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Syrie : dans les pas des habitants d'Alep, de retour à la Citadelle et la mosquée des Omeyyades

En Syrie, l'affluence à la Citadelle et la mosquée des Omeyyades d'Alep surprend quand d'autres quartiers sont toujours désertés. Des habitants semblent vouloir se réapproprier les sites renommés, meurtris par la guerre. 

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Des habitants d'Alep viennent nombreux à la mosquée des Omeyyades, constater les dégâts causés par cinq ans de guerre (RADIO FRANCE / Alice Serrano)

En Syrie, de nombreux habitants d'Alep, désertée à présent par les rebelles, viennent en famille se rendre compte des stigmates de la guerre, dans la Vieille Ville, la Citadelle et la mosquée des Omeyyades.  

"Douze siècles partis"

A peine une semaine après la fin des combats, il s’agit d’une certaine manière de de se réapproprier la ville. Un habitant d'Alep, qui vient pour la troisième fois près de la mosquée des Omeyyades en partie effondrée, dit ressentir "un sentiment de brûlure" quand il voit l'état de destruction de l'édifice. 

Les abords de la mosquée sont très fréquentés. Une enseignante, Zoubeda, professeur de français à l’université d’Alep, explique que c’est la première fois qu’elle revient depuis cinq ans : "J’essaie de me retenir de pleurer, ça fait mal au cœur." Un mur est en partie écroulé, une grande place carrée qui participait à la renommée de la mosquée, est recouverte de gravats. A l’intérieur du bâtiment, des murs sont criblés de balles. Zoubeda décrit "une mosquée, plus qu’à moitié détruite". "Ce sont douze siècles qui sont partis", dit-elle.

Place des Omeyyades, il y a aussi cette image étonnante de deux jeunes filles qui prennent un selfie, peut-être pour témoigner qu’elles ont réussi à surmonter de longues épreuves.

Il y a aussi de l’affluence à la Citadelle, symbole de la Vieille Ville d’Alep et point stratégique dans cette guerre. Le lieu présente aujourd’hui un portrait géant de Bachar al-Assad.

La vérité d'une partie d'Alep

Dans ces secteurs, ce sont surtout des Aleppins de l’ouest que l’on croise, issus de la partie la plus aisée de la ville. Dans l’ensemble, ces habitants soutiennent le régime. Ils reprennent d’ailleurs le discours officiel sur les rebelles présentés comme des terroristes et sur la guerre importée de l’étranger. Youssef, tient un magasin de vêtements. "Nous, les Syriens, nous voulons la paix, c’est pour cela que nous demandons au peuple européen d’empêcher leurs gouvernements de soutenir les terroristes. Et aussi d’avoir une influence sur la Turquie, l’Arabie saoudite." Le commerçant ajoute : "Je suis fier, car nous avons réussi en Syrie à déjouer le plan américain, turc, et sioniste, pour diviser le pays."

Comme Youssef, ils sont nombreux, notamment dans les quartiers chrétiens, à assurer que les rebelles sont essentiellement étrangers et qu’il y a très peu d’Aleppins. La réalité est occultée, peut-être pour forcer la réconciliation dans la ville. Il faut toutefois rappeler qu’Alep a payé le prix fort lors de la guerre, avec 30 000 morts en cinq ans.  

Syrie : dans les pas des habitants d'Alep, de retour à la Citadelle et la mosquée des Omeyyades - un reportage d'Alice Serrano et Gilles Gallinaro
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