Le tourisme américain à Cuba va-t-il pâtir de l’arrivé de Trump au pouvoir?

Depuis le rapprochement entre les Etats-Unis et Cuba, le tourisme sur l’île, qui est l’une de ses principales sources de revenus, a considérablement augmenté. Mais l’arrivée au pouvoir de Donald Trump ne risque-t-il pas de remettre en cause le dégel amorcé par son prédécesseur Barack Obama?

Car de touristes à La Havane.
Car de touristes à La Havane. (REUTERS/Alexandre Meneghini)

Le 17 décembre 2014, les relations diplomatiques entre Washington et La Havane ont été rétablies après plus d’un demi-siècle d’embargo américain, mis en place sur l’île en 1962 par John Fitzgerald Kennedy. Le président Obama décide d’alléger les restrictions et assouplit les règles sur les voyages de ses compatriotes sur l’île des Caraïbes et le commerce entre les deux pays. Les premiers ferries traversent alors les 150 km qui les séparent.
 
Quelques mois après cette annonce, les premières vagues de touristes américains débarquent sur l’île, même s’ils n’ont pas le droit officiellement de s’y rendre comme simples touristes. Pour pouvoir voyager à Cuba, ils doivent justifier d’une raison annexe s’inscrivant dans l’un des douze domaines prévus par Washington: rencontre sportive, culturelle, religieuse, échanges universitaires…
 
Pourtant, en 2015, plus de trois millions de touristes ont débarqué à La Havane, dont près de 200.000 Américains. L’année suivante, ils sont près de 4 millions. «Si l’embargo devait toutefois être levé, le Fonds monétaire international estime à environ dix millions le nombre d’Américains qui pourraient visiter Cuba, où le tourisme compte pour 14,1% du Produit intérieur brut», précise Le Temps.
 
En mai 2016, le paquebot américain, l'Adonia de Fathom arrive dans l’île, avec 700 passagers à son bord. Une première.


Les équipements hôteliers n’ont pas suivi cette envolée 
La Havane, pour ne citer que la capitale, ne possède pour l’instant que 60.000 chambres d’hôtel. 25.000 supplémentaires doivent être construites d’ici à cinq ans. Mais l’assouplissement de l’embargo a entraîné une hausse des prix, multipliant par deux les tarifs. Starwood, Sol Melia, Iberostar, Blue Diamond et Accor, les grands groupes hôteliers internationaux, se préparent à conquérir ce nouveau marché.
 
Le site Airbnb a senti, lui aussi, l’opportunité d’un nouveau marché. Malgré les difficultés d’accès à l’internet sur l’île, 2.000 annonces étaient déjà proposées en ligne sur la plateforme communautaire de location de logements de particuliers trois mois après la levée de l’embargo. Les propriétaires de grandes maisons individuelles n’hésitent pas à louer des chambres (3.700 chambres louées en moyenne 48 dollars).
 
Le secteur du tourisme est très attrayant pour les Cubains car en mars 2014, les autorités cubaines ont adopté une loi sur les investissements étrangers, permettant aux auto-entrepreneurs d’avoir accès au peso convertible des touristes. A la différence de nombreux autres métiers payés uniquement en peso cubain. Malgré tout, le tourisme reste peu rentable pour le régime castriste, car il faut importer toutes les denrées.
 
L’embargo de nouveau?
Après l’élection de Donald Trump, qui a menacé de mettre fin au dégel avec Cuba, de nombreux Cubains sont de nouveaux inquiets sur l’avenir des relations entre les deux pays.
 
Il faut dire que le président-élu a nommé dans son équipe de transition Mauricio Claver-Carone, responsable de l’un des principaux lobbies pro-embargo aux Etats-Unis.

Les déclarations de Trump dès la mort de Fidel Castro n’ont pas contribué à rassurer la population de l’île. Il avait tweetté: «Si Cuba ne veut pas sceller un meilleur accord pour le peuple cubain, le peuple américano-cubain et les Etats-Unis dans leur ensemble, je mettrai fin à l'accord d'ouverture entre Washington et La Havane.»


Pourtant, «Trump sait très bien que depuis le début de la normalisation, il y a deux ans, les entreprises américaines ont énormément profité de la réouverture du marché cubain, que ce soit dans le domaine du tourisme avec les compagnies aériennes, les tour-opérateurs, les croisiéristes, le secteur de l’hôtellerie», analyse le JDD.
 
Dans le même temps, les révélations de Newsweek mettent en lumière que Donald Trump a tenté en 1998 de contourner l’embargo américain avec Trump Hotels & Casino Resorts, l'une de ses compagnies qui a dépensé 68.000 dollars à Cuba. Le futur occupant du Bureau ovale de la Maison blanche reste avant tout un homme d’affaires milliardaire…