"C'est notre propre humanité qui est en question en Syrie" : une association réclame "un ultimatum humanitaire"

Michel Morzière, président d'une association qui soutient les victimes de guerre, craint des transferts de population et la création d'"une nouvelle bande de Gaza".

Des enfants dans un camp de réfugiés au sud d\'Idleb, le 28 décembre 2019.
Des enfants dans un camp de réfugiés au sud d'Idleb, le 28 décembre 2019. (AAREF WATAD / AFP)

"Il y a une véritable responsabilité de la communauté internationale", a dénoncé dimanche 29 décembre sur franceinfo Michel Morzière, président d’honneur de l’association Revivre et porte-parole du collectif pour une Syrie libre et démocratique. Plus de 235 000 Syriens ont été déplacés en près de deux semaines du fait de l'intensification des combats et des bombardements du régime et de son allié russe dans la province d'Idleb (nord-ouest), a indiqué l'ONU vendredi. Michel Morzière exige "un ultimatum humanitaire". Le collectif pour une Syrie libre et démocratique organise un rassemblement à Paris, dimanche à 15 heures, alors que l'Union européenne appelle Damas et ses alliés à mettre un terme à "l'escalade de la violence" et aux "bombardements indiscriminés".

franceinfo : 235 000 civils ont été déplacés ces derniers jours dans le nord-ouest de la Syrie. Ils ont besoin d'une aide urgente ?

Michel Morzière : Il y a besoin, surtout, d'arrêter les bombardements, on ne peut apporter une aide que s'il n'y a pas de bombardement. On est devant une catastrophe annoncée. On a vu ce qu'il s'était passé en décembre 2016 à Alep, puis à la Ghouta [oasis au sud-est de Damas], à Douma. Et maintenant, Idleb : trois millions de Syriens ont été concentrés dans cette région avec des bombardements russes sur les populations civiles, les hôpitaux, les écoles. Il y a une véritable responsabilité de la communauté internationale, de nos dirigeants. Angela Merkel et Emmanuel Macron étaient garants d'un accord passé en octobre 2018 à Istanbul [qui prévoyait la mise en place d'une "zone démilitarisée"]. Ils doivent réagir. 

Les communiqués officiels pour dénoncer sans proposer de véritables sanctions, ça donne de la bonne conscience mais ça ne sert à rien.Michel Morzière, président d’honneur de l’association Revivreà franceinfo

Il y a une volonté délibérée des Russes et de Damas de tuer les civils ?

C'est la stratégie Grozny [durant la guerre de Tchétchénie, la capitale a été anéantie par les Russes] : il faut terroriser la population pour qu'elle fasse pression sur les rebelles pour que ça s'arrête et qu'il y ait encore des transferts de population. Je suis catastrophé. Il faut regarder l'Histoire. C'est la guerre d'Espagne, puis après ç'a été Munich, et après on a vu ce que cela a donné. Regardons la Syrie, trois millions de personnes à Idlib... Qu'est-ce qu'on va faire ? On va faire un cessez-le-feu quand il y aura eu des centaines de morts, peut-être des milliers ? Des transferts de population via la Turquie ? Erdogan a dit qu'il ne voulait plus les prendre chez lui. On va les mettre dans cette fameuse bande frontalière de 125 km de long sur 30 km ? On va créer une nouvelle bande de Gaza et on aura dix ans de tragédie !

Les camps de réfugiés au nord de la Syrie, zone frontalière avec la Turquie, sont déjà saturés, quelle est la situation sur place ?

On est dans une catastrophe humanitaire. C'est l'hiver, en plus. On demande un ultimatum humanitaire. Cela avait été demandé par le président Hollande et la chancelière Merkel et cela avait permis de stabiliser et de sauver les populations au moment d'Alep [en 2016]. C'est un rapport de force : Vladimir Poutine joue aux échecs et il n'a personne en face de lui, il est sûr de gagner !

Une partie de l'aide humanitaire passait par la Turquie, or la Russie et la Chine ne veulent plus de cette route. Elles ont mis leur veto le 20 décembre au Conseil de sécurité à un projet de résolution sur l'aide. 

Ce veto est honteux. Il faut des corridors humanitaires, c'est notre propre humanité qui est en question.

Pourquoi la Russie et la Chine s'opposent-elles à cette route ?

Parce qu'il faut terroriser les populations ! Qu'elles n'en peuvent plus ! Qu'elles soient bombardées et puis après, qu'elles aient faim, comme cela c'est passé à la Ghouta orientale, à Alep !