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Raids israéliens en Syrie : pourquoi la situation est explosive

Les attaques de Tsahal sur un centre militaire près de Damas visaient à empêcher les transferts d'armes entre l'Iran et le Hezbollah, selon un responsable israélien. Toute la région, très instable, est donc concernée. 

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France Télévisions
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Un tank israélien positionné sur le plateau du Golan, près de la frontière syrienne, dimanche 5 mai 2013.  (MENAHEM KAHANA / AFP)

L'intervention de l'Etat hébreu a-t-elle changé la donne en Syrie ? En 48 heures, Israël a mené deux raids aériens visant des cibles militaires dans le sud-est de Damas. Selon un responsable israélien, les armes qui s'y trouvaient venaient d'Iran, ennemi juré d'Israël, et étaient destinées au Hezbollah, la puissante formation libanaise alliée du régime syrien. Une information néanmoins démentie par Téhéran lundi 6 mai.

Ces frappes ont immédiatement mis le feu aux poudres. Lundi, un responsable syrien a assuré à la chaîne américaine CNN (lien en anglais) que ces attaques du week-end constituaient "une déclaration de guerre". Le régime d'Assad aurait l'intention de riposter, poursuit CNN. 

Alors que le conflit en Syrie a déjà fait 70 000 morts en plus de deux ans, francetv info revient sur les premières conséquences de l'intervention israélienne sur une région instable, en proie aux violences. 

Une escalade dans la région 

Ce regain de tensions n'augure rien de bon pour les partisans d'une solution diplomatique au conflit syrien. L'ONU "appelle toutes les parties à faire preuve du maximum de calme et de retenue et à agir de manière responsable pour éviter une escalade de ce qui est déjà un conflit dévastateur et très dangereux".

Le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil Al-Arabi, et le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon parlent les "risques pour la sécurité régionale""Il ne s'agit plus simplement d'un drame local, mais régional", a pour sa part réagi lundi le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius. Face à l'évolution de la situation, le ministre des Affaires étrangères français a plaidé pour une "solution politique".   

Une nouvelle donne dans le conflit israélo-iranien  

"Avec ces frappes, Israël ne s'attaque pas à Assad mais au Hezbollah et à l'Iran", a analysé dimanche pour l'AFP Eyal Zisser, spécialiste de la Syrie et professeur d'histoire à l'université de Tel-Aviv. Et pour cause, ces attaques, si elles ont bien touché des cibles iraniennes, brisent le circuit de transfert d'armes entre Téhéran et le Hezbollah libanais via Damas, comme l'explique Charles Enderlin, correspondant de France 2 à Jérusalem sur son blog. Une manœuvre israélienne rendue possible par l'affaiblissement de Bachar Al-Assad, deux ans après le début de la guerre civile. 

"Assad, avec tous ses problèmes, ne peut pas entrer en guerre, mais il peut lancer des missiles vers Israël, a commenté le général Giora Eiland, ex-chef de l'Agence de sécurité nationale israélienne. Que se passera-t-il ensuite ? Peut-être tirons-nous un peu trop sur la corde." 

En Israël, deux batteries anti-missiles ont été déployées dans le nord du pays, près de la frontière syrienne. L'armée israélienne a également ordonné la fermeture de l'espace aérien dans le nord du pays jusqu'au 9 mai. 

Une nouvelle donne dans le conflit syrien  

Aussitôt après les frappes, dimanche, le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, a présidé une réunion d'urgence de son cabinet de sécurité sur la Syrie, avant de partir pour une visite officielle en Chine. Pour Giora Eiland, Israël est aujourd'hui bel et bien impliqué dans le conflit qui ronge la Syrie en interne : "Il est maintenant dans l'intérêt d'Israël d'accélerer la chute d'Assad, qui est soumis au chantage du Hezbollah et de l'Iran qui lui demandent de continuer à transférer des armes en échange de leur soutien à son régime", a-t-il indiqué. 

L'Iran s'est par ailleurs proposé pour augmenter son soutien à l'armée du régime d'Assad. Outre le soutien militaire déjà en place, Téhéran a annoncé par la voix du commandant de l'armée de terre, le général Ahmad-Reza Pourdastan, que l'Iran était prêt à "entraîner" l'armée syrienne.

Enfin, la Syrie a évoqué une éventuelle riposte, selon la télévision syrienne : "Les missiles [sont] prêts pour frapper des cibles précises en cas de violation", a-t-elle rapporté sans plus de précisions.

L'embarras de la communauté internationale 

L'Egypte, l'Algérie et la Ligue arabe, laquelle a reconnu l'opposition syrienne en lui attribuant le siège de la Syrie et réprouve régulièrement les exactions perpétrées par le régime, a condamné dimanche les raids israéliens. L'organisation panarabe en a appelé à l'ONU, tandis que Damas a indiqué que l'Etat hébreu avait agi en soutien des rebelles, et plus particulièrement du Front Al-Nosra, la branche syrienne d'Al-Qaïda.

De son côté, le président américain, Barack Obama, a jugé "justifié" samedi que les Israéliens cherchent à "se protéger contre le transfert d'armes sophistiquées à des organisations terroristes comme le Hezbollah", légitimant l'initiative attribuée à l'Etat hébreu. Selon RFI, les Etats-Unis n'écartent plus la possibilité d'armer les rebelles syriens depuis vendredi. Mais Washington marche sur des œufs. "Les Américains ont parlé par téléphone avec des diplomates français et anglais sur des bombardements possibles en Syrie...", a indiqué lundi une journaliste de Canal + en poste à Washington, sur Twitter

Enfin, pour le chef de la diplomatie britannique, William Hague, ces rebondissements renforcent la nécessité de lever l'embargo européen sur les armes pour les rebelles syriens, a indiqué l'AFP. Mais pour son homologue autrichien, Michael Spindelegger, "il n'y a pas de lien entre la question de l'embargo sur les livraisons d'armes et les attaques israéliennes en Syrie. Au contraire, cela démontre qu'il y a trop d'armements en Syrie".

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