Un orchestre d'expatriés syriens joue pour la première fois en France : "C’est un genre de résistance"

Un orchestre composé de musiciens syriens expatriés en Europe, aux Etats-Unis ou au Canada se produit pour la première fois en France samedi soir. Le concert est prévu au Centre d'art et de culture de Meudon, à côté de Paris.

Le Syrian Expat Philarmonic Orchestra (SEPO) en répétition.
Le Syrian Expat Philarmonic Orchestra (SEPO) en répétition. (SUAD BUSHNAQ / RADIOFRANCE)
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Edité par Mariam El KurdiAnne LamotteRadio France

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Le Syrian Expat Philarmonic Orchestra (SEPO) joue samedi 2 décembre au Centre d'art et de culture de Meudon (Hauts-de-Seine), dans le cadre d'un concert organisé par l'association Musique sans frontières. Ces musiciens professionnels expatriés en Europe ou en Amérique, espèrent donner une autre image de la Syrie, que celle des bombes et des massacres, et donner un peu d'espoir. Franceinfo a assisté à l'une de leurs répétitions.

Les musiciens répètent ensemble les oeuvres classiques qu'ils prévoient de jouer devant le public samedi soir : une série d'œuvres classiques de Richard Strauss, Claude Debussy ou Gabriel Fauré, mais aussi de la musique syrienne contemporaine, notamment deux morceaux signés Suad Bushnaq, compositrice de 35 ans, dont Road to Jenin.

Faire vivre le beau face aux bombes

La jeune femme a fait le déplacement depuis Toronto (Canada), où elle vit, pour assister aux répétitions à Meudon, avec la chair de poule. "C’est quelque chose de très spécial, ça me donne des frissons", dit-elle.

Elle se rappelle avec émotion de ses quatre années passées au Conservatoire de Damas, la capitale syrienne, au début des années 2000. Il y avait notamment un festival de jazz sur les remparts de la citadelle, se souvient-elle. Cet orchestre d'expatriés, explique Suad Bushnaq, c'est leur Syrie. 

Tout ce qu’on voit dans les médias, ce sont des gens qui meurent, du sang, des problèmes et pour nous, ce n’est pas la Syrie qu’on connaît, ce n’est pas la Syrie qu’on a vécue

Suad Bushnaq, compositrice syrienne

franceinfo

Elle tient à se rappeler de la Syrie d'avant-guerre, sa Syrie. "La Syrie qu’on connaît, c’est un miroir de ce qui s’est passé pendant notre vie, là-bas, avant la guerre", explique Suad Busnaq. Elle refuse d'ailleurs de parler politique. "L’orchestre est totalement apoltique. C’est pour ça que je dis que c’est comme de l’air frais", ajoute-t-elle.   


Continuer et résister pour les Syriens

Cet orchestre est comme une respiration et quelque part une façon de refuser l'horreur. "Faire de la musique, c’est un genre de résistance", explique Suad Bushnaq.

Quand tu fais la beauté, c’est un genre de résistance contre tout ce qui n’est pas beau, tout ce qui va détruire la vie. C’est une façon de dire : 'nous sommes vivants, on va continuer'

Suad Bushnaq

franceinfo

Raed Jazbeh, joueur de contrebasse, approuve. Avant, il vivait à Alep dans le nord de la Syrie. Il habite désormais à Brême, en Allemagne, et c'est lui qui a eu l'idée, il y a deux ans, de former cet orchestre. Selon lui, il faut "continuer" pour les Syriens qui vivent encore dans des ruines ou dans des camps, ceux qui n'ont pas eu de chance. Il a d'ailleurs des retours encourageants de ses compatriotes.

"Ils nous disent : 'continuez, on ne peut pas aller à vos concerts, mais s’il vous plaît continuez, on est fiers de vous'. C’est pour eux qu’on doit faire ça, même si on n’a pas le budget, même si on ne joue pas toujours dans les meilleures conditions. On doit le faire, vraiment", raconte le musicien. 

Un orchestre d'expatriés syriens joue pour la première fois en France : reportage d'Anne Lamotte
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