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Alain Juppé et François Fillon:des vues divergentes sur Trump, Poutine et Assad

Outre les différences de programme de gouvernement, les deux candidats au second tour de l’élection primaire de la droite et du centre en France ont des approches divergentes sur les questions internationales. Alain Juppé et François Fillon n’ont pas la même conception des relations avec le futur chef de la Maison Blanche, Trump, le chef du Kremlin, Poutine, et le président syrien, Assad.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 6 min.
Alain Juppé et François Fillon. Les deux finalistes de la «primaire de la droite et du centre» divergent sur les principaux dossiers de politique internationale. (montage AFP JEAN-FRANCOIS MONIER LOIC VENANCE)

Les deux hommes se connaissent bien. Issus tous les deux du gaullisme version Chirac, ils ont été ensemble membres de plusieurs gouvernements. Et, entre 2011 et 2012, Alain Juppé a été ministre des Affaires étrangères de François Fillon, sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Revue de détails sur leurs positions concernant les trois gros dossiers internationaux qu'ils auront à traiter en cas de victoire à la présidentielle de 2017.

François Fillon défend Donald Trump contre les accusations de populisme
Dès la victoire du président américain, élu à contre-courant des sondages et prévisions, François Fillon avait très vite appelé ses détracteurs à «retrouver leur calme. Donald Trump est le candidat d’un parti qui s’appelle le Parti républicain, qui n’a rien d’un parti populiste, qui n’a rien d’un parti d’extrême droite», avait-il déclaré sur Europe 1.
Il faut «le juger sur ses actes, estime l’ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy, ce n’est pas la première fois qu’il y a un président américain élu un peu original. On a eu le président Reagan (1981-1989) dont on disait à peu près la même chose.»
 
«Monsieur Trump a été élu parce que Madame Clinton a été battue (…). Trump, quand il sera aux affaires, sera très différent de ce qu’il est aujourd’hui», avait-il dit pour se montrer rassurant.
 
A la question de savoir s’il redoutait une alliance entre le futur chef de la Maison Blanche et le chef du Kremlin, François Fillon a répondu: «Non seulement je ne la redoute pas, mais je la souhaite.»
  
Juppé met en garde contre le danger protectionniste
Sur les relations avec les Etats-Unis, pas de surprise en revanche côté Juppé. Le maire de Bordeaux met en avant «l’alliance transatlantique avec les Etats-Unis, qui demeure irremplaçable car nous partageons des valeurs et des intérêts communs», alors que longtemps, il s’était interrogé sur la nécessité du retour de la France dans le commandement intégré de l’Otan.
 
Dans ses (futurs ?) rapports avec les Etats-Unis, s’il ne nie pas quelques spécificités nationales – «Nous avons aussi des différences, en particulier au plan commercial ou en matière culturelle» –, il met en garde contre «le protectionnisme (…), un danger tant économique que politique».

Avant l’élection de Trump, il précisait: «Je ne souhaite pas que les Etats-Unis fasse le choix du repli isolationniste, et encore moins de l’unilatéralisme, au détriment d’un engagement positif sur tous les enjeux globaux auxquels le monde et confronté.» 
 
Après l’élection américaine, Juppé avait noté en meeting: «Je ne sais pas ce que sera la politique étrangère de Donald Trump. Il a dit des choses contradictoires. Ce que je sais, c'est qu'il y aura une politique commerciale agressive. Donc, nous devrons être agressifs nous aussi.»

Le député-maire de Bordeaux et président de l'UMP Alain Juppé accueillant le président russe Vladimir Poutine, le 12 février 2003 devant la mairie de Bordeaux, avant un entretien à l'occasion de la visite officielle de trois jours de M.Poutine en France. M.Juppé avait évoqué les «souffrances inacceptables» des Tchétchènes, rappelant que la France était favorable à un règlement «politique» dans la république séparatiste.  (MICHEL GANGNE/AFP)

«Ni poutinolâtre, ni poutinophobe» 
Alain Juppé reste assez classique sur les rapports avec Moscou. Dans son programme, il affirme qu’il faut «conduire avec la Russie une relation dense et exigeante au service de la paix et de la sécurité sur le continent européen. Réévaluer le dialogue avec la Russie pour le règlement de la crise ukrainienne et la sécurité des frontières orientales de l’Europe.» 

Dans un discours sur sa politique étrangère, il précisait: «Je ne suis pour ma part ni poutinolâtre, ni poutinophobe. Je défends les intérêts de la France et de la paix. Mon message à la Russie est simple: la Russie et l’Union européenne ne sont pas des rivales, car elles sont l’Europe ensemble ; je crois à l’idée d’un partenariat avec la Russie pour garantir la paix, la sécurité commune et une prospérité partagée sur toute la zone euro-asiatique. Notre dialogue politique doit reprendre. La Russie fait partie de la famille des Etats européens.»
 
