"C'est décourageant de voir les talibans au pouvoir" : l'amertume des vétérans américains partis combattre en Afghanistan après les attentats du 11-Septembre

Ils sont partis combattre le terrorisme après les attaques du 11 septembre 2001 aux États-Unis. Reportage en Virginie, auprès d'anciens soldats de l'armée américaine qui se retrouvent dans un club de motards-vétérans.

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Elijah Garitano, ancien marine en Afghanistan, est aujourd'hui président d'un club de motards-vétérans, septembre 2021. (BENJAMIN ILLY / RADIO FRANCE)

Les steaks sur le grill, les standards du rock qui passent en boucle à la radio, l'ambiance bière, et dans le garage, des vétérans tatoués qui font parler leurs grosses cylindrées. Ces motards font partie des 800 000 soldats américains déployés en Afghanistan au cours des 20 dernières années. Toute une génération de combattants post 11-Septembre partie combattre le terrorisme au lendemain de l'effondrement des tours jumelles à New York. Une génération qui observe, un peu dépité, un presque retour à la case départ.

Un barbecue de motards-vétérans en Virginie, septembre 2021. (BENJAMIN ILLY / RADIO FRANCE)

Deux décennies plus tard, les talibans sont au pouvoir à Kaboul et pour ces bikers en Virginie, qui organisent un barbecue du dimanche, la pilule a parfois du mal à passer. Elijah Garitano, 39 ans, a été déployé en Afghanistan en 2008 et 2010. Devant les photos de ses frères d'armes, il avoue être nostalgique. Il tente de retrouver cette fraternité avec son club de motards, tous vétérans. Il en manque un, tombé là-bas, en Afghanistan. Elijah porte un bracelet sur lequel est gravé son nom. "Il a été tué en mai 2011, il a été tué par un soldat afghan qui s'est retourné contre nous, raconte le vétéran. Des choses comme ça font partie de mon stress post traumatique, de ce sentiment de culpabilité. Est-ce que tu en as fait assez ? Est-ce que tu pouvais empêcher cette perte ? Je lutte encore avec tout ça."

Un membre du club de motards-vétérans, septembre 2021. (BENJAMIN ILLY / RADIO FRANCE)

Elijah parle aussi de cette ferveur. Il n'a eu aucune hésitation. Il voulait combattre le terrorisme et bâtir un monde meilleur. "Pour être honnête, je ne sais pas si on a réussi. On a peut-être aggravé les choses, s'interroge-t-il aujourd'hui. C'est vraiment décourageant de voir les talibans au pouvoir, ça m'attriste, comme si tout notre travail n'avait servi à rien."

"Maintenant ils vont devoir vivre avec les talibans"

Il ne faut pas se fier à sa chemise hawaïenne, Aaron est lui aussi un motard et un vétéran. Il était en Afghanistan en 2007 et 2008 dans une unité médicale où il évacuait les soldats blessés. La guerre est finie, l'homme âgé de 46 ans dresse le bilan et pense aux Afghans : "Je pense que c'était un peu arrogant de notre part de penser que nous pouvions changer ce pays en quelque chose d'autre mais… [il fait une pause] ça me bouleverse. La guerre est fini alors, dieu merci, tu sais que tu n'auras plus à ramasser un jeune soldat américain qui a perdu ses bras ou ses jambes. Tu sais qu'aucun enfant afghan ne sera pris entre deux feux. Mais en même temps, maintenant ils vont devoir vivre avec les talibans."

Aaron, 46 ans, qui a servi en Afghanistan dans une unité médicale, vétéran et biker. (BENJAMIN ILLY / RADIO FRANCE)

"Cette génération d'Afghans qui a grandi pendant vingt ans sans les règles des talibans est prisonnière et risque la mort, poursuit le motard vétéran. C'est ce qu'on a laissé mec ! C'est ce désordre qu'on a laissé !" Aaron ne sait pas encore ce qu'il fera ce samedi, date anniversaire du 11-Septembre. Regarder les cérémonies à la télévision ou peut-être sortir sa moto, prendre la route, filer à toute vitesse avec ses amis vétérans et calmer ses tourments.

Le dépit des vétérans partis se battre après le 11-Septembre - Le reportage de Benjamin Illy
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