du pays. En revenant sur sa propre jurisprudence, la plus haute juridiction américaine laisse chaque Etat libre de légiférer pour limiter ou interdire l'interruption volontaire de grossesse (IVG). La moitié des cinquante Etats américains sont concernés, selon le Guttmacher Institute (en anglais).

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Elizabeth Schlachter, porte-parole de la Fédération internationale du Planning familial (IPPF) aux Etats-Unis, analyse pour franceinfo le retentissement de cette décision.

Franceinfo : Que signifie la décision de la Cour suprême pour les Américaines ?

Elizabeth Schlachter : On sait que la moitié des 50 Etats américains vont désormais interdire ou limiter l'IVG. Plusieurs d'entre eux avaient anticipé cette décision en adoptant des trigger laws [des lois devant entrer en vigueur dès que l'arrêt historique de 1973 Roe contre Wade serait renversé]. Depuis vendredi matin [vendredi après-midi en France], l'avortement est ainsi illégal en Louisiane, dans l'Utah ou encore au Missouri.

C'est une terrible nouvelle pour les Américaines qui habitent dans ces Etats, en particulier celles qui se trouvent en situation de précarité et qui souffrent déjà d'inégalités d'accès aux soins. Mais interdire l'IVG n'a jamais empêché que des femmes mettent un terme à leur grossesse. La pilule abortive représente aujourd'hui plus de la moitié des IVG réalisées aux Etats-Unis et des Américaines vont continuer à y recourir, en s'en procurant en ligne ou dans d'autres Etats.

Mais les conservateurs tentent déjà de limiter l'accès à cette solution, en interdisant par exemple la prescription de ce médicament lors de consultations en ligne. Par ailleurs, la pilule abortive est une solution sûre jusqu'à 12 semaines de grossesse. Au-delà, il une intervention chirurgicale est recommandée. Les Américaines vivant dans un Etat qui interdit l'IVG et qui en ont les moyens iront avorter dans un autre Etat, au Canada ou Mexique. Mais les plus pauvres auront recours à des avortements clandestins, qui présentent un risque bien plus élevé pour leur santé et leur vie.

Comment le Planning familial va-t-il répondre à cette décision ?

La Fédération américaine du Planning familial (PPFA) va poursuivre ses activités dans tous les Etats dont la loi autorise l'IVG. Dans les plus de vingt Etats qui l'interdisent désormais, en revanche, le Planning doit respecter la législation. Anticipant la décision de la Cour suprême, le PPFA a déjà été contraint ces dernières semaines de refuser de pratiquer des avortements dans les Etats qui s'apprêtaient à interdire la procédure. Mais nous allons continuer à aider les Américaines à accéder à des moyens sûrs d'avorter, notamment en leur fournissant des informations fiables et en les redirigeant vers des cliniques dans d'autres Etats.

Existe-t-il encore des recours pour garantir le droit à l'avortement dans l'ensemble des Etats-Unis ?

Depuis que la Cour suprême a rendu son arrêt légalisant l'IVG au niveau fédéral, en 1973, les conservateurs ont clairement annoncé leur objectif : renverser Roe contre Wade. Ils ont enfin réussi. Désormais, ils comptent aller encore plus loin. Le leader des républicains au Sénat, Mitch McConnell, a déclaré qu'il pensait que son parti était en mesure de rendre l'avortement illégal dans l'ensemble des Etats-Unis. Des Etats conservateurs veulent aussi criminaliser l'IVG, pour poursuivre les femmes qui y ont recours et tous ceux qui les aident à y accéder.

En renversant sa propre jurisprudence, la Cour suprême a par ailleurs ouvert la voie au renversement d'autres arrêts, comme celui légalisant le mariage pour tous, ou à des restrictions sur la contraception. L'enjeu est donc désormais de s'assurer que les conservateurs n'auront pas la majorité au Congrès, pour les empêcher de s'attaquer à tous ces droits. Il faut que les démocrates conservent la majorité à la Chambre des représentants et au Sénat à l'issue des élections de mi-mandat, en novembre.

Plus généralement, nous lançons un appel au Congrès fédéral car les vies de nombreuses Américaines sont en jeu. Le droit à l'avortement était vulnérable car il reposait sur une jurisprudence et non sur une loi fédérale. Il faut légiférer pour protéger l'accès à l'IVG dans l'ensemble du pays et rendre l'avortement à nouveau possible dans tous les Etats qui l'interdisent désormais.

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