Un jihadiste français repenti raconte son embrigadement

Recruté à Roubaix (Nord), le jeune homme de 20 ans s'est battu pendant neuf mois en Syrie avant de rentrer et France. Il livre son témoignage à la "Voix du Nord".

Des combattants islamistes paradent à Raqqa en Syrie, le 30 juin 2014.
Des combattants islamistes paradent à Raqqa en Syrie, le 30 juin 2014. (REUTERS)

"Ces gens-là, ils salissent l’Islam." Ces mots sont de Mounir (nom d'emprunt), un jeune Roubaisien de 20 ans parti faire le jihad en Syrie. De retour à Roubaix (Nord), il a accepté de raconter son parcours à La Voix du Nord, qui publie son témoignage, vendredi 11 juillet. Le jeune homme souhaite mettre en garde des jeunes de son âge tentés par le jihad.

Tout commence à Roubaix, où il est recruté par des prêcheurs "à l’insu des familles, des mosquées et de l’État", précise le quotidien régional. "Moi, ils m’ont dit : 'Va pas à la mosquée, si tu veux apprendre la vraie religion, viens avec nous.' Ils me montraient des versets du Coran et me disaient : 'Tiens, regarde telle ou telle vidéo", confie le Roubaisien.

"Un lavage de cerveau"

Mounir passe son temps à regarder des vidéos et lire les appels de cheiks à faire le jihad. Il s'éloigne de ses proches et des lieux de culte. "C’était un lavage de cerveau", affirme-t-il à La Voix du Nord. Viennent ensuite le départ pour la Syrie, via l'Algérie, l'Egypte et la Turquie, et les premiers jours dans un camp d'entraînement de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL).

Le jeune jihadiste est envoyé à Damas, où il combat pendant neuf mois. "Je tirais comme ça. Je ne sais même pas si j’ai tué quelqu’un. Tout ce que je peux dire, c’est que je n’ai jamais torturé des gens", assure-t-il au journal. Les méthodes d'une extrême violence employées par l'EIIL le choquent : "Pour moi, la façon dont ils traitent les morts, c’était un des premiers signes que je me trompais. Ils traînent les corps, jouent avec. Ils ne les respectent pas."

Interpellé par la DCRI à son retour

Mounir décide de rentrer en France. Commence un long parcours du combattant. Les dissimulations à ses frères d'armes, les nombreux pays traversés avant de regagner l'Hexagone. "Je ne pouvais pas dire que je voulais rentrer", confie-t-il, expliquant qu'on l’aurait pris pour un traître. Je disais que j’allais faire des courses et je préparais mon départ en douce." 

A son retour, il aurait été interpellé par la DCRI. "J’ai tout dit. Vous savez, ces gens connaissent très bien notre religion, affirme-t-il à La Voix du Nord. Pour eux, je ne suis pas dangereux, mais ils me surveillent toujours. C’est normal." Désormais, il a choisi de parler de cet embrigadement aux jeunes qui l'entourent.