"Il suffit d’un problème avec un seul Syrien pour qu’ils détestent tous les Syriens": en Turquie, la difficile cohabitation entre nationaux et réfugiés

La Turquie accueille 3,6 millions de Syriens sur les plus de 5 millions qui ont fui leur pays depuis le début du conflit en 2011. Mais dans les villes débordées par l’afflux de réfugiés, la cohabitation est de plus en plus difficile.

Vue d\'Istanbul en Turquie, le 6 juillet 2017.
Vue d'Istanbul en Turquie, le 6 juillet 2017. (ERDEM SAHIN / EPA)

Mohammed fait frire ses fallafels comme si rien n’avait changé. Mais ce restaurateur syrien, réfugié à Istanbul depuis huit ans, reconnaît qu’il n’est pas tranquille depuis les violences des dernières semaines. Le 29 juin notamment, une foule s’est attaquée à des commerces tenus par des Syriens dans un quartier populaire d’Istanbul. Tout est parti d’une rumeur selon laquelle un jeune Syrien avait agressé une fillette du quartier. L’incident, inédit par sa violence, n’est pas isolé.

"Je sais que 80% des Turcs ne me veulent pas de mal, mais il y a toujours ces 20% qui nous considèrent comme des ennemis", explique Mohammed. "Il suffit d’un problème avec un seul Syrien pour qu’ils détestent tous les Syriens. Mais moi, je paye des impôts ! Et qui en profite ? Les Turcs !", s'indigne-t-il. 

Les Syriens "volent" le travail des Turcs

Pourtant, le discours anti-Syriens convoque généralement des arguments économiques. On les accuse de "voler" le travail des Turcs alors que le chômage grimpe et de contribuer à l’inflation. Isa, un vendeur de kebab, ne cautionne pas les violences. Mais il veut que son pays renvoie tous les Syriens chez eux. "Quand j’ai voulu ouvrir un nouveau restaurant, j’ai eu toutes les peines du monde à obtenir les autorisations. Pourtant, je vois tous les jours de nouvelles enseignes syriennes. J’ai l’impression qu’on les favorise", se plaint-il.  

Abdallah, un Syrien de 23 ans qui étudie à Istanbul, entend souvent ce genre de discours. Mais il dit s’y être habitué et considérer les violences comme des incidents isolés. "Je ne veux pas croire que les Turcs qui s’en prennent à nous, sont racistes", dit-il.

Je veux croire qu’ils n’ont pas conscience de ce qui se passe en Syrie.Abdallah, un Syrien réfugiéà franceinfo

"Même si certains généralisent et rejettent tous les Syriens, je refuse de faire pareil avec les Turcs." Comme beaucoup de Syriens, Abdallah confie même qu’il souhaite rester en Turquie, même quand la guerre dans son pays sera enfin terminée.

Le reportage pour franceinfo à Istanbul d'Anne Audlauer.
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