"Tous les grands changements commencent par des petits pas" : à Moscou, la forte répression ne décourage pas l'opposition de manifester

Les Moscovites sont descendus dans la rue une seconde fois, samedi, pour manifester leur désapprobation alors que des candidats indépendants ont été empêchés de participer aux élections du Parlement de Moscou, prévues en septembre.

Des militaires de la Garde nationale russe entourent des manifestants, à Moscou le 27 juillet 2019, lors d\'un rassemblement non autorisé demandant aux candidats indépendants et à l\'opposition de se porter candidats aux élections locales de septembre.
Des militaires de la Garde nationale russe entourent des manifestants, à Moscou le 27 juillet 2019, lors d'un rassemblement non autorisé demandant aux candidats indépendants et à l'opposition de se porter candidats aux élections locales de septembre. (MAXIM ZMEYEV / AFP)

Dès ses premières minutes, la manifestation du samedi 27 juillet s’annonçait tendue. La semaine dernière, 20 000 personnes étaient descendues dans les rues de la capitale russe pour protester contre l'éviction des candidats d'opposition des élections au Parlement de Moscou. Cette semaine, la manifestation n'était pas autorisée et la réaction policière a été particulièrement violente. Plus de 1 000 personnes ont été arrêtées à cette occasion.

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La police, présente en force devant la mairie de Moscou, point de ralliement des manifestants, a arrêté indistinctement les passants. Elle s’est assurée que personne ne fasse ne serait-ce que mine de déployer une bannière ou de lancer des slogans. Puis, alors que l’après-midi s'est avancé et que les manifestants ont afflué, le dispositif de sécurité les a rejetés dans les rues environnantes. Éclaté, pressé par les cordons de police, le cortège s’est plusieurs fois disloqué puis reformé. Il a erré, un peu au hasard, dans les rues de Moscou. Personne n’était là pour en prendre la tête.

C’est un crachat à la face du peuple. Tout ce pouvoir n’existe que par le mensonge. Plus les gens réalisent ce qui se passe, plus les gens vont se dresser contre eux.Un manifestant moscoviteà franceinfo

Depuis mercredi, les dirigeants de l’opposition sont systématiquement arrêtés, perquisitionnés et visés par des enquêtes. Leurs permanences sont fouillées et leur matériel confisqué. Samedi, ceux qui n’ont pas été arrêtés dès la sortie de leur domicile ont été interpellés pendant la manifestation sous les huées de la foule. Les manifestants sont exaspérés, pas tant par l’enjeu des élections au Parlement de Moscou, en fin de compte très limité, que par le cynisme avec lequel les candidats d’opposition ont été évincés, qui est ressenti par les Moscovites comme une véritable insulte.

Une répression d'une ampleur rare

Le pouvoir, quoi qu’il en soit, n’a fait aucun geste en direction des manifestants. Bien au contraire, la répression qui s’est abattue sur l’opposition est d’une ampleur rare, même pour la Russie. Au total, plus de 1 000 personnes ont été arrêtées et plusieurs dizaines ont été blessées. Internet a même semblé être coupé pendant le défilé et deux télévisions indépendantes ont été visées par des descentes des services spéciaux. On n’avait pas vu un tel arsenal répressif depuis des années.

Cependant, malgré l’ampleur de la répression, les manifestants se veulent optimistes. "Je pense que tous les grands changements commencent par des petits pas. C’est très important de maintenir la pression et de continuer à agir, estime un manifestant moscovite. Ce n’est pas parce qu’une manifestation a échoué et que tout le monde s’est fait embarquer qu’il faut rester chez soi à se plaindre que rien ne change jamais !"

Sonné, mais pas découragé

Malgré les arrestations et les violences policières, les organisateurs se veulent optimistes. "C'est une réussite, car les gens sont quand même descendus dans la rue, malgré toute une semaine d’intimidations. Nous allons continuer la lutte, pour la liberté, pour notre ville, pour la dignité.", estime Konstantin Yankauskas. Ce candidat, interdit de participer à la manifestation, était présent aux côtés des manifestants : "Je vais sans doute me faire arrêter dans un moment, mais les gens vont continuer à se battre, nous n’avons pas peur, c’est le plus important." Quelques minutes plus tard, la police l'a interpellé. Il a déclaré avoir été frappé et étranglé au sol par un agent.

Samedi soir, l’opposition russe a appelé à poursuivre la mobilisation. Elle est sonnée, mais pas découragée. Depuis leurs cellules, ses chefs ont appelé à poursuivre la mobilisation. Une prochaine manifestation a déjà été annoncée, le 3 août prochain à Moscou pour ne pas laisser retomber la pression. Reste à voir si le pouvoir russe choisira de poursuivre sur la voie de la répression.

Reportage de Léo Vidal-Giraud
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