Turquie : à l'approche des élections, les préoccupations des habitants sont plus économiques que politiques

En Turquie, dimanche, les électeurs sont appelés aux urnes pour des législatives et un scrutin présidentiel. À Istanbul, c'est surtout la crise économique que commentent les habitants. 

Une affiche du président turc, Recep Tayyip Erdogan, candidat à sa réélection, dans les rues d\'Istabul le 21 juin 2018.
Une affiche du président turc, Recep Tayyip Erdogan, candidat à sa réélection, dans les rues d'Istabul le 21 juin 2018. (NATHANAËL CHARBONNIER / RADIO FRANCE)

En Turquie, dimanche 24 juin, 55 millions d’électeurs sont appelés aux urnes pour des élections législatives et un scrutin présidentiel, annoncés par l'actuel président Recep Tayyip Erdogan en avril dernier. À deux jours des votes, le sujet qui intéresse les habitants d'Istanbul, une agglomération de plus de 15 millions d'habitants, semble se concentrer sur le niveau de vie en baisse. 

La crise économique dans toutes les conversations

Des chiffres claquent et donnent le vertige aux économistes : en un an, une inflation de plus de 10%, une baisse de 30% de la valeur de la livre turque ou encore la hausse du chômage de plus de trois points. La politique d'Erdogan s'essouffle, le pays s'est endetté. À cette situation, il faut ajouter le coût de la guerre et la mauvaise image de la Turquie avec ses conséquences sur le tourisme. Le pays n'arrive plus à suivre et ses habitants souffrent. Un vendeur de poisson dans le cœur d’Istanbul résume en quelques mots ce que les statistiques ne parviennent pas à illustrer. "Les gens ont faim, affirme-t-il. C'est une manière de parler, je dis ça parce qu'il y a une crise économique." Ce commerçant fait part de sa vérité en s'appuyant sur sa comptabilité professionnelle. Il vend son poisson 2 euros pièce. En ce moment, entre 25 et 30 poissons par jour lui sont achetés. Pour gagner sa vie, explique-t-il, il faudrait en écouler au moins une centaine.

Une lassitude à vérifier dans les urnes 

À proximité, dans un petit magasin de peinture vide, on attend les clients et les affaires ne sont pas bonnes. "C'est très faible", souligne le commerçant. Par rapport à 2016 ou 2017, "ça a baissé de plus de 50%", dit-il, avouant que c'est difficile de vivre. Quant à l’espoir que pourraient susciter les élections, il n’est pas bien grand. "Ça ne va pas changer grand-chose",  lâche cet habitant du centre-ville d'Istanbul. 

Dans ce même quartier de la plus grande ville de Turquie, Zeda ne dit pas autre chose. Cela fait 20 ans qu’elle est commerçante et quatre ans qu’elle a installé une boutique non loin de la place Taksim. Les temps sont durs, confirme-t-elle. Les touristes sont moins nombreux, les ventes plus rares. Zeda le dit sans détour, elle aimerait bien qu’Erdogan perde les élections de dimanche. "Il faut qu'il parte, c'est quelqu'un de dangereux", juge-t-elle. Elle envisage de voter pour le candidat du Parti républicain du peuple (CHP) à la présidentielle et en faveur des couleurs du  Parti démocratique des peuples (HDP), aux législatives. 

CHP, HDP... les partis d’opposition peuvent croire en leur chance, mais nombreux sont ceux qui estiment qu’on n'en est pas encore là et que la première des victoires serait déjà de pousser Erdogan à devoir affronter un second tour.

Turquie : à l'approche des élections, les difficultés de la vie quotidienne prennent le pas sur l'engouement politique - un reportage de Nathanaël Charbonnier à Istanbul
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