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Le "shutdown" peut-il causer une nouvelle crise économique ?

Cela fait maintenant trois jours que les Etats-Unis sont en situation de "shutdown", c'est à dire que son administration fédérale fonctionne a minima. Pour l'instant, cela ne semble pas affecter l'économie mondiale. Mais l'Europe s'inquiète du prolongement du blocage aux Etats-Unis, et craint de voir la crise se poursuivre jusqu'au 17 octobre, où un nouveau désaccord du Congrès aurait des conséquences bien plus inquiétantes. 
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Radio France
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 (Reuters)

Ce jeudi soir, les bourses européennes ont toutes terminé en baisse, à l'exception de celles de Londres et d'Athènes. Le dollar a touché son plus bas niveau en huit mois, alors que la livre anglaise et l'euro ont atteint leurs niveaux le plus haut depuis respectivement janvier et février 2013. 

La cause de ces tendances boursières est toute trouvée : le "shutdown" américain. L'absence de perspective d'une sortie rapide de l'impasse budgétaire aux Etats-Unis, qui dure maintenant depuis trois jours, commence à inquiéter les investisseurs. 

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Jusqu'ici, tout va bien

Au niveau européen, on s'inquiète également. Mario Draghi, le président de la BCE (Banque centrale européenne) a estimé que si la paralysie budgétaire américaine "se prolongeait, il y aurait un risque pour les Etats-Unis et pour le monde ". L'Italien a toutefois précisé : "A l'heure actuelle, nous n'avons pas cette impression ". Avant lui, le ministre français de l'Economie avait lui expliqué craindre que la situation ne vienne "freiner la reprise en cours en France ". 

Moins d'inquiétude à Berlin. Le porte-parole du gouvernement, Steffen Seibert, a indiqué que l'Allemagne tablait sur un impact économique limité si la crise aux Etats-Unis se terminait d'ici à deux semaines. Certains analystes ont déjà fait le calcul : un blocage de trois semaines, similaire à celui vécu il y a 17 ans, pourrait faire perdre aux Etats-Unis entre 0,5 et 1,4 point de PIB. A partir de là, ce serait inquiétant pour l'économie mondiale. Mais pour l'instant, et c'est une idée partagée par tous : tant que le "shutdown" ne dure pas trop longtemps, il restera confiné aux Etats-Unis. 

La crainte du défaut de paiement

Car si les cours boursiers sont en baisse, leur baisse est infime. Pour le moment. En réalité, ce qui inquiète véritablement les investisseurs et les dirigeants européens, c'est la date du 17 octobre. C'est avant ce jour-là qu'au Congrès américain, démocrates et républicains doivent trouver un accord pour relever le plafond de la dette. 

Le plafond de la dette, c'est le montant à partir duquel les Etats-Unis ne sont plus capables de rembourser leurs crédits. Pour remonter ce niveau, et donc continuer à emprunter à bas coût, il faut un accord du Congrès. Ce fonctionnement est courant outre-Atlantique, et un accord de ce type avait déjà eu lieu en 2011.

Sauf que là, les républicains menacent une nouvelle fois de bloquer le processus afin de faire reculer Barack Obama sur sa réforme du système de santé. Car une nouvelle paralysie bloquerait ad extenso l'argent alloué à l'Obamacare. Et irait même plus loin, puisque les Etats-Unis ne seraient plus en mesure de faire face à leurs obligations, et seraient donc rapidement en situation de défaut de paiement. 

La sanction des agences de notation

Cela entraînerait mécaniquement une sanction de la part des agences de notation, symbolisée par la dégradation de la note des Etats-Unis. Washington passerait d'un AA+ à un "SD" (Selective Default), symbolisant sa cessation de paiement. 

Une dégradation telle que celle-ci aurait des conséquences désastreuses, puisqu'elle empêcherait les Etats-Unis de revendre leurs bons du Trésor à bas prix (ce qui leur permet généralement de ne pas faire exploser le montant de leur dette). Et d'une manière générale, les Américains auraient d'énormes difficultés à emprunter, notamment à la Chine, principal créditeur des Etats-Unis, et acheteur de leurs bons du Trésor. 

Une crise telle que celle-ci aurait très certainement des conséquences sur l'économie mondiale. La demande intérieure américaine chuterait, et en conséquence, les exportations mondiales vers les Etats-Unis s'en ressentiraient fortement et durablement. Enfin, si la valeur du dollar venait à continuer à chuter - c'est aujourd'hui la principale cause du shutdown -, cela aurait pour conséquence de ralentir le flux de capitaux aux Etats-Unis, et entraînerait une chute des investissements. 

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