Etats-Unis : à quoi vont ressembler les cent premiers jours de Joe Biden à la Maison Blanche ?

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Joe Biden lors d'une conférence de presse au Queen Theatre de Wilmington, dans le Delaware (Etats-Unis), le 14 décembre 2020. (ROBERTO SCHMIDT / AFP)

Le démocrate succède officiellement à Donald Trump mercredi, après la traditionnelle cérémonie de prestation de serment au Capitole.

Faire oublier Donald Trump. C'est, en résumé, le programme de Joe Biden à la Maison Blanche. Le démocrate compte passer à l'action dès mercredi 20 janvier, date de son investiture, en signant dix-sept décrets. Réponse à l'épidémie de Covid-19, relance économique, lutte contre la crise climatique ou les injustices raciales... Franceinfo vous détaille les ambitions du 46e président des Etats-Unis pour ses premiers mois de mandat.

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Enrayer l'épidémie de Covid-19

Il n'a cessé de le marteler : la priorité de Joe Biden est d'endiguer la progression du Covid-19 aux Etats-Unis. Le pays a franchi le seuil des 400 000 morts liés à la maladie et compte désormais plus de 24 millions de cas confirmés de coronavirus, selon les chiffres de l'université Johns Hopkins*. "On ne va pas se débarasser du Covid-19 lors de mes cent premiers jours [de mandat], a reconnu* le démocrate lors d'une conférence de presse dans le Delaware, le 14 janvier. Mais je suis convaincu qu'en cent jours, nous pouvons enrayer la progression de la maladie."

Pour cela, Joe Biden a dévoilé un ambitieux plan de bataille. Dès son premier jour à la Maison Blanche, il rendra obligatoire le port du masque lors des déplacements entre Etats, essentiellement dans les avions, ainsi que dans les lieux dépendant de l'autorité fédérale, même si l'essentiel des bâtiments relèvent de la compétence du gouverneur de l'Etat ou des municipalités. Joe Biden a aussi appelé les Américains à porter un masque pendant cent jours à compter de son investiture et il discute avec les autorités locales pour les encourager à mettre en place des mesures similaires au niveau "des villes et des Etats", note Vox*. Joe Biden a également indiqué vouloir attribuer des fonds fédéraux supplémentaires pour l'achat de matériel de protection et de tests de dépistage du coronavirus.

Le nouveau président américain souhaite par ailleurs réaliser 100 millions d'injections du vaccin contre le Covid-19 en cent jours. Selon CNN*, 12 millions d'Américains avaient déjà reçu une première dose, vendredi 15 janvier. "Notre plan est aussi simple qu'il est audacieux : vacciner plus de gens gratuitement ; créer plus d'endroits où ils peuvent se faire vacciner ; mobiliser plus de soignants pour faire les injections ; augmenter les commandes et les distribuer dès que possible", a-t-il listé lors de sa conférence de presse dans son fief de Wilmington, jeudi dernier.

Cela passerait notamment par la mise en place de milliers de centres de vaccination fédéraux, une aide financière aux Etats ou encore la distribution immédiate des réserves de vaccins de l'Etat fédéral, indique CNN. L'administration Trump avait en effet décidé, dans un premier temps, de stocker 50% des fioles pour éviter toute pénurie pour les injections de rappel. Autre objectif de ces cent premiers jours : rouvrir "la majorité des écoles", relève le Washington Post*. Joe Biden compte pour cela accroître les efforts de dépistage du Covid-19 et surtout demander au Congrès de financer l'achat de matériel de protection pour les élèves et les enseignants.

Il a par ailleurs promis que les Etats-Unis allaient réintégrer l'Organisation mondiale de la santé (OMS) dès son premier jour de mandat. Donald Trump avait claqué la porte de l'institution en juillet 2020, en pleine pandémie (mais le retrait des Etats-Unis ne devait être acté qu'en juillet 2021, après un an de préavis, conformément à la législation américaine).

Relancer une économie en souffrance

La réponse de Joe Biden à l'épidémie de Covid-19 comprend également un volet économique. La crise sanitaire a plongé huit millions d'habitants dans la pauvreté en six mois, selon une étude relayée par la chaîne CBS*. Et le pays compte 10,7 millions de personnes au chômage*, selon les chiffres du mois de décembre. Pour remettre l'économie d'aplomb, Joe Biden a présenté un plan de relance colossal de 1 900 milliards de dollars (1 567 milliards d'euros), censé sortir les Etats-Unis de leur pire crise depuis les années 1930.

Parmi les mesures phares, un chèque pouvant aller jusqu'à 1 400 dollars (1 154 euros) versé à chaque Américain, selon ses revenus. Le démocrate veut également accorder une rallonge de 400 dollars par semaine aux bénéficiaires de l'assurance-chômage, jusqu'au mois de septembre, détaille CNN*. Il compte en outre prolonger le moratoire sur les expulsions locatives et les saisies immobilières et débloquer 350 millions de dollars pour permettre aux autorités locales et nationales de maintenir l'emploi des éducateurs, des policiers, des pompiers et des agents de santé publique. Dernier objectif, qui était une de ses promesses de campagne : augmenter le salaire minimum horaire à 15 dollars, soit plus du double du tarif actuellement en vigueur (7,25 dollars). 

