Reportage Investiture de Joe Biden : à Washington, des démocrates célèbrent "un retour à la normale" après des années "d'enfer"

Article rédigé par
Envoyée spéciale aux Etats-Unis - Valentine Pasquesoone
France Télévisions
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Temps de lecture : 5 min.
Un groupe de voisins regarde la cérémonie d'investiture de Joe Biden dans le quartier d'AU Park à Washington (Etats-Unis), le 20 janvier 2021. (VALENTINE PASQUESOONE / FRANCEINFO)

Dans le quartier d'AU Park, dans le nord de la capitale fédérale américaine, des voisins se sont rassemblés pour suivre la cérémonie d'investiture et fêter la fin de la présidence de Donald Trump.

On ne voit qu'eux. En arrivant, mercredi 20 janvier, dans ce quartier familial du nord-ouest de Washington (Etats-Unis), impossible de manquer les nombreux panneaux en faveur du nouveau président des Etats-Unis. Marla Bobowick sort de sa maison, portant le fameux bonnet rose "pussy hat", symbole de la colère des femmes envers Donald Trump. Son mari, Mort Rolleston, installe le matériel de projection. Dans quelques minutes débute la cérémonie d'investiture de Joe Biden et les voisins sont conviés pour l'occasion. 

Marla Bobowick et Mort Rolleston, le 20 janvier 2021, dans leur quartier d'AU Park, à Washington (Etats-Unis). (VALENTINE PASQUESOONE / FRANCEINFO)

Marla Bobowick n'hésite pas à monter le son depuis sa maison. "C'est la playlist de l'investiture !" indique-t-elle en souriant. La consultante de 53 ans, les cheveux gris et ondulés, a soufflé l'idée d'une projection collective lors d'un dîner avec sa voisine Katherine, quelques jours plus tôt : "Je voulais être sur le Mall mais c'est impossible" dans un Washington barricadé après la violente intrusion au Capitole deux semaines avant et en raison de la pandémie de Covid-19. Comme 92% des habitants de la capitale fédérale américaine, elle a voté pour Joe Biden et Kamala Harris. Alors hors de question de ne pas célébrer ce moment-là, même si ce n'est pas ce qu'elle avait imaginé. "J'étais tellement enthousiaste quand je me suis réveillée ce matin", décrit-elle. L'arrivée au pouvoir de l'ancien sénateur du Delaware marque, pour Marla Bobowick comme pour ses voisins, "un nouveau jour".

"Un enfer." Voici comment la consultante décrit les quatre années de présidence de Donald Trump. "Je me réveillais souvent inquiète, craintive. Mon neveu refusait de venir à Washington tant que Trump était président, car il avait trop peur", souligne-t-elle. Les voisins démocrates d'AU Park, quartier proche de l'American University, n'ont pas de mots assez durs pour raconter ce mandat qui s'achève. "Trump a fait ressortir le pire de l'Amérique : l'avidité des riches et le racisme", tranche Katherine. La retraitée de 66 ans est une ancienne avocate, spécialisée dans la défense de l'environnement. Sa voix est posée, mais sa colère envers l'ancien président l'anime. 

Katherine, le 20 janvier 2021, devant sa maison dans le quartier d'AU Park à Washington (Etats-Unis). (VALENTINE PASQUESOONE / FRANCEINFO)

Ce matin, Debbie Bruno, ancienne journaliste devenue auteure, était l'une des premières convives présentes. "Je suis tellement heureuse et soulagée que l'on franchisse ce cap, que l'on passe à autre chose après ces quatre années horribles", confie cette Américaine de 63 ans, les yeux rougis par l'émotion. Lors du mandat de l'ancien magnat de l'immobilier, la démocrate a tiré un trait sur certaines amitiés, qui soutenaient Donald Trump. 

"Ces quatre dernières années, j'ai été stressée, j'ai eu du mal à dormir. J'étais constamment en colère, et je n'aime vraiment pas être dans cet état. Trump est un traître, il n'a fait que créer de la division."

