Crise du rouble : "En un an, mon salaire a perdu la moitié de sa valeur"

Francetv info a interrogé des personnes vivant en Russie pour comprendre quel est l'impact de la chute de la monnaie national sur la population.

Des clients attendent devant un bureau de change à Moscou, le 17 décembre 2014.
Des clients attendent devant un bureau de change à Moscou, le 17 décembre 2014. ( MAXIM ZMEYEV / REUTERS )

La Russie s'enfonce dans la crise. Depuis le plongeon du rouble lundi 15 et mardi 16 décembre, le pays navigue à vue entre une profonde récession, une flambée des prix et un système bancaire fragilisé. La monnaie russe semblait stabilisée vendredi 19 décembre (1 euro vaut environ 73 roubles et 1 dollar 59 roubles), mais la population doit maintenant faire face aux conséquences de ce choc monétaire. Francetv info a interrogé des Russes pour se rendre compte de la situation.

"Une vraie panique est née"

"Après la chute du rouble en début de semaine, une vraie panique est née, raconte Dimitri, un journaliste russe indépendant de 22 ans. Les gens ont commencé à entendre parler du problème, j'ai vu des personnes un peu partout essayer de retirer de l'argent, car elles avaient peur que les banques cessent d'en distribuer." 

"Les Russes sont anxieux, du coup, ils veulent échanger leurs roubles contre des devises étrangères, ils agissent un peu dans la précipitation, car ils ne savent pas ce qu'il se passe", ajoute Alexander, producteur dans une petite émission de télévision sur une chaîne gouvernementale. 

"Les gens ont acheté frénétiquement des produits électroniques et de nouvelles voitures dans l'espoir qu'ils conserveront mieux leur valeur que le rouble, détaille également Hugh, un Irlandais expatrié à Moscou. Ils ne se rendent pas compte que ces biens risquent rapidement d'être dépréciés". "J'ai constaté des files d'attente dans les magasins pour acheter des télévisions, des réfrigérateurs", confirme de son côté Dimitri.

Pénurie et inflation au programme

Conséquence : certaines entreprises comme Apple ou Ikea ont pris des mesures drastiques, raconte ce journaliste moscovite. "L'Apple store, par exemple, a fermé son offre sur le web il y a deux jours, il était impossible d'acheter quoi que ce soit en ligne", précise-t-il. La marque à la pomme perdait trop d'argent en raison des fluctuations du rouble. Elle a donc prévu d'augmenter fortement ses prix avant de rouvrir. Même McDonald's a ajusté ses tarifs. Le prix du Big Mac a ainsi augmenté de 2,2% pour s'établir à 94 roubles, rapporte Business Insider (en anglais).

Cette attitude de sur-consommation des Russes a entraîné une relative pénurie sur certains biens de consommation, devenus des valeurs refuge. Par conséquent l'inflation est en route. Déjà proche de 10%, elle menace d'atteindre les 15% dans les mois à venir, entraînant une baisse du pouvoir d'achat des ménages. "On m'a dit que les lave-linge étaient passés, en moyenne, de 30 000 à 38 000 roubles", illustre Alexander.

Un problème pour voyager

"Ce n'est pas encore une véritable crise économique, mais simplement une crise de la monnaie. Nous avons de la nourriture, des loisirs, internet... Nous disposons encore de tout ce qu'il faut pour vivre, relativise Alexander en rappelant qu'il n'y a pas, pour l'instant, de pénurie sur les produits essentiels. Je ne suis pas en panique ou en dépression, mais, comme beaucoup de Russes, je ne sais pas trop quoi faire."

Pour ce jeune de 24 ans, le principal problème reste le financement de ses éventuelles vacances : "En un an, mon salaire a perdu la moitié de sa valeur : il y a un an, il correspondait, en rouble, à 2 000 dollars par mois. Maintenant, il ne vaut même pas 1 000 dollars... J'avais prévu de partir en Espagne cet été, mais ça va être difficile." Même problème pour Hugh, qui envisageait de se rendre en Irlande : "Si je rentre à la maison pour Noël, je vais certainement le sentir passer..."

"La Russie a surmonté d'autres tempêtes par le passé"

"La situation peut rappeler la crise de 1998 [lorsque la Russie a fini par être placée en défaut de paiement], mais les données sont différentes", estime Dimitri. "En 1998, la Russie était un pays en faillite, maintenant c'est un Etat en bonne santé financière", confirme à l'AFP Chris Weafer, de la société de conseil Macro Advisory. "Cette fois, c'est surtout une crise politique pour Vladimir Poutine", lâche Alexander, qui ne cache pas son inimitié contre le président russe.

Pour Dimitri, le plus dur reste à venir. "En décembre, il y a les bonus de fin d'année, donc les gens ont le sentiment d'avoir encore de l'argent, mais la véritable crise, ce sera dans un ou deux mois, sans doute en février je pense." Faut-il en conséquence envisager un départ de Russie ? "Je connais pas mal de gens qui souhaitent partir, ils ne veulent pas vivre dans un pays comme celui-ci, confie Alexander. Mais moi, je suis Russe, c'est mon pays et je ne partirai pas." 

"Je ne suis pas inquiet, la Russie a surmonté d'autres tempêtes par le passé et je ne vais pas partir après sept années passées ici, se rassure Hugh. Il sera plus facile d'évaluer les choses quand nous entrerons dans 2015."