Toutes les 17 secondes, un Syrien fuit son pays

Ils sont désormais plus de 2 millions de réfugiés à avoir gagné les pays voisins de la Syrie. Leur afflux risque de déstabiliser la région.

Le camp de réfugiés de Zaatari, en Jordanie, le 18 juillet 2013.
Le camp de réfugiés de Zaatari, en Jordanie, le 18 juillet 2013. (MANDEL NGAN / AFP)

Un exode. Toutes les 17 secondes, un Syrien devient un réfugié. Ils fuient au Liban, en Jordanie, en Turquie, au Kurdistan irakien ou en Egypte. Mercredi 3 septembre, selon le Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies, la barre des 2 millions de réfugiés syriens a été franchie. Et 1,8 million ont fui leur pays au cours des douze derniers mois.

"La Syrie est devenue la grande tragédie de ce siècle  une calamité humanitaire indigne avec des souffrances et des déplacements de populations sans précédent dans l'histoire récente", s'est indigné António Guterres, le Haut Commissaire des Nations unies pour les réfugiés. En juillet, déjà, le HCR s'alarmait : jamais depuis le génocide rwandais, en 1994, le monde n'avait compté tant de réfugiés. Vingt ans plus tard, la République démocratique du Congo, voisine du Rwanda, ne s'est toujours pas redressée des conséquences de cet exode.

Un afflux massif de réfugiés

Aujourd'hui, l'histoire menace d'emprunter le même chemin. Parmi les réfugiés, 97% restent dans la région. Selon le décompte de l'organisme des Nations unies, les réfugiés syriens sont 716 000 au Liban pour un pays comptant 4,1 millions d'habitants. Comme si la France accueillait 11,5 millions de réfugiés en moins de trois ans. Plus que la population du Portugal.

"Au début, les réfugiés syriens ont trouvé leur place dans la société libanaise, s'intégrant dans les villes au sein des communautés vivant déjà au Liban. Mais aujourd'hui, leur poids est disproportionné", explique à francetv info Adrien Tomarchio, de l'ONG Acted. "Il y a des problèmes d'infrastructure, d'eau, d'assainissement."

Concurrence sur les emplois et le logement

Mais les problèmes ne s'arrêtent pas là. Depuis le début du conflit, le tourisme a plongé, les loyers ont grimpé, les Syriens acceptent de petits salaires et les tensions s'accroissent alors que cet afflux remet en question le fragile équilibre multiconfessionel du pays.

Le sondage d'un institut de recherche norvégien montre qu'une majorité de Libanais éprouvent un ressentiment envers les réfugiés syriens. Sur 900 personnes interrogées, 82% estiment que les réfugiés prennent "dans une large mesure" les emplois des Libanais, et pour trois-quarts des sondés, la crise syrienne a provoqué la chute des salaires. Finalement, 54% préfèreraient que le Liban ferme ses portes aux réfugiés syriens.

"Relents xénophobes"

En Jordanie, 515 000 réfugiés ont afflué dans un pays de 6 millions d'habitants. A la frontière, une ville a poussé dans la poussière. Le camp de Zaatari devait accueillir "30 000 ou 50 000 personnes au départ", selon Adrien Tomarchio. Il compte aujourd'hui 130 000 habitants, ce qui en fait le deuxième plus grand camp de réfugiés au monde et la cinquième ville du pays. Un autre camp d'une capacité équivalente doit ouvrir à Azraq.

Les tensions entre réfugiés syriens traumatisés et à cran peuvent être vives au sein du camp de Zaatari, comme l'explique le site Irinnews, mais aussi avec les Jordaniens. Dans ce pays parmi les plus secs au monde, l'accès à l'eau manque et les populations locales se trouvent en concurrence pour l'accès au travail et au logement. Cyril Roussel, géographe à l'Institut français du Proche-Orient à Amman, explique à Radio Vatican que ces rivalités suscitent un discours aux "relents xénophobes". Sans compter que les autorités jordaniennes redoutent l'implantation de cellules dormantes de jihadistes, selon le New Yorker (en anglais). 

Des pays qui se ferment

Jusque-là, "les pays voisins ont généreusement accepté" l'afflux de réfugiés, remarque Charlotte Phillips, d'Amnesty International. Mais, petit à petit, ils cherchent à juguler le débit. La Jordanie n'accepte plus les réfugiés irakiens et palestiniens venant de Syrie. Depuis la chute du président Mohamed Morsi, en Egypte, le pays se montre sourcilleux et aurait renvoyé au moins 48 Syriens, selon Amnesty International. En Turquie, on ne passe plus la frontière sans un passeport ou une urgence médicale depuis un an. L'Irak a fermé sa frontière en août 2012. Au Kurdistan irakien, quand "la frontière a rouvert mi-août, 45 000 réfugiés" se sont engouffrés, souligne Adrien Tomarchio.

Pour Charlotte Phillips, les Etats voisins doivent absolument "garder leurs frontières ouvertes". Mais il est nécessaire qu'ils reçoivent de l'aide de la communauté internationale. Elle doit leur fournir "une assistance financière" (en juillet, l'ONU estimait qu'il faudrait 2,3 milliards d'euros d'ici la fin de l'année), mener une action humanitaire "sur le long terme" et songer à "réinstaller les réfugiés dans des pays sûrs".