L'avenir de Total est en Russie

La mort accidentelle de Christophe de Margerie sur le sol russe illustre les liens étroits qui liaient Total au pays. Des liens qui pèsent déjà 207.000 barils équivalent pétrole. Pour Total, la Russie devait devenir le premier pays d’extraction.

Rencontre entre Christophe de Margerie et Vladimir Poutine alors Premier ministre, le 2 mars 2011.
Rencontre entre Christophe de Margerie et Vladimir Poutine alors Premier ministre, le 2 mars 2011. (AFP)

Vladimir Poutine pleure «un vrai ami de notre pays». Christophe de Margerie n’en faisait pas mystère. Il estimait que les sanctions occidentales contre la Russie dans le dossier ukrainien constituaient «une voie sans issue». Le 21 octobre, quelques heures avant sa mort, il répétait lors d’une réunion que les sanctions étaient «injustes et improductives». Il était un des rares grands patrons occidentaux à se montrer en Russie, malgré le contexte. On comprend que pour les dirigeants russes il s’agit d’une grande perte.
 
Mais ce soutien n’avait rien de philanthropique. Total est présent depuis 1991 en Russie. D’ici 2020, ce sera sa première source de production d’hydrocarbures. Le français a commencé par le pétrole, puis le gaz, il entend développer à présent les pétroles de schiste, dont la Sibérie détient les plus grandes réserves mondiales. De Margerie a beaucoup investi en Russie, mais «dans l'intérêt de son entreprise», souligne Alexandre Frolov, le directeur adjoint de l'Institut national de l'Energie, cité par l'AFP.
 
Pour faire sa place, Total s’est associé aux grands du secteurs. Le gazier Novatek dont il possède 18% du capital, Lukiol pour explorer des réserves de pétrole de schiste sur le gisement de Bazhenov en Sibérie, et récemment avec l’incontournable Gazprom pour un projet en mer de Barents.
 
Le projet de Termokarstovoye fournira ses premiers mètres cubes de gaz en 2015. Les six millions de mètres cubes annuels, transportés par des pipelines construits sur le permafrost, seront liquéfiés dans une usine distante de 180 kilomètres.
 
Embargo et sanctions économiques n’ont pas fait obstacle aux ambitions du pétrolier français. Seule la coentreprise avec Lukiol est arrêtée. Quant au projet Yamal de construction d’une usine géante de liquéfaction de gaz, il se fera avec des capitaux chinois. En effet, Total ne peut plus recourir aux financements en dollars d’un projet qui se monte à 27 milliards de dollars.
 
La mort de Christophe de Margerie ne changera en rien la politique de Total en Russie, tant le pays est vital pour le développement du groupe.