Ce plan d'urgence doit toutefois être approuvé par le Congrès, où les démocrates n'auront qu'une courte majorité au Sénat. Un challenge face auquel Joe Biden ne compte pas reculer. "Durant cette pandémie, on ne peut pas laisser les gens avoir faim. On ne peut pas laisser les gens être expulsés. On ne peut pas laisser les infirmiers, les éducateurs et d'autres perdre leur emploi alors que nous avons tant besoin d'eux, a martelé le 46e président jeudi à Wilmington. Nous devons agir maintenant et résolument."

Régulariser des millions de migrants

En 2016, Donald Trump avait fait campagne sur une ligne dure contre l'immigration. Quatre ans plus tard, son successeur prévoit de détricoter l'essentiel des mesures prises par le républicain pendant son mandat. Dès mercredi, Joe Biden compte signer un décret levant l'interdiction d'entrée sur le territoire des ressortissants de plusieurs pays, principalement à majorité musulmane.

Son administration va par ailleurs proposer une loi qui permettrait la régularisation de 11 millions de sans-papiers, rapporte le Los Angeles Times*. Les immigrés pourraient ainsi obtenir la résidence permanente après cinq ans passés aux Etats-Unis, puis la citoyenneté trois ans plus tard. L'obtention de la nationalité américaine serait facilitée pour les travailleurs essentiels et les "Dreamers", arrivés clandestinement sur le territoire alors qu'ils étaient enfants. Donald Trump avait tenté en 2017 de supprimer le programme DACA, qui protège notamment ces jeunes de la déportation, mais sa décision a finalement été renversée par la Cour suprême en 2020.

Joe Biden compte également stopper la construction du mur à la frontière avec le Mexique, réunir les familles séparées par les expulsions ordonnées sous l'administration Trump et fixer la limite des demandes d'asile à 125 000 par an, contre 15 000 actuellement, détaillent Reuters* et Vox*. Symbole de ce changement drastique de cap sur l'immigration : le démocrate a nommé comme secrétaire à la Sécurité intérieure Alejandro Mayorkas, qui a immigré enfant aux Etats-Unis. Le ministre, chargé de gérer la politique migratoire du pays, va devenir le premier Hispanique à occuper ce poste.

S'attaquer aux injustices raciales

Outre les mesures annoncées sur l'immigration, Joe Biden compte s'attaquer aux injustices raciales. Dès son premier jour de mandat, il signera un décret pour ordonner aux agences fédérales d'évaluer les inégalités dans leurs programmes et politiques, et pour réinstaurer les formations à la diversité annulées par son prédécesseur. ll souhaite par ailleurs créer une commission nationale pour superviser la police, comme il l'avait annoncé dès le mois de juin*.

Les Etats-Unis ont été ébranlés en 2020 par un vaste mouvement de protestation contre les violences policières racistes, Black Lives Matter, après la mort de plusieurs citoyens noirs, comme George Floyd et Breonna Taylor. Ces mesures font partie d'un plan plus large de réforme des forces de l'ordre, qui prévoit 300 millions de dollars pour développer les polices de proximité.

S'engager pour l'environnement

Autre domaine dans lequel Joe Biden compte bien faire table rase de l'action de Donald Trump : l'environnement. Dès le 20 janvier, le démocrate signera un décret pour que les Etats-Unis réintègrent l'Accord de Paris sur le climat. Il a par ailleurs déjà promis de renverser nombre de décrets de son prédécesseur, qui ont mis à mal la lutte contre la crise climatique. Et il s'est engagé à organiser un sommet sur le climat*, réunissant "les dirigeants des économies majeures" de la planète, pendant ses cent premiers jours de mandat. Reste à savoir dans quelles conditions l'événement pourrait se tenir, au vu du contexte sanitaire.

Durant ces trois premiers mois, l'administration Biden va également commencer à travailler sur son ambitieux plan d'investissements dans l'économie verte, selon la radio publique nationale NPR*. Le démocrate a promis d'allouer 2 000 milliards de dollars tout au long de son mandat, pour développer les énergies renouvelables, financer la construction de bâtiments peu énergivores, parvenir à la neutralité carbone d'ici 2050 ou encore soutenir les communautés les plus affectées par la crise climatique. Ce plan d'investissement devra toutefois être validé par le Congrès.

Etre un allié de la communauté LGBT+

Joe Biden s'engage pour la cause LGBT+ depuis plusieurs années déjà. En 2015, il avait déclaré son soutien au mariage pour tous avant même que Barack Obama ne le fasse. Désormais, il entend faire voter l'Equality Act au Congrès durant ses trois premiers mois à la Maison Blanche. Le texte de loi interdit les discriminations sur la base de l'orientation sexuelle ou du genre, notamment en matière de logement et d'éducation, souligne le magazine USA Today*. "C'est essentiel pour garantir qu'aucun futur président ne pourra à nouveau revenir sur les droits civiques et les protections des personnes LGBT+", a estimé en octobre le démocrate, premier président américain à nommer comme ministre un homme ouvertement gay.

Joe Biden souhaite par ailleurs revenir sur la politique limitant les droits des personnes transgenres, mise en place par Donald Trump. En commençant par les autoriser à nouveau à servir dans l'armée, dès "son premier jour" de mandat, souligne le Washington Post*. Il s'est également engagé à lutter contre les violences contre les personnes transgenres, notamment les femmes de couleur, et à réinstaurer les directives fédérales garantissant leur protection dans les établissements scolaires.

* Ces liens renvoient vers des pages en anglais.

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