"Pour les Russes, les frères Tsarnaev se sont radicalisés aux Etats-Unis"

Alban Mikoczy, correspondant de France Télévisions à Moscou, analyse la façon dont les médias russes commentent les attentats de Boston, qui auraient été commis par deux Tchétchènes.

Photo non datée de Dzhokhar Tsarnaev, un des deux suspects de l\'attentat de Boston.
Photo non datée de Dzhokhar Tsarnaev, un des deux suspects de l'attentat de Boston. (DZHOKHAR TSARNAEV/VKONTAKTE)
Alban Mikoczy est correspondant de France Télévisions à Moscou. Il analyse la façon dont les médias russes commentent les attentats de Boston qui, selon la police américaine, auraient été commis par deux hommes d'origine tchétchène.
 
Francetv info : Comment parle-t-on des évènements de Boston en Russie, surtout depuis que l'origine tchétchène des poseurs de bombes semble avérée ?
Alban Mikoczy : Il faut savoir que tous les faits divers sanglants américains font la une des médias russes. A demi-mot, ici, on n'est pas fâché quand là-bas, la violence frappe. Alors aujourd'hui, la dimension tchétchène de l'attentat de Boston ajoute évidemment un intérêt de taille pour ces mêmes médias. En ce qui concerne les moyens d'information qui dépendent du pouvoir, ils traitent cela avec des pincettes. On s'évertue d'abord à affirmer que la famille des frères Tsarnaev  a quitté la Tchétchènie depuis longtemps, sans préciser d'ailleurs pourquoi. Est-ce à la suite de la première guerre qui a eu lieu là-bas [entre 1994 et 1996] ? Pour d'autres raisons ? Mystère. Le récit officiel insiste sur le fait qu'ils ont vécu au Kirghizistan, au Kazakhstan, que l'essentiel de leur scolarité s'est déroulé au Daghestan [une république de la Fédération de Russie]. En fait, les Russes disent que les deux frères étaient aux Etats-Unis depuis au moins 2005, donc que leur radicalisation a eu lieu sur le territoire américain.

Est-ce que cette présentation des évènements doit beaucoup au contexte des relations entre Moscou et Washington ?
Evidemment ! Très récemment, les médias russes ont fait une campagne assez rude contre la prison de Guantanamo. Je n'entrerai pas dans le détail de ce dossier, mais sachez que nous sommes actuellement dans une vraie période de tension. A propos de Boston, disons que Moscou est officiellement solidaire, mais le pouvoir n'assure qu'un strict service minimum.

En Tchétchénie, comment réagit-on?
Le président Kadyrov [à la tête de la Tchétchénie depuis 2007] accuse les services spéciaux américains. Il affirme que tout ce qui est arrivé est de leur faute. En creux, le message est le suivant : on tue les musulmans sur le territoire américain. Les Etats-Unis leur feraient  la chasse sans sommation. Il faut rappeler, pour bien comprendre, que la Tchétchénie, qui fait partie de la Russie, est officiellement une République islamique. En plus des lois russes, on y applique des commandements religieux. Par exemple, le port du foulard est obligatoire pour les femmes musulmanes.

Donc, personne ne croit à une exportation du terrorisme tchétchène sur le sol américain ?
Absolument. D'autant plus qu'officiellement, ce terrorisme est éradiqué. Certes, il existe des actions organisées par des islamistes au Daghestan. Mais tout cela reste sporadique. Les rebelles tchétchènes sont réellement très affaiblis. Alors, il est difficile ici de considérer qu'ils peuvent avoir les moyens d'organiser de façon très structurée des attentats aux Etats-Unis.