L'escalade militaire entre la Corée du Nord et les Etats-Unis en sept actes

Pour la première fois depuis septembre 2016, Pyongyang a mené un essai nucléaire, dimanche 3 septembre.

Montage présentant Kim Jong-un, le 15 avril 2017, à Pyongyang, et Donald Trump, le 19 juillet 2017, à Washington.
Montage présentant Kim Jong-un, le 15 avril 2017, à Pyongyang, et Donald Trump, le 19 juillet 2017, à Washington. (SAUL LOEB / AFP)

La Corée du Nord franchit un nouveau cap. Selon le gouvernement japonais, Pyongyang a mené un puissant essai nucléaire, dimanche 3 septembre. Il s'agit du premier test de ce genre depuis septembre 2016, avec une puissance inédite : l'explosion provoquée par l'essai a été 10 fois plus importante qu'il y a un an.

Ce nouveau coup de force s'inscrit dans une escalade militaire inédite entre Pyongyang et Washington, allié de la Corée du Sud et du Japon dans la région, lancée dès le mois de juillet. Franceinfo revient en actes sur ce bras de fer estival qui oppose Kim Jong-un à Donald Trump.

Acte 1. Pyongyang tire un missile de longue portée dans la mer du Japon

Les relations, déjà extrêmement tendues entre Pyongyang, Séoul, Tokyo et leur allié américain s'enveniment brutalement au début de l'été. Le 4 juillet, la Corée du Nord lance avec succès un missile balistique intercontinental, étape cruciale vers la réalisation de son objectif : pouvoir menacer les Etats-Unis du feu nucléaire. L'engin parcourt plus de 900 km avant de s'abîmer dans la zone économique exclusive du Japon. 

Cet essai, qui a lieu le jour de la fête de l'indépendance américaine, s'inscrit dans une longue série de tirs de missiles en violation de nombreuses résolutions internationales. Il provoque immédiatement la réaction de Donald Trump : "Ce type n'a-t-il rien de mieux à faire de sa vie ?", écrit le président américain sur Twitter à propos de son homologue nord-coréen, Kim Jong-un.  

Acte 2. La Corée du Nord récidive avec un missile plus puissant

Le 28 juillet, un nouveau missile est tiré par Pyongyang. Cet engin, qui s'est lui aussi abîmé en mer, est plus puissant que le précédent. D'une portée théorique de 10 000 kilomètres, il pourrait, sur le papier, atteindre la côte ouest américaine.

En riposte, les Etats-Unis et la Corée du Sud procèdent immédiatement à des exercices militaires conjoints et évoquent publiquement l'option d'une réponse militaire.

Le 5 août, l'ONU adopte une résolution présentée par les Etats-Unis renforçant les sanctions déjà imposées à la Corée du Nord. En interdisant les exportations nord-coréennes dans les secteurs du charbon, du fer et de la pêche, elle doit priver Pyongyang d'un milliard de dollars de revenus. Ces sanctions constituent "une violation violente de notre souveraineté", répond Pyongyang. "Nous ne mettrons pas notre programme de dissuasion nucléaire sur la table des négociations."

Acte 3. Donald Trump promet le "feu et la fureur" à Pyongyang

L'escalade verbale monte encore d'un cran, le 8 août, avec cette déclaration extrêmement belliqueuse de Donald Trump : Pyongyang devra faire face à une puissance de "feu et de fureur telle que le monde n'en n'a jamais vue" si Kim Jong-un venait à renouveler ses menaces contre les Etats-Unis. "La Corée du Nord devrait ne plus proférer la moindre menace contre les Etats-Unis", a-t-il ajouté lors d'une intervention à Bedminster, dans l'Etat du New Jersey. La séquence a été filmée par la chaîne MSNBC (en anglais).

Acte 4. La Corée du Nord répond en menaçant de frapper l'île de Guam

Pyongyang ignore les avertissements américains et répond par l'offensive. "Un dialogue sensé n'est pas possible avec un tel gars dépourvu de raison. Seule la force fonctionne avec lui", lance un responsable militaire nord-coréen à propos de Donald Trump. Kim Jong-un menace donc de tirer une salve de missiles à proximité de l'île de Guam, un territoire américain situé dans le Pacifique et qui abrite de nombreux bâtiment militaires. 

Vague de panique internationale. Bruxelles, Paris, Moscou et Pékin appellent tour à tour les deux pays à la retenue. Au cours d’un entretien téléphonique avec Donald Trump, le président chinois Xi Jinping le presse d’éviter "les mots et les actes" qui pourraient "exacerber" une situation déjà tendue.

Acte 5. Finalement, Pyongyang recule sur Guam

Pékin et Moscou affirment qu'ils feront tout pour éviter une guerre entre les deux parties et propose à nouveau un double "moratoire" : l’arrêt simultané des essais nucléaires et balistiques nord-coréens d’une part, et celui des manœuvres militaires conjointes des Etats-Unis et de la Corée du Sud d’autre part. Mardi 15 août, Kim Jong-un annonce qu'il suspend temporairement les menaces visant l'île de Guam. Avant de mettre en action son "plan visant à cerner Guam par le feu", le dictateur affirme qu'il préfère "observer encore un peu le comportement stupide des Yankees"

De son côté, Donald Trump salue sur Twitter une décision "sage et raisonnée". La communauté internationale croit, pendant un temps, à un apaisement entre les deux parties. 

Acte 6. La Corée du Nord tire un nouveau missile, au-dessus du Japon

L'accalmie n'aura duré qu'une dizaine de jours. Le 29 août, Pyongyang lance un nouveau missile, cette fois au-dessus du Japon. Une première depuis 2009. L'engin atterrit à un peu plus de 1 000 km à l'est d'Hokkaidō, la grande île du nord du pays. Par mesure de précaution, des milliers de Japonais ont été appelés à se mettre à l'abri. 

Une réunion en urgence du Conseil de sécurité de l'ONU est convoquée, mardi après-midi à New York, à la demande de Tokyo et Washington. Des nouvelles sanctions pourraient y être adoptées, visant notamment le secteur pétrolier nord-coréen, jusque-là épargné par les résolutions des Nations unies.

Acte 7. La Corée du Nord mène un essai nucléaire d'une puissante inédite

Cinq jours après le tir au-dessus du Japon, Tokyo a dénoncé, le 3 septembre, un nouvel essai nucléaire nord-coréen, rapidement confirmé par Pyongyang. La Corée du Nord a affirmé avoir testé avec succès une bombe H capable d'être montée sur un missile à longue portée. Selon le chef des services météo sud-coréens, ce sixième essai nucléaire de la part de Pyongyang, d'une puissance inédite, a donné lieu à une explosion "cinq à six fois plus puissante" que le précédent, réalisé en septembre 2016.