VIDEO. "On a laissé notre numéro et Macron nous a appelés" : comment deux humoristes russes assurent avoir piégé le président français

Selon une vidéo publiée la semaine dernière sur YouTube, Emmanuel Macron a été victime d'un canular téléphonique lors duquel un interlocuteur s'est fait passer pour le nouveau président ukrainien, Volodymyr Zelensky. Franceinfo s'est entretenu avec l'un des hommes à l'origine de la conversation.

"Bonjour Volodymyr, bonjour monsieur le président, félicitations !", s'exclame une voix ressemblant à celle d'Emmanuel Macron. Le président français présumé pense s'adresser à Volodymyr Zelensky. Sauf qu'au bout du fil, il ne s'agit pas de son homologue ukrainien, nouvellement élu, mais de deux "humoristes" russes : Vovan et Lexus. Bien connus dans leur pays, ces comiques ont publié sur YouTube, mercredi 24 avril, quinze minutes d'un échange téléphonique présenté comme un canular visant Emmanuel Macron.

On y entend celui qu'ils présentent comme le chef de l'Etat féliciter le nouveau président ukrainien après sa victoire écrasante contre le président sortant, Petro Porochenko. "73% (des votes) des Ukrainiens, c'est juste incroyable (...) Je me sens comme Poutine qui a le même score", plaisante le faux Volodymyr Zelensky dans cette conversation, qui se déroule en russe et en français, les deux humoristes étant aidés par une traductrice. "J'ai le sentiment qu'en tout cas à ce stade, le système chez toi est un peu moins bien organisé, donc ça doit être un peu plus naturel. Tu n'avais pas encore mis tous tes opposants en prison", répond sur le ton de l'humour celui qui présenté comme Emmanuel Macron.

"Il n'y avait pas encore de ligne diplomatique"

Contacté par franceinfo, Alexey Stolyarov (dit "Lexus") explique avoir réfléchi à piéger le président français "depuis longtemps". Les élections ukrainiennes semblaient être le meilleur moment pour le duo, qui n'en est pas à son coup d'essai : ils avaient déjà réussi à piéger Jean-Claude Juncker, Elton John ou encore Boris Johnson.

"Quand on a vu qu'Emmanuel Macron avait rencontré Volodymyr Zelensky avant les élections, mais qu'ils n'étaient restés que vingt minutes ensemble, on a réalisé qu'ils n'avaient pas encore de vrais liens, il n'y avait pas de ligne diplomatique encore installée, explique-t-il. Donc on a appelé l'administration d'Emmanuel Macron. On a été les premières personnes à le faire."

On a laissé notre numéro de téléphone à l'administration et, après que Zelensky a gagné, Macron nous a appelés de lui-même.

Alexey Stolyarov, dit "Lexus"

à franceinfo

Une démarche avant tout politique

Les deux hommes ne le cachent pas : au-delà de l'humour, l'objectif de leur canular est surtout politique. Dans une interview accordée en 2016 à l'AFP, Lexus expliquait réaliser des canulars "uniquement dans l'intérêt de notre pays"Leurs cibles privilégiées sont globalement des adversaires du Kremlin, étrangers ou russes. "On veut faire tomber les masques des politiques, confie-t-il à franceinfo. On imite de vrais appels pour voir comment les politiques réagissent dans la vraie vie."

Ainsi, la conversation avec l'homme présenté comme étant Emmanuel Macron s'est vite axée autour des tensions entre la Russie et l'Ukraine. Au cours de la discussion, le faux président Zelensky demande ainsi au présumé chef de l'Etat français s'il serait prêt à accorder un mandat d'extradition dans le cas où le président sortant Porochenko serait jugé et venait à fuir vers la France. "Je ne pense pas que ce soit en France qu'il vienne en première intention", esquive ce dernier. 

Contacté par franceinfo, l'Elysée n'a pas souhaité commenter cet appel, mais a fait savoir qu’Emmanuel Macron s’était bel et bien entretenu avec le vrai président Zelensky.

France\'s President Emmanuel Macron (R) speaks on the phone during the European Social Summit in Gothenburg, Sweden, on November 17, 2017. (Photo by ludovic MARIN / AFP)
France's President Emmanuel Macron (R) speaks on the phone during the European Social Summit in Gothenburg, Sweden, on November 17, 2017. (Photo by ludovic MARIN / AFP) (LUDOVIC MARIN / AFP)