Etats-Unis : un vétéran amérindien humilié par des élèves d'une école privée catholique, l'un d'eux réfute toute moquerie

Filmées sur les marches du mémorial de Lincoln à Washington, les images de ces adolescents, partisans de Donald Trump, qui rient face à un participant à la "Marche des peuples autochtones", ont été très diffusées et commentées sur les réseaux sociaux.

Un élève d\'une école catholique du Kentucky fait face à un vétéran amérindien de la guerre du Vietnam, le 18 janvier 2019 à Washington (Etats-Unis).
Un élève d'une école catholique du Kentucky fait face à un vétéran amérindien de la guerre du Vietnam, le 18 janvier 2019 à Washington (Etats-Unis). (Kaya Taitano via Storyful)

Sur les images diffusées sur YouTube et Instagram, on voit des adolescents, dont certains sont hilares, applaudir. Ils sont debout sur les marches du mémorial de Lincoln à Washington (Etats-Unis), vendredi 18 janvier. Ils encerclent un homme, que le quotidien Indian Country Today (en anglais) a identifié comme Nathan Phillips, 64 ans, vétéran améridien de la guerre du Vietnam. Celui-ci chante et joue du tambour. Ces jeunes portent des casquettes rouges avec l'inscription "Make America Great Again" ("Rendre sa grandeur à l'Amérique"), le slogan de Donald Trump pendant sa campagne présidentielle en 2016. L'un des adolescents s'avance et fixe Nathan Phillips dans les yeux, l'air goguenard.

D'après l'agence Associated Press, ces jeunes Américains viennent d'une école privée catholique du Kentucky. L'établissement avait envoyé ses élèves à la "Marche pour la vie", manifestation anti-avortement organisée chaque année autour du 20 janvier. Le vétéran amérindien Nathan Philipps, lui, était à Washington pour participer à la "Marche des peuples autochtones". Il organise annuellement une cérémonie dédiée à la mémoire des anciens combattants autochtones qui reposent au cimetière national d'Arlington. Dans la scène filmée vendredi, Nathan Philipps chante l'hymne de l'AIM (American Indian Movement), précise Indian Country Today.

"Démonstration de haine"

"J'étais en train de chanter quand je les ai entendus scander : 'Construis ce mur, construis ce mur'", a ensuite déclaré Nathan Phillips, dans une vidéo publiée sur Instagram. "Ce sont des terres autochtones. Nous ne sommes pas censés avoir de murs ici. Nous ne l'avons jamais fait", a-t-il ajouté.
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Il a confié au Washington Post (en anglais) que, tout en jouant du tambour, il pensait à sa femme, Shoshana, morte d'un cancer de la mœlle osseuse il y a près de quatre ans, et aux menaces auxquelles les communautés autochtones du monde font face.
De nombreuses réactions ont rapidement afflué sur Twitter, de politiques américains mais aussi d'actrices comme Alyssa Milano. La représentante (équivalent de députée) Deb Haaland, l'une des premières femmes amérindiennes récemment élues au Congrès américain, s'est dite consternée par la scène. "Cette démonstration de haine, d'irrespect et d'intolérance est un signe du déclin de la décence durant ce mandat. Ça fend le cœur", a-t-elle déclaré.

Des excuses de l'école et du diocèse catholique

Dans une déclaration commune, le diocèse catholique de Covington et l'école secondaire catholique de Covington ont néanmoins présenté leurs excuses au vétéran Nathan Phillips. "Nous présentons nos plus sincères excuses à M. Phillips. Ce comportement est opposé aux enseignements de l'Eglise sur la dignité et le respect de la personne humaine", lit-on dans la déclaration mise en ligne samedi sur son site internet (en anglais).

Les responsables ont déclaré qu'une enquête était en cours. Ils ont annoncé que des "mesures appropriées, pouvant aller jusqu'à l'expulsion" pourraient être prises.

L'adolescent se défend

Trois jours après les faits, l'adolescent qui lui fait face, Nick Sandmann, s'est défendu de toute moquerie : "Je suis pétrifié à l'idée que des gens aient pu croire quelque chose qui ne s'est pas passé", rapporte le HuffPost. "Je n'ai intentionnellement pas fait de grimaces au manifestant. A un moment donné, j'ai souri parce que je voulais qu'il sache que je n'allais pas me mettre en colère, être intimidé, ni être provoqué dans un affrontement plus important", continue l'adolescent.
Il avance que sa réaction s'explique par ce qui s'est passé avant ce passage filmé  qui a largement été partagé. Lors de l'arrivée des adolescents de l'école privée catholique sur place, "des manifestants afro-américains se trouvaient sur les marches" et leur ont lancé des "propos haineux", comme le montre une vidéo de CNN (lien anglais). L'adolescent qui fait face au vétéran améridien affirme qu'il s'interposait en fait entre ses camarades et le groupe d'adultes qui les insultaient, et non le vétéran améridien. Il explique qu'il souhaitait montrer, par son calme, que les adultes qui les insultaient ne l'impressionnaient pas.

Le représentant au Congrès de leur circonscription a ensuite défendu les lycéens. "Face à des insultes racistes et homosexuelles, les jeunes garçons ont refusé de se répliquer ou de manquer de respect à quiconque", a écrit sur Twitter Thomas Massie. "Ils n'insultaient personne", a-t-il complété.