Turquie : deux journalistes condamnés pour avoir publié des caricatures de "Charlie Hebdo"

Ils ont été condamnés jeudi à deux ans de prison.

Les pages spéciales \"Charlie Hebdo\" du quotidien turc Cumhuriyet, publiées le 14 janvier 2015, une semaine après l\'attaque contre le journal satirique à Paris.
Les pages spéciales "Charlie Hebdo" du quotidien turc Cumhuriyet, publiées le 14 janvier 2015, une semaine après l'attaque contre le journal satirique à Paris. (MAXPPP)

Deux journalistes du quotidien turc Cumhuriyet ont été condamnés, jeudi 28 avril, pour avoir reproduit en 2015 un dessin de Charlie Hebdo dans leurs colonnes, en solidarité avec le journal satirique attaqué par des jihadistes le 7 janvier 2015 à Paris.

"Le tribunal pénal d'Istanbul leur a infligé une peine de prison de deux ans", a précisé leur avocat Bülent Utku, annonçant qu'il allait faire appel. A l'annonce du jugement, les plaignants, des citoyens, ont crié "Allah Akbar" dans la salle d'audience, selon les médias locaux.

"Incitation à la haine" et "insultes aux valeurs religieuses"

Hikmet Cetinkaya et Ceyda Karan, deux chroniqueurs de renom, avaient illustré leur éditorial du 14 janvier 2015 de deux versions réduites de la une du premier numéro publié par Charlie Hebdo après les attentats du 7 janvier. 

Le Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, avait alors qualifié la décision de Cumhuriyet de "grave provocation" et les deux journalistes avaient été accusés "d'incitation à la haine" et "d'insultes aux valeurs religieuses".

La Une du journal le 14 janvier 2015.
La Une du journal le 14 janvier 2015. (MAXPPP)

Dès le lendemain, la justice avait ouvert une information judiciaire contre les deux éditorialistes et interdit la publication sur le web de l'éditorial illustré.

Le journal Cumhuriyet, farouche opposant du régime islamo-conservateur du président Recep Tayyip Erdogan, est le seul journal du monde musulman, et l'une des cinq publications internationales, à avoir reproduit des extraits des caricatures de Charlie HebdoUne vraie prise de risque dans un pays à 99% musulman, dirigé depuis 2002 par l'AKP, le parti du président Erdogan, accusé de dérive autoritaire et de censure de la presse.

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