Athées aux Etats-Unis, de la ségrégation à la revendication

Depuis le début des années 2000 un mouvement athée revendicatif, nouvellement apparu, s’affirme peu à peu. Dans un pays issu du protestantisme, où le président élu prête traditionnellement le serment d’investiture sur la Bible, dont la monnaie, le dollar, porte fièrement la devise nationale «In God we trust» (en Dieu nous faisons confiance), ce phénomène prend un relief particulier.

Washington, le 24 mars 2012, une manifestation d\'athées réclame du gouvernement américain l\'application du principe de laïcité.       
Washington, le 24 mars 2012, une manifestation d'athées réclame du gouvernement américain l'application du principe de laïcité.        (AFP PHOTO / Brendan SMIALOWSKI)

Aux Etats-Unis, pays où l’empreinte religieuse est omniprésente dans la vie politique nationale et locale, les médias, la sphère publique ou privée, se déclarer non-croyant est difficile et peut entraîner de fâcheuses conséquences. Ainsi un professeur de mathématique de 26 ans, Abby Nurre, soupçonnée d'être athée, a été licenciée pour faute grave de l'école où elle enseignait.

Les dix mille manifestants se réclamant de l'athéisme rassemblés à Washington sous la pluie dans le cadre du «Rallye de la raison», le samedi 24 mars 2012, l'ont fait autant pour affirmer leur fierté d'être non-croyants que pour dénoncer ces discriminations liées au statut d'athée.

Pourtant les choses évoluent sensiblement. Les dernières données disponibles font état d’une nette progression de l’athéisme aux Etats-Unis.

L’étude réalisée en 2012 par WIN-Gallup International sur l'évolution des attitudes par rapport aux croyances et à l'athéisme dans le monde, «Global Index of Religiosity and Atheism», montre que le taux de population se déclarant religieux aux Etats-Unis a chuté de 73 à 60% (-13%) en 7 ans. Le nombre d’Américains qui affirment être athées est lui passé depuis 2005 de 1% à 5%.
 

Les participants écoutent les prises de parole lors du «Rallye Reason» de la National Atheist Organization,  le 24 mars 2012, sur le National Mall à Washington.
Les participants écoutent les prises de parole lors du «Rallye Reason» de la National Atheist Organization,  le 24 mars 2012, sur le National Mall à Washington. (PHOTO AFP/Allison Shelley/Getty Images)


Néo-athéisme
Il est à noter que dans l’intervalle de sept ans qui a séparé les deux sondages, une série d’ouvrages à grand succès ont été publiés sur l’athéisme. Le premier par Sam Harris en 2005 avec son livre «The End of Faith» (La fin de la foi), suivi par Christopher Hitchens, Richard Dawkins, Daniel Dennett et d’autres «néo-athées».

Pour le sociologue des religions à l’Université Tampa (Floride) Ryan Cragun, cité par le «Washington Post», au sujet des résultats de l’étude précitée, «il est évident qu’il s’agit là d’une manifestation du mouvement du néo-athéisme».

Pourtant, pour ce spécialiste de l’athéisme aux États-Unis et dans le monde, ce que révèle ce sondage, ce n’est pas que de plus en plus de gens deviennent athées mais plutôt que les gens sont davantage disposés à se déclarer athées. « Pendant longtemps, la religiosité a été une caractéristique essentielle de l’identité des États-Unis », explique-t-il. «Or ce sondage laisse entendre que ceci est en train de changer et que les gens se sentent moins obligés de se considérer comme religieux pour correspondre à l’image d’une bonne personne aux États-Unis.»

Le chercheur pense aussi que l’un des facteurs possibles pourrait être que les organisations athées mènent des campagnes plus intensives pour encourager les gens qui ne croient pas en Dieu à le révéler publiquement. Le projet de la «Fondation Richard Dawkins pour la Raison et la Science», la «Out Campaign», lancé en 2007 pour présenter une image plus positive de l’athéisme, désormais appuyé par d'autres groupes athéistes nationaux, a certainement contribué à ce résultat.
 

Manifestation de militants athéistes et de défenseurs de la laïcité, le 24 mars 2012, à Washington 
Manifestation de militants athéistes et de défenseurs de la laïcité, le 24 mars 2012, à Washington  (AFP PHOTO / Brendan SMIALOWSKI)


Pour la première fois de l'histoire des Etats-Unis, les protestants américains représentent moins de 50% de la population alors que le nombre d'athées est en hausse, selon une étude menée par «Pew Forum on Religion and Public Life», publiée le 9 octobre 2012. L'une des raisons de cette baisse est le passage à 20% du nombre de personnes qui ne s'identifient à aucune religion, contre 15% ces cinq dernières années.

Parmi les personnes non-croyantes, Pew regroupe les athées mais aussi les agnostiques et une minorité de personnes qui se considèrent comme «spirituelles» mais pas «religieuses». Au total, sur 315 millions de citoyens américains, près de 13 millions de personnes se déclarent athées ou agnostiques et 33 millions se désignent sans affiliation religieuse particulière.

Les États-Unis restent toutefois une nation très religieuse, puisque 68 % des habitants disent croire en Dieu et 21 % affirment prier tous les jours.

Reconnus par Obama
Quelques minutes après avoir prêté serment sur la Bible, lors de sa première investiture en 2009, Barack Obama a lâché une petite bombe dans les milieux religieux américains.

Pour la première fois, avec Barack Obama, un président a reconnu, dès son discours inaugural, que les Etats-Unis sont «un pays de chrétiens, de musulmans, de juifs et d’hindous», mais aussi de «non-croyants», a-t-il martelé, prenant acte ainsi d’une réalité de plus en plus prégnante aux Etats-Unis.