Turquie : démission du gouvernement, après le revers aux législatives

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a accepté, mardi, la démission du gouvernement d'Ahmet Davutoglu. La formation d'un gouvernement de coalition entre l'AKP et l'opposition s'annonce comme un casse-tête.

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan (à droite), discute avec son Premier ministre, Ahmet Davutoglu, à Hakkari (Turquie), le 26 mai 2015.
Le président turc, Recep Tayyip Erdogan (à droite), discute avec son Premier ministre, Ahmet Davutoglu, à Hakkari (Turquie), le 26 mai 2015. (AFP )

Deux jours après le revers aux législatives du parti au pouvoir, qui n'a pas obtenu la majorité absolue, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a accepté, mardi 9 juin, la démission du gouvernement. Le Premier ministre, Ahmet Davutoglu, chef du parti arrivé en tête au scrutin, ne devrait être chargé de former une nouvelle équipe qu'après l'officialisation des résultats, dans les deux semaines, précise une source proche du gouvernement. 

Au pouvoir depuis treize ans, le Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur) a obtenu 40,8% des suffrages et 258 des 550 sièges de députés, en net recul par rapport aux législatives de 2011, quand il avait frôlé les 50%. Ce résultat a ouvert les tractations en vue de la formation d'un gouvernement de coalition entre l'AKP et l'opposition, qui s'annonce comme un casse-tête.

Les partis d'opposition excluent toute alliance avec l'AKP

Les deux principaux adversaires de l'AKP, le Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate) et le Parti de l'action nationaliste (MHP, droite), ont respectivement recueilli 25% et 16,3% des suffrages, totalisant 132 et 80 sièges. Grande surprise des élections, le parti kurde HDP (Parti démocratique du peuple) a bouleversé le paysage politique turc en réalisant un score historique de 13,1%, avec 80 députés sur 550.

Ces trois partis ont jusque-là publiquement exclu toute alliance avec l'AKP. Tout au long de leur campagne, ils ont vertement dénoncé la dérive autoritaire de l'AKP et du président Erdogan. Les scénarios alternatifs à une coalition dirigée par l'AKP restent très hypothétiques. Le chef du CHP a évoqué l'idée d'une alliance de l'opposition, car "des élections anticipées ne seront qu'une perte de temps". Un de ses vice-présidents, Sezgin Tanrikulu, est allé plus loin en préconisant un "gouvernement de restauration" composé des trois partis d'opposition. 

Les chances d'une telle coopération semblent toutefois très minces. Les nationalistes du MHP sont très réticents à s'allier avec le HDP (parti prokurde). Ils souhaitent l'arrêt des négociations de paix menées avec les rebelles armés du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), alors que le HDP a fait de leur relance une de ses priorités. Reste l'idée d'un gouvernement AKP minoritaire. "C'est l'éventualité la plus lointaine, inutile d'en parler pour le moment", a tranché son vice-président, Mehmet Ali Sahin.