Etats-Unis : qui est Ketanji Brown Jackson, la première femme noire nommée à la Cour suprême ?

Article rédigé par
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 6 min.
La juge Ketanji Brown Jackson témoigne devant le Comité judiciaire du Sénat sur sa nomination au poste de juge associée à la Cour suprême des États-Unis, à Washington, le 23 mars 2022. (JABIN BOTSFORD / POOL)

Elle est la sixième femme à faire son entrée à la Cour suprême, mais la première juge afro-américaine à siéger dans la plus haute institution américaine.

C'est un "jour historique", a salué Joe Biden, le président des États-Unis. Après quatre jours d'audience, le Sénat a confirmé la nomination comme juge à la Cour suprême de Ketanji Brown Jackson, la première magistrate afro-américaine à entrer dans le temple du droit américain, dont une des missions est de trancher les importants débats de société du pays, comme l'avortement ou le mariage homosexuel.

Cette nomination a été accueillie par une ovation des démocrates dans l'Hémicycle. Elle a été également saluée par Michelle Obama, ainsi que Martin Luther King III, le fils de l'icône de la lutte pour les droits civiques, ou la charismatique Stacey Abrams, candidate noire au poste de gouverneure de Géorgie. Retour sur une carrière sans faille.

Une fille d'enseignants née en Floride

Ketanji Brown Jackson, âgée de 51 ans, a passé toute son enfance à Miami, en Floride, au sein d'une famille d'enseignants dans le public. Sa mère, Ellery Brown, est devenue directrice d'école dans l'enseignement public et son père, Johnny Brown, a obtenu un diplôme de droit après avoir repris ses études. 

Par "fierté de leur héritage" et "espoir en l'avenir", ses parents lui ont donné un prénom africain, Ketanji Onyika, signifiant "la charmante", a-t-elle raconté au Congrès lors de l'audience de confirmation pour devenir juge à la Cour suprême, le 21 mars. Contrairement à eux, qui "ont vécu personnellement la ségrégation", elle a souligné sa "chance" d'être née après les grandes luttes pour les droits civiques des années 1960 qui ont fait tomber de nombreuses lois racistes dans les Etats du sud du pays.

Elève brillante, Ketanji Brown Jackson se distingue dans des concours d'éloquence et sort diplômée de la faculté de droit d'Harvard. C'est à cette époque qu'elle rencontre son futur mari, Patrick G. Jackson, alors étudiant en médecine. "Il est le meilleur mari, père et ami que je puisse imaginer", a-t-elle déclaré. 

Mariés en 1996, Ketanji Brown Jackson et son mari ont eu deux filles : Talia, 21 ans et Leïla, 17 ans. Toutes les deux étaient présentes lors de l'audition de confirmation de leur mère, qui s'est adressée à elles. "Les filles, je sais que cela n'a pas été facile car j'ai essayé de relever les défis de jongler avec ma carrière et ma maternité. Et j'admets pleinement que je n'ai pas toujours trouvé le bon équilibre. Mais j'espère que vous avez vu qu'avec un travail acharné, de la détermination et de l'amour, cela peut être fait", rapporte CNN (en anglais)

Une avocate commise d'office avant d'être juge fédérale

Dès la fin de ses études, Ketanji Brown Jackson alterne les expériences dans le privé, au sein de cabinets d'avocats, et dans le public, notamment à la Commission des peines, une agence indépendante chargée d'harmoniser la politique pénale aux Etats-Unis. Durant sa carrière d'avocate, elle a été amenée à défendre des accusés qui n'avaient pas les moyens de payer leur propre avocat, en étant commise d'office au service de l'aide juridictionnelle à Washington. 

"Toute personne accusée de comportement criminel par le gouvernement, quelles que soient sa richesse et la nature des accusations, a droit à l’assistance d’un avocat."

