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Etat islamique et rébellion kurde : en Turquie, le président Erdogan face à un double front

Istanbul a été, mardi, le théâtre d'un triple attentat-suicide perpétré à l'aéroport international d'Ataturk et qui a fait moins 41 morts 

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France Télévisions
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Un policier turc patrouille devant l'aéroport international d'Istanbul, le 29 juin 2016. (OSMAN ORSAL / REUTERS)

C'est l'attentat le plus meurtrier dans l'histoire récente d'Istanbul. L'aéroport international de la capitale économique turque a été la cible de trois kamikazes, mardi 28 juin, qui ont tué au moins 41 personnes, et fait au moins 239 blessés, selon un bilan provisoire, communiqué mercredi à la mi-journée.

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Cette attaque, aussitôt attribuée par Ankara au groupe Etat islamique (EI), rappelle que la Turquie du président Recep Tayyip Erdogan doit faire face depuis des mois à une double menace : celle de l'EI d'une part, et celle des séparatistes kurdes du PKK de l'autre. Francetv info fait le point sur ces deux groupes contre lesquels Ankara a promis de mener "une guerre synchronisée" dès juillet. 

L'Etat islamique, ennemi récent d'Ankara

A quel jeu joue la Turquie vis-à-vis du groupe Etat islamique ? Le régime islamo-conservateur du président Recep Tayyip Erdogan a été longtemps pointé du doigt pour sa proximité supposée avec les jihadistes. Voisin de la Syrie, le pays a accueilli plus de 2,5 millions de réfugiés syriens fuyant leur pays en guerre, rappelle Le Monde. Et la Turquie n'aurait guère fait le tri entre la population civile et les combattants terroristes, puisque "de nombreux jihadistes de l’EI ont été soignés dans les hôpitaux turcs", souligne Slate.

Ankara est ainsi soupçonnée d'avoir longtemps servi de "base arrière" à l'EI, organisation avec laquelle le pouvoir turc partage un certain nombre d'adversaires communs (les Kurdes, le président syrien Bachar Al-Assad, l'Iran...). "C’est une base arrière logistique par laquelle ont transité pétrole dans un sens, équipements et armes dans l’autre", affirme Slate.

Mais sous la pression de l'Otan, dont elle est membre, la Turquie a fini par rejoindre la coalition américano-européenne contre les jihadistes. Le tournant a eu lieu en juillet 2015, lorsqu'Ankara a ouvert sa base aérienne d'Incirlik aux avions américains qui bombardent des cibles de l'EI en Syrie et en Irak. 

Conséquence de cette participation plus active ? Depuis un an, cinq attentats kamikazes ont visé des cibles touristiques en Turquie, tuant quelque 200 personnes, et provoquant une chute immédiate du tourisme. Mais jusqu'à présent, l'EI n'a revendiqué aucune des attaques qui lui ont été attribuées. 

La rébellion kurde, en guerre avec le pouvoir central

En interne, un autre front est ouvert à l'est de la Turquie, où le fragile cessez-le-feu qui tenait depuis mars 2013 a volé en éclats l'été dernier. Le le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a déclenché, selon Le Monde, une "guérilla urbaine" dans plusieurs villes du sud-est du pays (Cizre, Silopi...). "Les quartiers centraux de ces localités sont devenus les nouveaux champs de bataille du PKK contre les forces turques avec leur cortège de morts, de destructions et de déplacés internes", soulignait, en février, le Monde.

Difficile toutefois d'avoir des informations fiables sur cette question, en raison de la censure exercée à l'encontre des médias. Pour avoir évoqué ce conflit, le représentant en Turquie de Reporters sans frontières, Erol Önderoglu, a été inculpé le 20 juin pour "propagande terroriste". Le conflit est néanmoins sanglant. Le 7 juin, le président Recep Tayyip Erdogan a affirmé que "les forces de sécurité turques avaient tué 7 600 séparatistes kurdes depuis le 20 juillet 2015". Des sources militaires turques évoquaient, de leur côté, près de 500 morts dans ses rangs sur la même période.

Le 22 juin 2016, les Faucons de la liberté du Kurdistan (TAK), un groupe radical proche du PKK, a ainsi revendiqué l'attentat à la voiture piégée visant un véhicule de police à Istanbul, et qui a fait 11 morts, dans le quartier historique de Beyazit. Mais dans son communiqué, l'organisation avait précisé : "Nous tenons à avertir les touristes étrangers en Turquie et ceux qui veulent s'y rendre : les étrangers ne sont pas notre cible mais la Turquie n'est plus un pays sûr pour eux".

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