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Syrie: les armes chimiques du régime Assad

La Syrie passe pour posséder un important stock d’armes chimiques, parmi lesquelles le redoutable gaz sarin. Ce qui inquiète vivement Israël et les Occidentaux. Le régime Assad et l’opposition s’accusent mutuellement d’utiliser de telles armes dans le conflit qui les oppose. L’ONU va mener l’enquête.
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France Télévisions Rédaction Afrique
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Lancement de missiles au cours de manoeuvres de l'armée syrienne dans un endroit inconnu le 11-7-2012. Aux dires des spécialistes, les missiles sont des vecteurs potentiels pour les armes chimiques syriennes. Photo éditée par l'agence de presse du régime de Damas. (AFP - HO - SANA)
L’enquête des Nations Unies, dirigée par un scientifique suédois, le Pr Ake Sellstrom (lequel avait participé à la chasse aux armes de destruction massive en Irak dans les années 90), sera lancée «dès que possible», a déclaré le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon. Elle répond à une demande officielle de Damas.

Le gouvernement syrien accuse l’opposition d’avoir eu recours le 19 mars 2013 à des agents chimiques à Khan al-Assal, près d’Alep (nord). Mais cette dernière affirme que c’est en fait le régime qui les a utilisés, comme il l’aurait également fait Atayba, à l’est de Damas.
 
Des diplomates occidentaux, interrogés par l’Agence France Presse, restent prudents sur la véracité de ces accusations. Selon l’un d’eux, l’utilisation à très faibles doses de substances chimiques toxiques par le régime est possible «dans le cadre d’une stratégie de la terreur». Mais Bachar al-Assad n’est pas assez aux abois pour «faire n’importe quoi», estime le même. Par contre, «nos renseignements nous laissent penser que la rébellion n’a pas mis la main sur de telles armes», précise-t-il.

Les rebelles et le régime Assad s'accusent mutuellement d'utiliser des armes chimiques
Euronewsfr, 19-3-2013.

Quelles armes chimiques ?
L’arsenal chimique syrien est considéré comme l’un des plus importants au Proche-Orient. Mais il continue à faire l’objet de rumeurs et de supputations tant les informations sont rares. A noter que la Syrie n’a pas ratifié la Convention de Paris (1995) qui interdit l’usage, la mise au point et la fabrication de telles armes.

Selon des experts occidentaux, Damas posséderait un stock de plusieurs centaines de tonnes d’agents chimiques. Parmi eux : les redoutables gaz sarin (considéré comme l’une des armes les plus mortelles jamais conçues par l’homme), moutarde (utilisé pendant la Première guerre mondiale) et VX.

Ces armes seraient placées sous la responsabilité d’un organisme dépendant de l’armée de l’air, appelé Unit 450 et considéré comme «l’un des plus fidèles au régime». Selon le Congrès américain, elles pourraient être entreposées à Safira, près d’Alep, à Damas, Hama, Lattaquié et Homs. L’ONG Global Security évoque aussi un site à Cerin (sur la côté méditerranéenne).

Le régime Assad disposerait par ailleurs des indispensables vecteurs pour frapper les adversaires : missiles Scud, obus d’artillerie…

En juillet 2012, Damas avait pour la première fois reconnu posséder un tel arsenal. «Aucune arme chimique ou non conventionnelle ne sera utilisée contre nos propres concitoyens», avait alors affirmé le ministère des Affaires étrangères. Ils ne le seront qu’«en cas d’agression étrangère», ajoutait-il.

L’inquiétude de l’Occident et d’Israël
Au sein du pouvoir, «nous avons eu des discussions sérieuses sur l'usage d'armes chimiques, y compris sur la manière de les utiliser et dans quelles zones. Nous avons discuté de cela comme étant un dernier recours, tel que la perte par le régime du contrôle d'une zone importante, comme Alep», affirmait en septembre 2012 le général syrien Adnan Sillu, qui a fait défection, dans une interview au Times de Londres (lien payant), citée par Le Figaro.

Selon la télévision syrienne, cette image montre les dégâts subis par un bâtiment officiel lors d'un raid aérien israélien en Syrie le 29 janvier 2013. La presse de l'Etat hébreu affirme que ce raid avait pour but de viser un centre de recherche chargé du développement d'armes chimiques.  (AFP - Syrian TV)

Dans l’état actuel des choses, il est impossible de dire si les propos de ce transfuge sont fiables. Toutes les manipulations étant possibles… Mais dans le contexte actuel, les Occidentaux, inquiets, observent de très près l’évolution de la situation en Syrie pour empêcher une dissémination en cas d’effondrement du régime. Selon le journaliste Georges Malbrunot, des «forces spéciales américaines américaines déployées en Jordanie font également ‘‘des pénétrations’’ en territoire syrien pour surveiller les armes chimiques du régime»

Les Etats-Unis ont d’ailleurs déjà explicitement évoqué une possible intervention militaire pour sécuriser, voire neutraliser, les stocks d’agents chimiques. «Si nous commencions à voir des quantités d’armes chimiques déplacées ou utilisées», ce serait une «ligne rouge» qui aurait d’«énormes conséquences», a ainsi averti le président américain, Barack Obama, en août dernier.

De son côté, l’Etat hébreu a souligné qu’il «ne peut pas se permettre d’attendre le déclenchement d’une guerre» pour se préoccuper du dossier. Il a même peut-être d’ailleurs déjà agi… Le 29 janvier 2013, son aviation a ainsi mené en territoire syrien un raid qui a possiblement visé un centre de recherche militaire. Aux dires de la presse israélienne, il pourrait s’agir du Centre de recherches et d’études scientifiques, «responsable du développement d’armes chimiques et biologiques, et de leur transfert au Hezbollah et au Hamas».

Un hélicoptère d'attaque lançant des missiles pendant des manoeuvres de l'armée syrienne le 10-12-2012 (photo provenant de l'agence officielle syrienne SANA).  (AFP - HO - SANA)

 

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