Bras de fer entre Américains et Turcs autour de l'extradition de Fethullah Gülen

Les autorités turques affirment que l'opposant au président Recep Tayyip Erdogan est impliqué dans la tentative de coup d'Etat de juillet et réclament son extradition à Washington. 

Le vice-président américain, Joe Biden, et le président turc, Recep Tayyip Erdogan, à Ankara (Turquie), le 24 août 2016.
Le vice-président américain, Joe Biden, et le président turc, Recep Tayyip Erdogan, à Ankara (Turquie), le 24 août 2016. (KAYHAN OZER / ANADOLU AGENCY / AFP)
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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

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La visite du vice-président américain, Joe Biden, en Turquie, mercredi 24 août, vise à apaiser les tensions entre Ankara et Washington. Mais elle prend l'allure d'un bras de fer entre les deux puissances alliées au sein de l'Otan. Objet du litige : l'extradition de l'imam Fethullah Gülen, exilé en Pennsylvanie depuis 1999 et accusé par la Turquie d'être l'instigateur du coup d'Etat manqué de juillet.

Pas de preuves

Fethullah Gülen est l'ennemi juré de Recep Tayyip Erdogan, le président turc. Ce dernier l'accuse d'avoir fomenté le putsch manqué du 15 juillet. Diplomate, Joe Biden a assuré "comprendre les sentiments intenses" du gouvernement et du peuple turcs au sujet de cet opposant.

Mais en coulisses, un cadre de l'administration américaine voyageant avec Joe Biden a glissé à l'AFP que si la Turquie a bien fourni "quatre demandes distinctes d'extradition pour Gülen, (...) elles sont toutes liées à des allégations d'activités criminelles antérieures au coup d'Etat" et remontent à 2015 et encore auparavant. Et d'enfoncer le clou : "Les Turcs n'ont pas fourni de requête d'extradition liée à l'implication de Gülen dans la tentative de coup d'Etat. Ils n'ont pas apporté non plus de preuve d'éventuelles connections de Gülen avec le coup d'Etat".

Ainsi, Washington n'entend pas se laisser tordre le bras, alors que Recep Tayyip Erdogan est accusé d'autoritarisme en menant une purge pour étouffer toute contestation.

Pressions turques

Le président turc a déjà signifié son agacement vis-à-vis de l'attitude des Américains et des Occidentaux en général. Agacement qui s'accompagne d'un rapprochement avec son homologue russe, Vladimir Poutine.

Mercredi, Ankara a encore accentué ses pressions sur les Etats-Unis. "Si un pays veut que vous extradiez un criminel dans votre pays, vous n'avez pas le droit de contester cela", a ainsi déclaré Recep Tayyip Erdogan. Il s'est presque fait menaçant en ajoutant qu'un refus d'extradition ne bénéficierait pas aux Etats-Unis. 

Depuis Ankara, Joe Biden a indiqué que les agences fédérales américaines continueraient de coopérer avec les instances turques sur cette question. Le vice-président a affirmé que son pays aidait la Turquie à évaluer les éléments pouvant incriminer Fethullah Gülen tout en rappelant que les règles de droit devaient être respectées.