Le territoire de Bachar al-Assad se réduit comme une peau de chagrin

Après la chute d’Idlib au nord-ouest et Palmyre à l’est de la Syrie, la prise de la garnison de la Brigade 52 près de Deraa dans le sud, non loin de la frontière jordanienne, constitue un nouveau revers pour le régime syrien. Des pertes de positions stratégiques qui contraignent l’Iran et Moscou à revoir les modalités de leur soutien à la pièce maîtresse de leur dispositif dans la région.

Des combattants de l\'opposition syrienne juchés sur un char après la prise de la garnison loyaliste de la Brigade 52, près de Deraa le 9 juin 2015.
Des combattants de l'opposition syrienne juchés sur un char après la prise de la garnison loyaliste de la Brigade 52, près de Deraa le 9 juin 2015. (Ibrahim Hariri/Anadolu Agency)
A en croire Issam al-Rayess, le porte-parole de la rébellion syrienne du front Sud, c’est en 24h de combats que l’Armée de la conquête (coalition de formations islamistes incluant le Front al-Nosra mais combattant Daech) a chassé l’armée loyaliste de sa dernière grande base dans la province de Deraa. «Près de 2000 rebelles ont participé à l’opération-éclair contre la Garnison de la Brigade 52. Cette base était devenue un véritable cauchemar pour la rébellion car c’est de là que le régime la bombardait empêchant toute progression.»
 
Des revers en série
Abandon sous pression, ou retrait tactique comme l’affirme le régime, cette prise offre en tout cas de nouvelles perspectives aux forces de la coalition des oppositions armées appuyées désormais ouvertement par l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie.  Elle  donne à la rébellion un accès à la province voisine de Soueida, une des rares encore sous contrôle des forces d’Assad, ainsi qu’à l’autoroute, située à 10 kilomètres de là, reliant le sud à la capitale.
 
Après la chute de la province d’Idlib et de Palmyre, ouvrant elles aussi des axes vers Damas, cette dernière victoire confirme un net recul du pouvoir contraint de rapatrier ses forces vers
la capitale et la bande côtière fief de la communauté du président.
 
«L’Iran derrière le gouvernement et le peuple syrien jusqu’au bout du chemin»
Par ailleurs, avant même la prise de la Garnison 52, un membre de l’appareil sécuritaire syrien avait révélé à l’Agence France Presse que Téhéran avait envoyé des milliers de combattants iraniens et de mercenaires chiites irakiens pour venir en aide à son allié stratégique. L’objectif étant selon cette source de parvenir à 10.000 combattants dont une partie serait déployée pour défendre Damas et une autre envoyée à la reconquête des villes perdues.
 
Même si la République Islamique a pris soin de démentir comme d’habitude «la présence militaire de pays amis de la Syrie» et de préciser que «le gouvernement et le peuple syrien ont la capacité de résister et ils l’auront encore dans l’avenir», elle a réaffirmé «qu’il n’y avait aucun changement dans le soutien de l’Iran à la Syrie dans la lutte contre le terrorisme». Le président Hassan Rouhani a lui-même promis que «le gouvernement et le peuple iranien resteront derrière le gouvernement et le peuple syrien jusqu’au bout du chemin».

 
Rebelles syriens détruisant un portrait de Bachar al-Assad après la prise d\'une importante base du régime dans la province sud de Deraa, le 9 juin 2015.
Rebelles syriens détruisant un portrait de Bachar al-Assad après la prise d'une importante base du régime dans la province sud de Deraa, le 9 juin 2015. (Ibrahim Hariri/Anadolu Agency)

Un fléchissement de Moscou
En revanche, du côté de la Russie, l’autre allié qui a défendu bec et ongles le régime jusque là, un petit fléchissement semble poindre depuis les derniers revers subis. Le journal Asharq al-Awsat, pro-saoudien, rapportait il y a quelques jours que Moscou se détournait du régime syrien.
 
Commentant les tentatives de convaincre Vladimir Poutine de lâcher le président syrien, le chef de la diplomatie saoudienne Adel al-Jubair a révélé : «Nous sommes tous d’accord que Bachar al-Assad n’aura aucun rôle dans l’avenir de la Syrie». Tandis que le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, affirmait fin mai après des entretiens avec son homologue américain John Kerry : «Je pense que notre position et celle des Etats-Unis se rapprochent sur le fait qu’il ne peut y avoir une solution autre que politique en Syrie.»
 
Le régime « est fini » selon Walid Joumblatt
Autre signe, selon le même quotidien, des centaines d’officiels russes de Damas auraient été évacués du pays. Une information ni confirmée ni démentie mais qui coïncide avec celle faisant état de la livraison de 23 tonnes d’aides humanitaires à Lattaquié par un avion russe, reparti avec plusieurs dizaines de ressortissants russes à bord. «Des expatriés qui auraient souhaité quitter la Syrie de leur propre initiative» selon l’explication officielle.
 
Une situation qui permet au dirigeant druze libanais Walid Joumblatt d’affirmer qu’avec la chute de la base de la Brigade 52 et d’autres zones dans le nord de la Syrie «le peuple syrien est en train de gagner et le régime est fini».