Debbie Bruno

à franceinfo

Cette investiture marque donc une nouvelle ère : "J'avais besoin de sentir que les années Trump sont vraiment terminées." Pour d'autres voisins, le départ de Donald Trump promet aussi un tournant, personnel comme professionnel. Adam, approchant la soixantaine, travaille pour l'Agence de protection de l'environnement au sein du gouvernement. "C'était un défi de travailler pour Trump", concède-t-il discrètement, sans vouloir donner de précisions. En ce matin d'investiture de Joe Biden, il se sent "soulagé et plein d'espoir". 

"Je pensais que ce jour n'arriverait jamais"

A quelques mètres, Joshua Corbyn est venu avec ses deux enfants de 7 et 13 ans. Il y a un peu plus d'un mois, il retrouvait quelques voisins dans cette allée pour fêter Thanksgiving. Ce petit-fils d'immigrés polonais, neuroscientifique, aurait peut-être quitté les Etats-Unis si Donald Trump avait été de nouveau investi ce mercredi. Le regard de l'ancien président sur la science et l'immigration lui faisait trop peur. "Et c'est une petite brute", lâche le père de famille, attaché à voir des modèles pour ses enfants parmi les dirigeants de son pays. 

Joshua Corbyn, le 20 janvier 2021, dans le quartier d'AU Park à Washington (Etats-Unis). (VALENTINE PASQUESOONE / FRANCEINFO)

Joshua Corbyn s'en doute, Donald Trump pourrait rester très présent sur la scène politique, même s'il a quitté la Maison Blanche pour sa résidence de Mar-a-Lago, en Floride. L'homme d'affaires envisage de lancer son parti, le parti des patriotes, et laisse derrière lui de fervents soutiens"Il ne va pas disparaître, mais pour l'instant, les nuages se dispersent", métaphorise le scientifique. "Et pour l'instant, c'est le soleil." 

Dans l'allée, le duo Biden-Harris provoque l'enthousiasme parmi les invités, particulièrement les femmes. Deux jeunes voisines tapent des pieds devant la cérémonie, à l'évocation de la première femme noire et d'origine asiatique vice-présidente des Etats-Unis. "C'est historique et émouvant", réagit Pilar Alvarez, l'une d'entre elles. La jeune femme de 22 ans, qui arbore un pin's Joe Biden, se réjouit de voir "une meilleure représentation des femmes racisées à la Maison Blanche". Devant le serment de l'ancienne sénatrice de Californie, les applaudissements de l'audience sont nourris.

Pilar Alvarez, le 20 janvier 2021, dans le quartier d'AU Park à Washington (Etats-Unis). (VALENTINE PASQUESOONE / FRANCEINFO)

Puis, vient le tour de Joe Biden de monter au pupitre. Main gauche sur la Bible, main droite levée, le 46e président des Etats-Unis prête à son tour serment au Capitole. "Je pensais que ce jour n'arriverait jamais !" s'exclame Debbie Bruno. Le groupe applaudit chaleureusement, avant de fêter l'événement avec un verre de champagne.

Tous, pourtant, ne sont pas des convaincus de la première heure. Debbie Bruno et Katherine préféraient Pete Buttigieg lors des primaires démocrates. Joshua Corbyn, lui, a pensé un temps à Bernie Sanders. Mais Joe Biden "est un homme bon, honnête", défend Debbie Bruno. "Un homme qui représente la décence" pour Joshua Corbyn, "et qui est fort, qui comprend les épreuves tant il en a surmonté", selon Katherine.

"Joe Biden n'est pas le progressiste que certains attendaient, mais ses actions vont permettre au pays d'avancer. Nous avions vraiment besoin de quelqu'un qui nous ramène sur la bonne voie."

Katherine

à franceinfo

Le groupe d'AU Park regarde en silence le discours de Joe Biden, qui se veut le "président de tous les Américains". "Ecoutez ce que mon cœur a à vous dire, écoutez-moi clairement, les désaccords ne doivent pas amener à la désunion", lance-t-il aux électeurs déçus"Joe Biden est la bonne personne au bon moment, il essaie d'unir les gens et de restaurer la démocratie", salue Marla Bobowick à l'issue du discours du nouveau président des Etats-Unis. Le groupe se disperse. Mort Rolleston, lui, range le matériel installé devant le garage de Katherine. Il attend maintenant une chose de la présidence Biden : "un retour à la normale".

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