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Syrie : les déplacés d'Alep-Est ont fui des quartiers où la faim est aussi une arme de guerre

En Syrie, au nord d’Alep, des milliers de déplacés ont trouvé refuge dans un camp, à Jibrin. Sur franceinfo, des réfugiés d'Alep-Est témoignent d'un quotidien impossible, pris en étau entre les forces gouvernementales et les rebelles. 

Article rédigé par Valérie Crova, franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Des réfugiés des quartiers d'Alep-Est se sont réfugiés à Jibrin, au nord de la ville syrienne, pour fuir les combats et le manque de nourriture (YOUSSEF KARWASHAN / AFP)

A Jibrin, au nord d’Alep, des milliers de déplacés, essentiellement des femmes et des enfants, ont trouvé refuge dans de grands hangars. La plupart viennent d'Alep-Est, où l'armée syrienne est en passe de s'imposer. Ils fuient une vie impossible, dangereuse et meurtrière.

Une fuite, un refuge, un avenir incertain

Mardi 6 décembre, à Jibrin, un homme travaillant pour une ONG syrienne passe auprès de chaque adulte, demandant s’il y a des enfants, leur âge, et s’inquiétant de savoir s’il y a des handicapés. Le regard dans le vide, Aïcha semble épuisée. Elle est arrivée il y a cinq jours, avec sa fille de 13 ans et son fils de 10 ans. La mère de famille se montre soulagée : "Je remercie Dieu. Les gens qui sont ici nous aident beaucoup. Ils nous ont donné de la nourriture et tous les soins nécessaires." Expliquant qu’elle est seule, que ses enfants "n’ont pas de père", Aïcha raconte sa vie d’avant. "Je travaillais pour payer la location d’une maison. Après la crise, on a été obligés de s’installer chez des gens. Je n’ai pas de maison, je ne sais pas où aller." 

Tous ces déplacés ont fui les combats qui ont redoublé depuis qu’une offensive d’envergure a été lancée, mi-novembre, contre les différents groupes rebelles : l’Armée syrienne libre, les jihadistes du Fateh al-Cham, ancien Front al-Nosra, et des islamistes de Noureddine Al-Zenki. Alep-Est ressemble à un concentré de tous les intérêts en jeu en Syrie, à l’exception toutefois du groupe Etat islamique, qui en a été chassé en 2014.

La faim est aussi une arme de guerre

Pour faire plier les combattants anti-Assad, le régime a imposé un siège impitoyable depuis quatre mois. Un homme d’une cinquantaine d’années, un bébé dans les bras, explique la situation dans son ancien quartier : "Ils aidaient uniquement ceux qui étaient avec eux, qui combattaient avec eux." L’armée empêchait-elle la nourriture de rentrer ? "Bien sûr, il avait le siège", reconnait cet homme, arrivé au hangar il y a cinq jours. "Mais les rebelles avaient de la nourriture, poursuit-il, pourtant, ils ne la donnaient qu’aux gens qui combattaient avec eux".

En trois semaines, les raids meurtriers de l’aviation syrienne et de son allié russe ont tué plus de 300 civils, dans les quartiers d’Alep-Est. Des bombardements que Fatima serait presque tentée d’excuser. "Il y a parfois des victimes civiles, parfois c’est de l’autre côté. Les cibles ne sont pas toujours très précises. Les rebelles se sont infiltrés entre les civils. C’est obligé de recevoir des obus, même s’ils ne nous visent pas directement." Revenir dans le giron du régime impose une parole complaisante à son égard.

Un obus meurtrier au dîner 

A l’extérieur du camp, un vieux monsieur pousse son fils dans un fauteuil roulant. Il est venu récupérer des médicaments auprès du Croissant rouge syrien. "On était en train de dîner, raconte-t-il. Un obus a explosé et un éclat a blessé mon fils et ma femme. Et j’ai perdu un autre enfant." Il explique que les rebelles étaient dans son quartier et qu’ils étaient "à peu près à 100 mètres de chez lui".   

Pour tous les déplacés d’Alep, la guerre et ses souffrances n’ont que trop duré. Ils n’aspirent qu’à une seule chose, retourner dans leur maison, s’ils en ont une, et "vivre en paix, si Dieu le veut", ajoutent-ils, comme une fatalité.

Les déplacés d'Alep-Est ont fui des quartiers où la faim est aussi une arme de guerre : un reportage de Valérie Crova

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