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Syrie : Alep touchée par deux attentats à la voiture piégée

La deuxième ville de Syrie était jusque-là relativement épargnée par la contestation et la répression. Au même moment, Russes et Occidentaux se livrent à un bras de fer au sujet de la situation dans le pays.

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France Télévisions
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Sur les lieux d'un des deux attentats à la voiture piégée qui ont frappé Alep (Syrie), le 10 février 2012. (bh/mro)

Ce sont les premiers attentats qui touchent le poumon économique de la Syrie. Deux attaques à la voiture piégée ont secoué vendredi 10 février Alep, la deuxième ville du pays (nord), faisant au moins 25 morts et 175 blessés. Le pouvoir syrien a imputé ces deux attentats, les premiers du genre à frapper Alep, à des "gangs terroristes" qu'il accuse des violences depuis le début de la révolte en mars dernier.

De son côté, l'armée syrienne libre (ASL), qui regroupe les militaires dissidents, accuse le régime du président Bachar Al-Assad d'avoir commandité ces attentats "pour détourner l'attention" de la répression sanglante qu'il mène notamment à Homs (centre).

Les rebelles dénoncent une "mise en scène" du régime

A Alep, jusque-là relativement épargnée, les deux attentats ont visé le siège des renseignements militaires et le QG des forces de l'ordre, selon les autorités. La télévision officielle a montré des images des gravats sur le sol souillé de sang, des débris de voitures près d'un bâtiment de cinq étages éventré, ainsi que des secouristes récupérant des corps sous les décombres.

"C'est ça la liberté qu'ils revendiquent", a crié un sauveteur en montrant un bras en lambeaux, en référence aux insurgés. La commission générale de la révolution syrienne, un groupe d'opposition, a accusé les autorités des attentats, parlant "d'une nouvelle mise en scène réalisée par le régime comme celle à Damas".

Des attentats-suicides avaient été perpétrés dans la capitale en décembre et janvier, faisant des dizaines de morts et de blessés selon les autorités, qui les avaient imputés eux aussi à des "groupes terroristes armés". L'opposition avait, elle, accusé le régime.

Homs menacée par une crise humanitaire majeure 

Au même moment, les militants pro-démocratie faisaient état d'un assaut des blindés de l'armée régulière contre  le quartier Inchaat de Homs, bastion de la contestation pilonné à l'artillerie lourde depuis le 4 février. Les soldats ont ratissé le secteur maison par maison, a déclaré l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Depuis le début de l'offensive contre Homs, au moins 450 personnes ont péri, selon les militants.

Les ONG ont dit craindre une crise humanitaire majeure dans cette ville de 1,6 million d'habitants, où les communications téléphoniques et l'électricité sont coupées, les infrastructures détruites, les médicaments et la nourriture rares.

La Russie sous le feu des critiques

Pendant ce temps, Occidentaux et Russes semblent engagés dans un bras de fer sur la Syrie, les premiers dénonçant les "massacres" du régime et les seconds persistant à le soutenir, après avoir opposé leur veto à une résolution de l'ONU dénonçant la répression samedi dernier.

Vendredi, des manifestations étaient prévues en Syrie pour dénoncer le veto russe. "La Russie tue nos enfants. Ses avions, ses chars et son veto aussi tuent nos enfants", est-il écrit sur la page Facebook "Syrian Revolution 2011".

Le président américain, Barack Obama, a dénoncé un "bain de sang atroce", tandis que le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a condamné un "massacre quotidien". Son homologue britannique, William Hague, a appelé Bachar Al-Assad à quitter "immédiatement" le pouvoir. Le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, a déclaré que son pays ne pouvait "pas regarder les Syriens se faire tuer tous les jours" sans que la "communauté internationale" n'agisse.

Moscou campe sur ses positions

Malgré ces critiques, la Russie reste intraitable. Son vice-ministre des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov, a accusé l'Occident de s'être rendu complice de l'aggravation de la crise en soutenant les opposants, et a estimé que l'opposition serait désormais tenue pour responsable de la poursuite du bain de sang.

Enfin, des membres du Conseil de sécurité ont réagi prudemment à l'idée que l'ONU participe avec la Ligue arabe à une mission conjointe d'observateurs en Syrie, après l'annonce par le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, d'une décision arabe de renvoyer en Syrie sa mission d'observateurs. Des réunions des pays arabes sur la Syrie sont prévues dimanche au Caire (Egypte).

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