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Quatre questions sur l'arrestation des jihadistes présumés à Strasbourg

Sept personnes soupçonnées de s'être rendues en Syrie pour y mener le jihad ont été interpellées et placées en garde à vue mardi. Sur quoi se basent les enquêteurs ? Eléments de réponse.

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France Télévisions
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Les équipes du Raid et du GIGN en opération dans le quartier de la Meinau, à Strasbourg (Bas-Rhin), le 13 mai 2014. (FREDERICK FLORIN / AFP)

Le coup de filet a eu lieu à l'aube, mardi 13 mai. Sept personnes soupçonnées de s'être rendues récemment en Syrie ont été interpellées et placées en garde à vue dans le cadre d'une opération antijihadiste menée à Strasbourg (Bas-Rhin). 

Ces arrestations interviennent alors que le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, a présenté le 23 avril un plan de lutte contre les filières jihadistes vers la Syrie, comprenant notamment la mise en place d'une plateforme internet et d'un numéro vert destinés à signaler les candidats, potentiels ou avérés, au jihad. "On me demande souvent ce qu'il advient" à leur retour de ces jeunes partis en Syrie pour y mener "la guerre sainte". "Ils sont en lien avec une entreprise terroriste, ils sont arrêtés et remis à la justice", a souligné le ministre de l'Intérieur après ce coup de filet. 

1Que leur reproche-t-on ?

A la mi-décembre 2013, 14 jeunes Strasbourgeois annoncent à leurs familles qu'ils se rendent à Dubaï pour des vacances, selon Europe 1. Les jeunes prennent en réalité la direction du sud de la Turquie. De là, ils rejoignent un camp d'entraînement pour jihadistes, avant de passer en Syrie pour y gagner les rangs de la rébellion armée, d'après la radio. Selon des témoignages recueillis par l'AFP à Strasbourg, deux de ces jeunes jihadistes originaires du quartier de la Meinau auraient trouvé la mort en Syrie. Les autres seraient revenus en France, il y a environ un mois.

2Sur quelle base juridique peut-on poursuivre des Français pour des actes commis en Syrie ?

Après les tueries de Mohamed Merah, une loi relative à la sécurité et à la lutte contre le terrorisme est entrée en vigueur fin 2012. Elle permet de poursuivre n'importe quel Français coupable de crimes et délits qualifiés d'actes de terrorisme commis à l'étranger. Auparavant, si aucun acte répréhensible n'avait été commis en France, il fallait que les autorités du pays en question interpellent l'intéressé, déterminent les faits, les dénoncent à la France et mènent à son terme la procédure d'extradition. Le même mécanisme existe pour les faits de tourisme sexuel ou de pédophilie commis à l'étranger. 

Reste à prouver les intentions réelles de ces Français soupçonnés de s'être engagés en Syrie. Pour cela, les enquêteurs ont besoin de preuves. A Strasbourg, ils ont saisi du matériel informatique, et vont examiner différents documents, parmi lesquels des photos. Ils doivent également trouver des preuves matérielles (explosifs, armes...). Les suspects arrêtés à Strasbourg se sont "beaucoup manifestés" sur internet, via des réseaux sociaux où ils auraient pris attache avec une filière d'embrigadement, selon une source policière. L'enquête, menée par la Direction générale de la sécurité intérieure, devra "déterminer leur parcours, notamment s'ils ont, ou non, combattu dans les rangs jihadistes".

La garde à vue peut durer jusqu'à quatre jours en matière de terrorisme. L'association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste est passible de dix ans de prison et 225 000 euros d'amende.

3Comment être sûr qu'ils se sont rendus en Syrie pour y mener le jihad ?

Le rôle des services de renseignement est déterminant, en France et sur place. Tous les Français se rendant en Syrie sont-ils forcément suspects ? "Ce n’est pas parce que quelqu’un achète une arme qu’il va s’en servir, ce n’est pas parce qu’il surveille les trajets du convoyeur de fonds qu’il va l’attaquer. Mais en matière de terrorisme, prendre des billets d’avion peut suffire", explique un expert du renseignement français à Rue89. Toutefois, il précise que "le simple contact avec un groupe [terroriste] ne suffit pas juridiquement" pour caractériser l'association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste.

Dans l'affaire de Strasbourg, d'après le témoignage d'une riveraine recueilli par l'AFP, "tout le monde savait" dans la cité que deux des jeunes soupçonnés d'être partis en décembre combattre en Syrie "étaient revenus, ça fait un mois à peu près"Début 2014, la mort de deux jeunes de la Meinau également partis en Syrie avait semé le trouble dans ce quartier, qui s'était mobilisé contre "l'endoctrinement jihadiste" après le départ présumé d'une douzaine de jeunes de la cité HLM, dont certains figureraient au nombre des interpellés, selon des sources policières.

D'après une source proche du dossier, l'information judiciaire confiée en novembre 2013 à une juge antiterroriste parisienne, qui a conduit à ces interpellations, vise un homme de 29 ans, originaire de Haute-Savoie et considéré par les services français comme un important "facilitateur", qui recruterait des Français via les réseaux sociaux et se trouverait toujours en Syrie. Il est apparu dans plusieurs dossiers, comme celui du groupe de Strasbourgeois dont faisaient partie les deux jeunes décédés, ou celui des deux mineurs toulousains rentrés après un court périple dans la zone frontalière syro-turque. 

4Combien de Français sont potentiellement concernés ?

Difficile de donner une réponse précise. Le ministre de l'Intérieur a chiffré, le 30 avril, à 285 le nombre de Français engagés sur les théâtres d'opérations en Syrie. Soit "une hausse de 75% ces six derniers mois et comparable à celle des ressortissants d'autres pays européens". Il a précisé qu'une centaine seraient déjà revenus en France après avoir combattu. De son côté, le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, avait estimé le 22 avril qu'environ 500 Français étaient partis combattre aux côtés de groupes jihadistes. 

Une source proche du dossier, citée par l'AFP, estime, elle, que quelque 780 résidents français sont en route pour la Syrie, y sont actuellement ou en sont revenues. Une trentaine d'entre elles seraient mortes.

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