Tunisie : des élections désenchantées

Quatre ans après la révolution du Jasmin, la Tunisie vote dimanche pour élire ses 217 députés. Entre les islamistes d’Ennahda et le retour des partisans de Ben Ali, les Tunisiens ne voient toujours pas arriver les promesses de la révolution.

(Dans une rue d'Hammamet © RADIOFRANCE/ Yves Izard)

C'est une évidence qui saute aux yeux : l’ambiance révolutionnaire, les forums improvisés sur l’avenue Bourguiba, c’est du passé. Désormais ce sont les partis politiques qui tentent de rallier des électeurs, et ils ont du mal... C’est d’ailleurs sur le stand de la société civile qui veut sensibiliser les gens à voter qu’on discute le plus. Et c’est comme un cri du cœur pour cette jeune femme légerement voilée : "Je veux un parti qui soutienne les acquis de la révolution, mais surtout pas les partisans de Ben Ali."

45% des Tunisiens ne se sont pas inscrits sur les listes électorales. On arrive quand même à cinq millions d’inscrits, mais c’est comme si les Tunisiens, surtout les jeunes, étaient  désormais dépossédés de leur révolution, à  l’image de ce jeune homme, assis sur les marches du théatre, haut lieu de la révolution de janvier 2011 : "on a gagné la liberté d’expression ; pour le reste rien n'a changé, mais on a marre des islamistes et des anciens de Ben Ali."  

Révolution pour rien

Ce rejet des partis s’explique pour l’économiste solidaire Radhi Meddeb : "La situation s’est dégradée et la population du coup n’accepte pas de se rallier au jeu politique global, elle ne croit pas qu’une meilleure Constitution, pas plus que la démocratie, ne vont améliorer son quotidien."

 

Et  les déçus sont  partout, notamment chez les électeurs d’Ennahda, qui était au pouvoir. Aujourd’hui le parti islamiste justifie toujours son bilan économique. S’il a quitté le pouvoir c’était pour laisser place à un gouvernement apolitique.

(Des affiches de meeting pour Caïd Essebsi © RADIOFRANCE/ Yves Izard)

Pragmatique donc, le leader Rached Ghanoucchi veut un consensus entre islamistes et laïques pour la stabilité du pays. Et Caid Essebsi, qui dirige Nida Tounes, même s’il tire à boulets rouges sur l’échec économique d’Ennahda et l’accuse d’avoir favorisé le terrorisme et de prendre ses ordres auprès de Dieu, n’est pas contre : pas d’alliance contre nature cependant, mais des accords sur les plans sociaux et économiques.

Quant au retour d’anciens Benalistes – quatre anciens ministres de Ben Ali vont se présenter à la présidentielle du 23 novembre - ils ont le droit puisque la justice ne les a pas condamnés, explique le parti d’Essebsi, lui qui a connu tous les gouvernements depuis Bourguiba.

De quoi déboussoler encore un peu plus ceux qui ont fait la révolution qui a chassé Ben Ali.