Sur les dossiers qui font polémique, Alain Juppé avait ajouté: «Je crois possible de reconstruire un agenda positif commun. Je souhaite qu’une pleine application des accords de Minsk avec l’Ukraine permette une levée des sanctions et une baisse des tensions en Europe. Mais je veux le redire aussi: les bombardements russes à Alep doivent cesser, et le blocage du Conseil de sécurité des Nations Unies nous éloignent de ce chemin.»

Fillon prône un dialogue direct avec Poutine
Alternant entre ses liens d’amitié avec le président russe, de l’époque où ils étaient tous les deux Premiers ministres (2008-2012), et le déni de toute relation personnelle avec celui qu’il qualifie de «bouledogue, qui a aussi un côté chaleureux et sensible», François Fillon prône, lui, un dialogue direct avec Poutine.
 
«La Russie, c'est le plus grand pays du monde par sa superficie. C'est un pays dangereux car c'est un pays instable, qui n'a jamais connu la démocratie. (...) Traiter ce pays comme si c'était le Luxembourg ou le Panama, c'est juste une énorme bêtise», affirmait-il au micro de France Inter.
 
Assurant qu’il aurait, pour des raisons économiques, «la même position» quel que soit le chef de l’Etat qui gouvernera le pays après Poutine, il estime qu’«il n’y a jamais eu de démocrate à la tête de la Russie. Vouloir faire de Poutine un monstre aux mains pleines de sang, c’est juste ridicule par rapport à l’histoire de la Russie.»
 
Plus encore, concernant le dramatique dossier de la crise syrienne, il affirme dans l’hebdomadaire d’extrême-droite Valeurs actuelles, qu’«il faut se féliciter que la Russie soit intervenue» au pays de Bachar al-Assad.
 
«Heureusement que (Vladimir Poutine) l'a fait, explique-t-il, sinon nous aurions sans doute en face de nous un EI (Etat islamique) encore plus puissant, qui aurait pu s'emparer de Damas et d'une grande partie du territoire syrien
 
Quant à la situation en Syrie, il n’a aucune difficulté à expliquer pourquoi il faut s’allier à l’homme qui n’a pas hésité à détruire des villes entières sur la tête de sa population.

Pour François Fillon, il faut aider le régime d'Assad, protecteur des chrétiens d'Orient 
C'est sur ce dossier que les différences entre les deux hommes sont les plus sensibles. Là où Fillon est prêt à collaborer avec Assad, Alain Juppé parle de crimes de guerre.

Favorable «à faire avec la Russie, déjà présente en Syrie, et avec l’Iran, qui contrôle une bonne partie de la communauté chiite, une opération massive pour éliminer l’EI», Fillon préconise d’«aider le régime» de Bachar al-Assad  et non pas le combattre.
 
Une position réaffirmée lors du dernier débat télévisé des primaires, au cours duquel il a préconisé la réouverture d’un poste diplomatique à Damas pour avoir un canal de discussion avec le régime.
 
Le président syrien, Bachar al-Assad, accueille le Premier ministre français, François Fillon, au Palais présidentiel à Damas le 19 février 2010. M.Fillon était en mission pour renforcer les liens diplomatiques et forger des liens économiques avec un pays, à l'époque en pleine velléité de réformes et d'ouverture aux investissements étrangers. (AFP PHOTO/LOUAI BESHARA)

Pour lui, «si Bachar al-Assad est toujours là, c’est parce qu’il a un soutien populaire. C'est-à-dire les alaouites, les chiites et les chrétiens d’Orient. On devrait tous se poser la question de savoir pourquoi les chrétiens d’Orient défendent quelqu’un qui est évidemment un dictateur qui a beaucoup de sang sur les mains. Ils le défendent parce qu’ils savent qu’en cas de chute du régime c’est les sunnites qui prennent le pouvoir. Et si c’est les sunnites qui prennent le pouvoir, pour les chrétiens c’est donc la valise ou le cercueil.» 

Pour Juppé, «pas de paix en Syrie avec Bachar al-Assad»
Sur le conflit syrien, Juppé adopte une position très proche de celle de l'actuel gouvernement. «Nous avons une priorité, combattre Daech. Mais ce ne peut être une raison pour, comme le fait la Russie en voulant liquider toute opposition respectable au régime, s’allier avec Assad, qui est responsable de la mort d’au moins 300.000 de ses compatriotes. La Russie doit réfléchir sérieusement et sincèrement à une solution politique. Attendre encore et bombarder toujours, avec l’illusion d’une victoire totale, c’est se rendre complices de crimes de guerre.»

A la différence de l'ancien Premier ministre, Alain Juppé avait affirmé lors du débat sur France 2 le 17 novembre 2016: «Il n’y aura pas de retour à la paix en Syrie avec Bachar al-Assad.»

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