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Syrie : pourquoi les véritables cibles des frappes russes demeurent floues

Moscou dément viser les rebelles de l'Armée syrienne libre. Mais le Kremlin peine à convaincre. Explications.

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La ville de Talbisseh dans la province de Homs (Syrie), le 30 septembre 2015 après un bombardement russe. (MAHMOUD TAHA / AFP)

Moscou est formel. Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a assuré, jeudi 1er octobre, que la Russie ne visait pas l'armée syrienne libre lors de ses frappes en Syrie. Il a réaffirmé que l'aviation russe s'attaquait uniquement aux terroristes. Or "la Russie ne considère pas l'Armée syrienne libre comme un groupe terroriste", a-t-il martelé lors d'un discours face aux Nations unies.

Mais depuis le début de ses raids, mercredi, Moscou peine à convaincre la communauté internationale, notamment Paris et Washington. Voici pourquoi.

Moscou vise des zones où les forces de Damas sont majoritaires

Toutes les frappes ont eu lieu dans zones où s'entremêlent opposition rebelle et d'autres groupes islamistes et seulement quelques troupes de l'Etat islamique (EI). En effet, ils ont visé les régions de Homs, Hama et Idleb, dans l'ouest du pays.

Or la région de Homs est divisée entre les forces syriennes, l'opposition au régime de Bachar Al-Assad et les jihadistes de l'EI. La capitale éponyme de la province est sous le contrôle de l'armée officielle, à l'exception d'un quartier. Parmi les zones visées, on trouve aussi les localités de Rastane et Talbissé, majoritairement aux mains du Front Al-Nosra, la branche syrienne d'Al-Qaïda, et rival de l'EI.

La région de Hama est majoritairement sous le contrôle du régime, même si l'EI n'est pas totalement absent de la province. C'est surtout les frappes dans cette zone qui posent problème, car on y trouve des zones contrôlées par des groupes affiliés à Al-Qaïda, par l'EI mais également par des rebelles modérés et islamistes.

Mais les Russes répondent qu'ils ne font pas la différence entre Daech et les autres groupes islamistes. "Les forces aériennes russes visent l'Etat islamiste et d'autres groupes terroristes en coordination avec l'armée syrienne", a souligné le ministre russe des Affaires étrangères. 

La Russie frappe des zones où les forces d'Al-Assad ont subi des revers

Selon des analystes, Moscou essaye avant tout de diminuer la pression rebelle sur les territoires tenus par le régime dans l'ouest et le centre du pays. Et les Occidentaux soupçonnent Moscou de vouloir voler au secours d'Assad sous couvert de combattre le "terrorisme".

"Sous le grand slogan de la lutte contre le terrorisme, les Russes ciblent les forces qui sont les plus efficaces contre le régime" syrien, estime Zyad Majed, professeur à l'Université américaine de Paris. Ils ont ainsi bombardé des zones du centre et de l'ouest de la Syrie, où le régime "a subi d'importants revers ces derniers mois", précise-t-il.

La Russie a des intérêts à défendre

"La Russie se concentre sur le nord-ouest, pour protéger sa base navale de Tartous et la région autour de Lattaquié", où ils sont installés à l'aéroport, explique Shashank Joshi chercheur au Royal United Services Institute (Rusi), basé à Londres.

Et Moscou doit garder la face : "Si la Russie perd la Syrie, ce sera un camouflet géopolitique", poursuit Shashank Joshi. En effet, Moscou est un soutien indéfectible du régime de Damas depuis le début du conflit, en 2011.

Sans compter qu'en ciblant ces zones, la Russie défend également les intérêts de l'Iran, un autre soutien du régime de Damas et de Moscou. Pour Shashank Joshi, l'Iran chiite, comme le président Al-Assad, "cherche surtout à protéger une voie de passage pour le Hezbollah, dans les régions proches de la frontière du Liban et d'Israël".

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