Comment Yves Rocher s'est retrouvé impliqué dans la condamnation du principal opposant russe

Opposé au régime de Vladimir Poutine, Alexeï Navalny a été reconnu coupable avec son frère Oleg d'escroquerie au détriment de la filiale russe du groupe de cosmétique français.

L\'opposant russe Alexeï Navalny après son jugement à Moscou (Russie), le 30 décembre 2014.
L'opposant russe Alexeï Navalny après son jugement à Moscou (Russie), le 30 décembre 2014. (SERGEI KARPUKHIN / REUTERS)

Avec ses produits cosmétiques naturels et accessibles, le groupe Yves Rocher s'était imposé comme un modèle de réussite française dans la Russie post-soviétique. Le nom de la marque est désormais associé à l'affaire qui a valu une condamnation à l'opposant numéro un au régime de Vladimir Poutine. 

Alexeï Navalny et son frère Oleg ont été en effet reconnus coupables d'escroquerie, mardi 30 décembre, au détriment d'Yves Rocher Vostok, la filiale russe du groupe français. Le préjudice est évalué par les enquêteurs russes à quelque 27 millions de roubles (près de 400 000 euros). Pour la peine, Alexeï Navalny a été condamné à trois ans et demi de prison avec sursis, et son frère à trois ans et demi de prison ferme.

Une affaire très politique et sensible

Victime dans une affaire dont les implications la dépasse ? Manipulée par les autorités ? Soucieuse de plaire au pouvoir ? Après s'être refusée à tout commentaire, la société a assuré dans la journée avoir "agi dans le respect des usages et procédures en vigueur". "Yves Rocher est une marque dont l'éthique et l'indépendance ne sauraient être remises en question", plaide encore l'entreprise familiale.

Dans cette affaire très politique, la société marche sur des œufs. Elle jure ne pas être à l'origine de la procédure et n'avoir déposé plainte que pour défendre ses intérêts. Elle assure aussi avoir eu accès au dossier lorsque les enquêteurs russes ont commencé à s'interroger en 2012 sur le contrat la liant à la société de transport des frères NavalnyGlavpodpiska, soupçonnée de surfacturation.

Abus de confiance et menaces 

Après enquête, le groupe Yves Rocher a fait savoir que les tarifs pratiqués par Glavpodpiska étaient bien compétitifs, et qu'elle n'avait donc pas subi de préjudice. Mais début décembre, le groupe s'est interrogé, selon un porte-parole, à propos de certains témoignages indiquant que la Poste russe – au sein de laquelle Oleg Navalny exerçait des responsabilités – aurait pu augmenter ses capacités localement, permettant ainsi à l'entreprise de se passer de prestataire privé.

A la suite de différents appels au boycott, le patron d'Yves Rocher Vostok, Bruno Leproux, qui avait signé la plainte, a discrètement quitté l'entreprise, pour "des raisons personnelles", dit-on. Passé chez un concurrent local, ce diplômé de Saint-Cyr jure que son contrat n'a pas été prolongé. Il s'est aussi dit victime d'abus de confiance et a déclaré avoir fait l'objet de menaces des frères Navalny.

Les partisans de Navalny mobilisés contre Yves Rocher

Les partisans d'Alexeï Navalny, particulièrement actifs sur les réseaux sociaux, se déchaînent depuis sur la page Facebook de la marque : "Brûlez en enfer", "monstres", "que votre entrepôt brûle", peut-on lire. Le traducteur réputé de littérature russe André Markowicz a dénoncé sur Facebook un "piège (...) organisé par Poutine". Mardi soir, plus de 130 personnes ont été interpellées à Moscou, lors d'une manifestation non autorisée pour protester contre la condamnation d'Alexeï Navalny.