Attentats de Boston : peut-on sécuriser à 100% un événement sportif ?

La double explosion survenue lors du marathon, lundi, est la dernière d'une longue liste d'attaques contre des épreuves sportives. Retour sur 40 ans de course-poursuite entre terroristes et organisateurs.

Après la première explosion sur la ligne d\'arrivée du marathon de Boston (Etats-Unis), le 15 avril 2013. 
Après la première explosion sur la ligne d'arrivée du marathon de Boston (Etats-Unis), le 15 avril 2013.  (DAVID L. RYAN / SIPA / AP)

"Quand vous avez 40 000 personnes sur les Champs-Elysées dans les sas de départ, si quelqu'un vient pour balancer une bombe, que voulez-vous faire ?" Le désarroi de Joël Lainé, directeur du marathon de Paris, transpire dans cette déclaration à L'Equipe. La double explosion à l'arrivée du marathon de Boston, qui a fait trois morts lundi 15 avril, s'inscrit dans une longue liste d'attaques contre des événements sportifs. "Malheureusement, on ne peut rien faire face à de tels actes", soupire Joël Lainé. Pourtant, on a essayé. 

Les Jeux olympiques, caisse de résonance du terrorisme

Le monde entier s'est rendu compte que les grands événements constituaient des cibles terroristes après la tragédie des JO de Munich (Allemagne), en 1972. Le groupe terroriste palestinien Septembre noir s'introduit dans le village olympique et prend en otage la délégation israélienne. Bilan : douze morts, onze athlètes israéliens et un policier ouest-allemand, en plus de cinq terroristes. La psychose s'installe : cinq ans plus tard sort le film Black Sunday, qui met en scène un Américain dépressif, embrigadé par Septembre noir, déterminé à larguer une bombe à fragmentation sur le stade où se déroule le Super Bowl. L'accroche de l'affiche du film : "ça pourrait arriver demain". Les organisateurs de grands événements sportifs l'ont bien compris.  

L\'affiche du film \"Black Sunday\", de John Frankenheimer, sorti en 1977.
L'affiche du film "Black Sunday", de John Frankenheimer, sorti en 1977. (PARAMOUNT PICTURES )

Les Jeux d'hiver d'Innsbruck, en Autriche, qui succèdent en 1976 aux JO de Munich, ont comme priorité la sécurité. "Le village olympique ressemblait de l'extérieur à un camp retranché", se souvient Karl Heinz Klee, le patron du comité d'organisation, sur le site du CIO. Même ambiance martiale aux Jeux d'été de Montréal (Canada), la même année. "C’est la plus grande mobilisation ici depuis la guerre de Corée", raconte un responsable au journal Le Monde. Il faut attendre l'attentat du 11 septembre 2001 à New York pour que la sécurité passe d'un poste budgétaire annexe à un investissement considérable pour les organisateurs. En 2004, la Grèce fait appel à l'Otan pour sécuriser les Jeux d'Athènes quand, en 2012, Londres installe des batteries de missiles sur les toits londoniens et un porte-hélicoptères sur la Tamise !

Le coût de la sécurité aux Jeux olympiques | Infographics

Un déploiement de moyens injustifié ? Pas sûr : entre 1972 et 2003, on dénombre 168 tentatives d'attaques terroristes liées de près ou de loin à un évènement sportif (PDF, page 101). Si l'attentat dans un parc d'Atlanta, pendant les JO de 1996, est resté dans les mémoires, qui se souvient du tir de roquette dans l'aéroport de Nagano quelques jours avant les Jeux d'hiver de 1998 ? Signe qui ne trompe pas : depuis le début des années 2000, le CIO est désormais assuré contre l'annulation des Jeux après une attaque terroriste, relevait Le Monde (article abonnés)

Des athlètes sous haute surveillance

Ce qui est valable pour les grands événements l'est aussi pour les équipes. Le GIGN assure la sécurité de la délégation française aux Jeux olympiques, tout comme 400 membres des forces spéciales pour les Américains. Les Israéliens sont, quant à eux, protégés par le service de contre-espionnage de l'Etat hébreu, le Shin Bet. Ce dernier a fait savoir que pour des raisons d'économies, il allait cesser de veiller sur les équipes israéliennes engagées dans des compétitions à l'étranger. "Partir jouer en Turquie, en Serbie ou en Bosnie sera impossible pour nous tant il y a des musulmans anti-israéliens là-bas, regrette le président de la fédération israélienne de basket-ball, cité par Israel National News (en anglais). Sans la sécurité du Shin Bet, nous n’irons plus dans certains endroits."

N'allez pas croire que ce n'est valable que pour les champions de l'Etat hébreu. L'équipe de France de handball a fait l'objet de mesures de sécurité lors des derniers championnats du monde, au début de l'intervention au Mali, note RTL

Des avions de chasse et des drones au secours du foot

Les JO ne représentent que la partie émergée de l'iceberg. La menace terroriste est réelle pour tout événement sportif de moyenne importance. Le Congrès américain a inclus les Jeux olympiques et le Super Bowl au premier rang des événements sportifs prioritaires dans la fameuse loi post-11-Septembre, la Homeland Security. Un document du FBI (en anglais), dévoilé en 2006 par la chaîne NBC, dévoile le dispositif prévu : des centaines de sociétés de sécurité privées pour ratisser les abords du stade, contrôle des voitures, surveillance des mouvements de foule et interdiction de l'espace aérien autour du stade grâce à l'armée de l'air. Le fait que des drones soient utilisés pour la sécurité de l'Euro 2008 en Autriche et en Suisse n'a choqué personne.

Si les autorités peinent à sécuriser des événements dans un lieu fermé, avec des spectateurs qui paient leur billet et qui sont fouillés avant d'accéder aux gradins, comment espérer sécuriser un événement en plein air, gratuit, s'étendant sur des dizaines de kilomètres, parfois des milliers comme le Tour de France ? Le marathon des Jeux olympiques d'Athènes a été perturbé par un ancien prêtre catholique irlandais qui avait agressé un concurrent. En 2008, un kamikaze s'est fait exploser au départ du marathon du Nouvel An au Sri Lanka, tuant deux ministres. "On ne peut pas mettre un policier derrière chaque spectateur", regrette Joël Lainé. Sur des épreuves de ce type, le contrôle ne peut s'effectuer que de loin.

Un policier dans le QG de la police de Londres (Royaume-Uni) à l\'occasion du marathon, le 20 avril 2007.
Un policier dans le QG de la police de Londres (Royaume-Uni) à l'occasion du marathon, le 20 avril 2007. (MATT CARDY / GETTY IMAGES)

Dernière alternative face aux menaces terroristes : annuler l'épreuve. Le rallye Dakar a cédé, en 2008, face aux menaces du chef islamiste Mokhtar Belmokhtar, avant de déménager en Amérique du Sud l'année suivante. En 1991, le marathon de Paris avait été purement et simplement annulé dans le contexte de l'intervention française en Irak, lors de la guerre du Golfe. L'idée n'a pas traversé l'esprit des organisateurs du marathon de Londres, prévu dimanche 21 avril. Ils ont maintenu l'épreuve et promis de renforcer la sécurité.