Violences en Tunisie : le pays "est dans une position fragile"

La Tunisie connaît une nouvelle période d’émeutes dans plusieurs villes du pays. Pour Sophie Bessis, chercheuse associée à l'IRIS, la classe politique tunisienne s'est révélée "incapable de mettre au point un plan à long terme", fragilisant le pays.

Des heurts entre manifestants et policiers ont eu lieu pour la troisième nuit consécutive en Tunisie, 10 janvier 2018. 
Des heurts entre manifestants et policiers ont eu lieu pour la troisième nuit consécutive en Tunisie, 10 janvier 2018.  (FETHI BELAID / AFP)
avatar
franceinfoRadio France

Mis à jour le
publié le

Depuis plusieurs jours des violences ont éclaté en Tunisie. Le pays à l'initiative des Printemps arabes en 2011 connaît une nouvelle période d'émeutes dans plusieurs villes du pays. Une colère née de  l'augmentation des prix et de la hausse des taxes. Depuis mercredi 10 janvier, plus de 300 personnes ont été arrêtées. "La Tunisie est dans une position fragile, ses fondamentaux économiques et sociaux sont d'une très grande fragilité et sa classe politique s'est révélée incapable de mettre au point un plan à long terme", analyse,  jeudi 11 janvier sur franceinfo, Sophie Bessis, chercheuse associée à l'IRIS, spécialiste du Maghreb.

franceinfo : Chaque année depuis 2011, des manifestations ont lieu en janvier. Pourquoi celles-ci ont pris une telle ampleur ?

Sophie Bessis : Il y a plusieurs raisons. Il y a évidemment une désespérance de la population. On assiste depuis plusieurs années à une dégradation des fondamentaux économiques et sociaux. Cependant, les émeutes auxquelles on assiste aujourd'hui ont un "côté manipulé" dont il faut tenir compte. Incontestablement, certains aspects de cette loi finances dérange les intérêts de certains lobbies qui importent beaucoup. En Tunisie, une grande partie de l'économie est une économie parallèle. Dans un certain nombre de régions, les directeurs de cette économie parallèle ont tout intérêt que l'on proteste contre des taxes qui leurs portent préjudice.

Ces manifestations sont-elles seulement citoyennes ?

Il y a des gens qui se révoltent contre cette dégradation des conditions sociales de la population mais quand on voit les pillages, les destructions, ce ne sont pas que des manifestations citoyennes. Je ne blanchis pas le gouvernement mais une partie des manifestants sont des casseurs et des pilleurs, qui s'attaquent à des banques, des synagogues.

Est-ce que ces manifestations sont de nature à s'embraser et à déstabiliser encore un peu plus la Tunisie ?

La Tunisie est dans une position fragile, ses fondamentaux économiques et sociaux sont d'une très grande fragilité et sa classe politique s'est révélée incapable de mettre au point un plan à long terme. Le pays doit faire des sacrifices, dans la mesure où il a vécu au-dessus de ses moyens ces dernières années sans résoudre aucun problème social. Le problème est de savoir qui va payer ces sacrifices, quelle couche sociale ? Or, aujourd'hui, les différents partis qui composent la classe politique sont des partis de lobby et pas des partis capables de prendre la situation en main et de réfléchir sur la façon de sortir la Tunisie de l'ornière.