Syrie : quand l'armée russe utilise des images de jeux vidéo comme preuves "irréfutables"

Le ministère de la Défense a accusé les Etats-Unis de couvrir le groupe Etat islamique, sur la base d'une vidéo contenant des images d'un jeu.

Capture d\'écran du jeu vidéo utilisé par le ministère russe de la Défense dans son tweet, \"AC-130 Gunship Simulator\".
Capture d'écran du jeu vidéo utilisé par le ministère russe de la Défense dans son tweet, "AC-130 Gunship Simulator". (YOUTUBE.COM)

C'est une erreur embarrassante. L'armée russe a publié, mardi 14 novembre, des images présentées comme des preuves "irréfutables" que les Etats-Unis "couvrent" le groupe Etat islamique en Syrie. Une démonstration en images rapidement moquée sur les réseaux sociaux comme contenant une capture d'écran d'un jeu vidéo.

Tout a commencé par la publication sur les comptes officiels du ministre de la Défense d'images aériennes en noir et blanc prises, selon lui, le 9 novembre à la frontière irako-syrienne. Ces dernières fournissent "la confirmation irréfutable que les Etats-Unis, tout en simulant pour la communauté internationale une lutte implacable contre le terrorisme, assurent une couverture à des unités de l'Etat islamique", explique le ministère dans son communiqué.

Des accusations "sans fondement" pour les Etats-Unis

Mais l'ONG Conflict Intelligence Team (CIT), suivi par de nombreux internautes, a rapidement rapproché l'une de ces images avec le jeu vidéo de guerre "AC-130 Gunship Simulator: Special Ops Squadron". Selon CIT, d'autres images proviennent de vidéos diffusées par le ministre irakien de l'Intérieur en 2016, montrant des bombardements de jihadistes par son aviation. Les images en cause ont rapidement été supprimées par l'armée russe, qui a ensuite assuré à l'agence publique RIA-Novosti qu'il s'agissait d'une "erreur" de la part d'un employé civil.

L'armée américaine s'est amusée de l'incident, en démentant catégoriquement les accusations de Moscou. "Les communiqués du ministère russe de la Défense sont à peu près aussi exacts que leurs frappes aériennes", a déclaré le porte-parole de la coalition internationale anti-jihadiste dirigée par les Etats-Unis, le colonel Ryan Dillon. Pour lui, l'incident était "conforme à ce que nous voyons sortir du ministère russe de la Défense : c'est sans fondement, inexact et complètement faux".

L'armée russe, qui intervient en Syrie en soutien au régime de Bachar al-Assad a plusieurs fois accusé Washington de faire le jeu de l'EI en Syrie, l'accusant en octobre de "faire semblant" de combattre les jihadistes afin de "compliquer" l'avancée des troupes gouvernementales.