Présidentielle russe : l'affaire de l'ex-espion empoisonné "aurait tendance à renforcer Vladimir Poutine aux yeux des Russes"

Anna Colin-Lebedev, maître de conférence à l'Université Paris-Nanterre, affirme vendredi sur franceinfo que ce qui va plutôt compter pour l'élection présidentielle en Russie, "est le degré de contraintes sur l'acte de voter".

Vladimir Poutine, le président russe, en mars 2018.
Vladimir Poutine, le président russe, en mars 2018. (ANATOLY MALTSEV / POOL)

Quelle conséquence l'affaire de la tentative d'assassinat à Londres d'un ex espion russe aura sur la présidentielle en Russie dimanche 18 mars ? Pour tenter d'apporter quelques éléments de réponse, Anna Colin-Lebedev, maître de conférence à l'Université Paris-Nanterre était l'invitée vendredi de franceinfo. 

franceinfo : Cette affaire d'ex espion russe empoisonné en Grande-Bretagne renforce-t-elle Vladimir Poutine aux yeux des Russes ?

Anna Colin-Lebedev : Je dirais que cette affaire aurait plutôt tendance à le renforcer dans la mesure où elle va complètement dans le sens de la rhétorique de Vladimir Poutine depuis quelques années : "La Russie est une forteresse assiégée,  notre ennemi c'est l'Occident qui cherche à nous détruire par tous les moyens et surtout par des moyens malhonnêtes". Si cette affaire a un effet sur les élections présidentielles, c'est de venir illustrer parfaitement les arguments de Vladimir Poutine aux yeux de la population russe. Cependant cette histoire britannique va jouer à la marge. Les Russes ne se mobiliseront pas plus à cause de cela. Ils ne vont pas se démobiliser non plus à cause de cette affaire. Vladimir Poutine a surtout peur d'avoir une abstention élevée et qu'il soit reconduit avec un score modeste. Tout ce qui peut aller dans le sens de l'augmentation du taux de participation est bon à prendre.

Qu'est ce qui va compter pour les électeurs russes lors de cette élection présidentielle ?

Pour les électeurs, au stade actuel, ce qui va compter, c'est le degré de contraintes sur l'acte de voter. On est en train de recenser depuis quelques semaines, les manières dont les pouvoirs locaux, les administrations, les employeurs peuvent inciter, voire, forcer certains Russes à se rendre aux urnes. Il y a toute une campagne de propagande qui se déroule autour de cette élection présidentielle, pas en faveur de Vladimir Poutine, elle se fait par d'autres moyens, c'est juste une incitation à aller voter. C'est la principale préoccupation aujourd'hui des organisateurs de ce scrutin présidentiel.

Ce mandat est censé être le dernier de Vladimir Poutine. Peut-on imaginer une Russie sans Vladimir Poutine ?

C'est ce qu'essaye d'imaginer toute la classe politique russe et pas seulement l'opposition. Aujourd'hui, tout ce que la Russie compte d'hommes politiques plus ou moins proches du pouvoir sont en train de regarder au-delà du mandat qui sera amorcé dans quelques jours. Je pense que Poutine commence à avoir cette préoccupation. Ça n'a aucun sens de chercher à savoir si Vladimir Poutine va essayer de modifier la constitution pour pouvoir se représenter ou s'il va se chercher un successeur. La question ne se pose pas pour l'instant en ces termes-là.