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Téhéran: une manif de l'opposition dégénère

Des opposants au régime iranien -dont l'ancien président Khatami- ont été frappés vendredi, et certains arrêtés
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France Télévisions
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Précédente manifestation en faveur de l'opposant Mir Hossein Moussavi (15 juin 2009) (© AFP/BEHROUZ MEHRI)
Des opposants au régime iranien -dont l'ancien président Khatami- ont été frappés vendredi, et certains arrêtésDes opposants au régime iranien -dont l'ancien président Khatami- ont été frappés vendredi, et certains arrêtés

Selon des témoins, ces violences ont eu lieu à l'occasion d'un rassemblement de l'opposition, lui-même organisé en marge d'une marche officielle de solidarité avec les Palestiniens.

Les incidents se sont produits vendredi à Téhéran, alors que des dizaines de milliers d'opposants défilaient et criaient à la gloire de leur chef Mir Hossein Moussavi.

Signe de défi aux mises en garde du régime, c'était la première fois que l'opposition avait l'occasion de manifester, depuis près de deux mois et demi et le soulèvement provoqué par la réélection contestée du président Mahmoud Ahmadinejad.

Alors que les opposants au régime défilaient par milliers, des partisans du régime ultraconservateur habillés en civil et circulant à moto ont frappé à l'aide de bâtons et arrêté plusieurs manifestants de l'opposition, selon des témoins. Certains s'en sont pris à la voiture du chef de l'opposition, Mir Hossein Moussavi, et l'ont contraint à quitter le rassemblement, a rapporté l'agence officielle Irna.

"Un groupe de conservateurs a attaqué Mohammad Khatami (...). Lors de l'incident, son turban est tombé, et ils voulaient le battre. Mais des partisans (de Khatami) les en ont empêchés et la police anti-émeute est intervenue", a indiqué pour sa part Parlemennews.ir, un site réformateur.

Vendredi matin, tout a commencé lors d'une marche officielle de soutien aux Palestiniens, à Téhéran, à laquelle participait Mahmoud Ahmadinejad.

Malgré un important dispositif policier, des dizaines de milliers de personnes rassemblées avenue Haft-e Tir ont manifesté en faveur de Mir Hossein Moussavi, candidat malheureux à la présidentielle controversée du 12 juin, ont indiqué les témoins. "Ya Hossein ! Mir Hossein !" et "Je mourrai pour l'Iran", ont scandé les groupes de jeunes hommes et femmes portant des bracelets verts, couleur de la campagne électorale de Moussavi, qui accuse le pouvoir de fraude électorale et a annoncé son intention de prendre part aux manifestations.

D'autres partisans de l'opposition, rassemblés plus loin, sur l'avenue Vali Asr, ont réclamé la libération des détenus arrêtés lors des émeutes post-électorales. "Libérez les prisonniers politiques", ont-ils lancé en tapant dans les mains. "N'ayez pas peur, nous sommes tous ensemble."

Des cortèges rivaux, opposants d'un côté et partisans du régime de l'autre, se sont affrontés à grand renfort de slogans, selon des témoins. Par la suite, les violences ont éclaté, et des opposants ont été frappés, selon des témoins.

Les protestations de l'opposition ont eu lieu malgré la mise en garde des Gardiens de la révolution, le corps d'élite de la République islamique, contre toute manifestation hostile à Mahmoud Ahmadinejad.

Réaction de Paris
La France "est particulièrement préoccupée par les informations" faisant état de "violences commises contre des responsables de l'opposition iranienne

Ahmadinejad dénonce de nouveau l'Holocauste
Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a de nouveau nié l'Holocauste qu'il a qualifié vendredi de "faux prétexte" à la création de l'Etat hébreu, lors des rassemblements anti-israéliens.
"Le prétexte à la création du régime sioniste est faux (...) C'est un mensonge basé sur une affirmation infondée et mythique", a-t-il affirmé devant des fidèles réunis à l'université de Téhéran à l'occasion de la Journée d'Al Qods, ou Journée de Jérusalem. "Affronter le régime sioniste est un devoir national et religieux", a ajouté le président iranien. Une déclaration "détestable", a commenté le ministre britannique des Affaires étrangères, David Miliband.

Depuis son arrivée au pouvoir, en 2005, Mahmoud Ahmadinejad a plusieurs fois suscité la réprobation de la communauté internationale en déclarant que l'Holocauste était un "mythe" et Israël une "tumeur" au Proche-Orient. Son gouvernement avait organisé en 2006 une conférence négationniste remettant en cause l'assassinat de six millions de juifs par les nazis pendant la Seconde guerre mondiale. Les détracteurs en Iran du président ultraconservateur, dont la réélection le 12 juin dernier est contestée par l'opposition, estiment que ces prises de position ont isolé la république islamique sur la scène internationale.

Jeudi soir, lors d'un entretien diffusé sur la chaîne américaine NBC, le président iranien a dit "regretter" la mort de manifestants après l'élection présidentielle contestée de juin. "Nous regrettons tous le fait que des gens ont été tués."

Officiellement, une trentaine de personnes ont péri dans les manifestations qui ont eu lieu plusieurs semaines durant. L'opposition a avancé le chiffre de 69 morts. Au moins 4000 personnes ont également été arrêtées, selon des sources officielles.

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