Ketanji Brown Jackson

lors de son audition devant le Sénat

Elle a d'ailleurs expliqué avoir été frappée par leur méconnaissance du droit et avoir, une fois devenue juge, pris "grand soin" d'expliquer ses décisions aux condamnés, afin qu'ils comprennent la gravité de leurs actes et la sanction imposée.

En 2013, sa carrière prend un nouveau tournant. Le président démocrate Barack Obama la nomme juge fédérale à Washington. Au cours des huit ans qui suivent, elle rend des dizaines de décisions. En 2019, elle désavoue le président Donald Trump, qui essaie d'empêcher le Congrès de convoquer un de ses conseillers dans l'affaire des soupçons de collusions entre Moscou et l'équipe de campagne du futur président en 2016. "La principale leçon à tirer des 250 dernières années d’histoire américaine est que les présidents ne sont pas des rois", a-t-elle écrit dans un long texte (PDF en anglais).

Une candidate soutenue par Joe Biden et les élus démocrates 

Sa nomination était une promesse de campagne de Joe Biden. C'est pourquoi, dès son élection en 2021, il nomme Ketanji Brown Jackson au sein de l'influente Cour d'appel fédérale de Washington, considérée comme un tremplin pour la Cour suprême. Et quand le juge progressiste Stephen Breyer, âgé de 83 ans, annonce sa décision de quitter la Cour suprême en janvier, c'est en toute logique que Joe Biden choisit Ketanji Brown Jackson pour le remplacer. Elle avait été son assistante au début de sa carrière en 1990-2000. 

Tous les élus du Parti démocrate et trois sénateurs républicains modérés, Mitt Romney, Lisa Murkowski et Susan Collins, ont voté pour faire entrer cette juriste expérimentée dans le temple américain du droit. "Vous êtes ici parce que vous le méritez" et "personne ne me volera ma joie !" a lancé le sénateur noir Cory Booker lors de l'audition, dans une envolée qui a arraché une larme à la magistrate. En 233 ans d'existence, la plus haute institution judiciaire du pays n'a connu en son sein que cinq femmes, quatre Blanches et une Hispanique, et deux hommes noirs, dont l'un, Clarence Thomas, a été nommé par George Bush père et siège toujours.

Pendant son audition au Congrès, Ketanji Brown Jackson a assumé son rôle de "modèle" pour "les petites filles de tout le pays" et espère que sa nomination à la Cour suprême augmentera "la confiance" des Afro-Américains dans le système judiciaire. Lors de son précédent processus de confirmation, elle avait déjà juré tenir à l'écart, dans son travail de juge, "ses opinions personnelles et toute autre considération inappropriée", dont sa couleur de peau. Mais "j'ai peut-être une expérience de la vie différente de celle de mes collègues", avait-elle ajouté. "Et j'espère que cela peut avoir un intérêt."

Une juge qui a suscité l'opposition des républicains

Si Ketanji Brown Jackson a été une candidate plutôt populaire auprès de l'opinion publique, elle a dû affronter les attaques des sénateurs républicains lors de son audience. Les élus républicains ont critiqué le bilan de la magistrate dans le but de la présenter comme une "juge militante douce avec le crime", relève le Guardian (article en anglais)Plusieurs l'ont accusée d'avoir prononcé des peines trop légères dans plusieurs dossiers de pédopornographie, souligne le Washington Post (article en anglais). La sénatrice républicaine du Tennessee Marsha Blackburn a aussi pointé du doigt le siège occupé par la magistrate au conseil d'administration d'une école qui "pousse un programme d'éducation antiraciste pour les familles blanches", rapporte le New York Times (article payant). 

Bien que la nomination de Ketanji Brown Jackson soit mémorable, elle ne change d'ailleurs pas la composition politique de la Cour suprême, qui reste l'une des plus conservatrices de ces dernières décennies. La passation de pouvoir entre Stephen Breyer et Ketanji Brown Jackson devrait avoir lieu le 30 juin. 

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Etats Unis d'Amérique

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.