Malouines: tension entre les deux anciens belligérants

D'avril à juin 1982, la guerre des Malouines entre l'Argentine et la Grande-Bretagne fit 255 morts parmi les soldats britanniques et 649 dans les rangs argentins. Trente ans plus tard, alors qu'existe un accord pour réduire les tensions, l'arrivée du prince William pour une mission de routine de l'armée de Sa Majesté déclenche une polémique.

Des vétérans de la guerre des Malouines acclamés par des supporters de football de Rosario (Argentine) le 02-04-2006
Des vétérans de la guerre des Malouines acclamés par des supporters de football de Rosario (Argentine) le 02-04-2006 (GUSTAVO ERCOLE / NA / AFP)

Sous domination britannique depuis1883, l’archipel, situé à 480km des côtes de l'Amérique du sud, peuplé de quelques 3.000 âmes, repoussa l’attaque fomentée par la dictature argentine, qui tomba un an après l'évènement. Depuis lors 1.000 soldats britanniques stationnent en permanence. Alors que l’Argentine réclame aux organismes internationaux un dialogue pour parvenir à un accord quant à la souveraineté des Malouines (Falklands pour les britanniques), la position de Londres ne change pas d’un iota. L’archipel demeurera sous la bannière de l’Union Jack tant que la population n’aura pas voté pour un choix différent.

Le Prince William achève sa formation
Face à la détermination argentine, Londres maintient en permanence un bateau de guerre dans la zone. La chancellerie britannique vient d’indiquer que le prince William (deuxième héritier au trône) se trouvera à bord d’un destroyer ultramoderne, le HMS Dauntless, en route pour l’archipel. «Une mission de routine» durant laquelle William parachèvera sa formation de pilote d’hélicoptère de surveillance et de sauvetage.

«L’héritier de la Couronne arrivant sur le sol de la patrie avec l’uniforme du conquérant et non la sagesse de l’Homme d’Etat au service de la paix et du dialogue entre les nations» c’est une «provocation», a relevé le ministère argentin des Affaires étrangères.

Pour Londres, les accusations de "militarisation" de l'archipel des Malouines, formulées le 7 février 2012 par la présidente argentine Cristina Kirchner, sont infondées.
 

Manifestation d'Argentins contre la présence britannique aux Malouines

(Euronews, le 25/01/2012)

La tension a commencé à monter lorsque, peu avant Noël 2011, quatre pays du Mercosur (Argentine, Uruguay, Brésil, Paraguay) et le Chili ont annoncé qu’ils refusaient de laisser accoster dans leurs ports des bateaux battant pavillon des Malouines. Ce qui est considéré par Londres comme «une pression économique» vis-à-vis des Malouines qui n’ont que la pêche  comme ressource importante avant l’élevage des moutons.

Sur la piste des richesses naturelles
Une nouvelle pomme de discorde a débuté en 2010 lorsque la Grande-Bretagne a commencé à chercher du pétrole dans l’archipel. Les premiers forages ont eu lieu à 62 miles (100 km)  au nord des Malouines (alors que selon la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer la revendication territoriale de tout pays est de 22 km à partir de ses côtes). Les opinions des experts sur les réserves au large des Malouines divergent, mais selon les plus optimistes, elles pourraient atteindre 60 milliards de barils, soit l’équivalent du gisement de la mer du nord (au nord de la Grande-Bretagne).

L’attitude de fermeté de Londres vis-à-vis de la volonté de discussion de Buenos-Aires sur l’avenir de l’archipel pourrait également avoir une autre cause, toujours liée aux matières premières. Selon un analyste militaire russe, Ilya Kramnik, Londres aimerait disposer d’une route au sud, avec l’île de la Géorgie-du-Sud et les îles Sandwich-du-Sud sur lesquelles elle entend maintenir sa souveraineté, alors qu’elle a un pied dans les Shetland du sud et les Orkney-du sud. Ce qui lui offrirait une route aisée pour l’Antarctique, un territoire qui regorge d’énormes ressources diverses, allant des richesses minérales, à l’eau douce en passant par les bio-ressources des mers.