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Royaume-Uni : "Les tabloïds ne supportent pas que Meghan Markle ne se plie pas aux règles de la famille royale"

Franceinfo a interrogé Sonia Delesalle-Stolper, correspondante du journal "Libération" à Londres, afin de comprendre le traitement réservé à Meghan par la presse à scandale.

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Propos recueillis par - Vincent Matalon
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Un Britannique lit un exemplaire du tabloïd "The Sun", jeudi 9 janvier 2020 à Londres (Royaume-Uni). (TOLGA AKMEN / AFP)

La presse à scandale britannique a trouvé la responsable des remous au sein de la famille royale : Meghan Markle. Moins de 24 heures après l'annonce fracassante du prince Harry et son épouse, qui souhaitent prendre du recul vis-à-vis de leurs responsabilités, de nombreux tabloïds estiment que l'ancienne actrice est à la manœuvre. Ironisant sur l'interminable feuilleton de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, le Sun évoque même, jeudi 9 janvier, un "Megxit".

>> Pourquoi la prise de distance de Harry et Meghan avec la famille royale plonge le Royaume-Uni dans l'incrédulité

Comment la duchesse de Sussex est-elle traitée par la presse à scandale ? Que cache ce traitement médiatique ? Pour le savoir, franceinfo a interrogé Sonia Delesalle-Stolper, correspondante du journal Libération à Londres.

Franceinfo : Comment la presse britannique réagit-elle au lendemain de la décision de Harry et Meghan de prendre du recul vis-à-vis de la famille royale ?

A l'exception du Daily Telegraph, conservateur et très attaché à la monarchie, la presse quotidienne dite "de qualité" réagit plutôt bien à cette décision. En revanche, les tabloïds sont furieux ! C'est un véritable concert de récriminations contre ce couple jugé ingrat, et ces critiques visent surtout Meghan. On lit des commentaires outrés sur cette Américaine, qui aurait été accueillie à bras ouverts et qui ose aujourd'hui se libérer du carcan royal. 

On la désigne comme la responsable d'une rupture avec la famille royale, alors même qu'il ne s'agit que d'un éloignement.

Sonia Delesalle-Stolper

à franceinfo

Cette presse ne supporte pas bien que cette femme ne se plie pas aux règles de discrétion, non-écrites mais bien établies de la vie royale : elle revendique ses origines afro-américaines, s'est mariée à 35 ans, et avait déjà une carrière et une notoriété bien à elle, avant de rencontrer son mari.

Ce traitement envers Meghan Markle est-il inhabituel de la part de la presse ?

La lune de miel entre Meghan et les tabloïds a été courte, mais elle a existé. Au moment de ses fiançailles avec Harry, la presse à scandale décrivait leur romance comme un conte de fées. Très vite, les tabloïds ont commencé à reprocher à Meghan d'en faire toujours soit trop, soit pas assez. Cela a été frappant après la naissance de son fils Archie. La presse people s'offusquait de ne pas le voir suffisamment, mais lorsque Meghan l'a montré en public, on lui a reproché de l'exposer à son avantage et même de ne pas le porter convenablement !

La duchesse de Sussex a également un rapport avec sa vie privée différent des autres membres de la famille royale…

Cela peut sembler paradoxal quand on évoque les tabloïds, mais les critiques envers Meghan ne sont pas toujours frontales. La manière dont elle est comparée à Kate Middleton [l'épouse de William, deuxième dans l'ordre de succession au trône] est assez frappante : il n'est pas rare de trouver, sur une double page, un article critique envers Meghan à côté d'un autre sur Kate, apparue radieuse à une inauguration ou un gala.

Toute roturière qu'elle soit, Kate a grandi dans les cercles qui préparent à une éventuelle entrée dans la famille royale : elle possède les bons contacts, a fréquenté la bonne université… Elle s'est finalement fondue tout à fait naturellement dans l'espèce de manière de vivre attendue d'un membre de la famille royale : on sourit, on ne se plaint pas, on est digne, et on ne dénonce pas les manières dont la presse expose sa vie privée.

Il y a toujours l'idée sous-jacente selon laquelle si vous êtes née ou êtes entrée dans cette vie au confort matériel considérable, vous devez accepter de voir votre vie exposée et ne pas vous rebeller contre cela. Meghan et Harry ont décidé que ça n'était pas une évidence.

Sonia Delesalle-Stolper

à franceinfo

Peut-être est-ce parce qu'il est héritier du trône, mais William semble accepter plus facilement que son frère l'intrusion médiatique. Il a une relation plus souple avec les tabloïds. Cela a été assez flagrant lorsque les deux frères se sont ouverts sur les épisodes dépressifs qu'ils ont traversés après la mort de leur mère Diana et sur la difficulté de vivre ça en public. Harry n'a pas caché que ce traumatisme était toujours présent chez lui, et qu'il redoutait de voir l'histoire se répéter et de voir sa femme attaquée par la presse.

Ce traitement médiatique est-il remis en cause au Royaume-Uni ?

Sur les réseaux sociaux, il y a un peu de tout : les partisans du couple Harry-Meghan et l'équipe des râleurs. Mais tout cela est encore très récent et la manière dont ils ont annoncé la nouvelle, sans concertation avec la famille royale, a pris tout le monde de court.

Je remarque tout de même une différence de traitement entre cette affaire et celle du prince Andrew et ses liens avec le pédophile américain Jeffrey Epstein. Son interview désastreuse avec la BBC a reçu une couverture énorme au Royaume-Uni, mais n'a pas donné lieu à une condamnation d'une telle ampleur. Là, il y a une espèce de rage envers un couple qu'on accuse de jeter ses privilèges aux orties.

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