En Syrie, les exécutions sommaires se multiplient

Soixante-huit cadavres d'hommes exécutés d'une balle dans la tête ont été découverts mardi à Alep. Des crimes de guerre pratiqués par les rebelles comme par les pro-régime.

Au moins 68 cadavres non identifiés ont été retrouvés dans la rivière Quweiq, à Alep (Syrie), le 29 janvier 2013.
Au moins 68 cadavres non identifiés ont été retrouvés dans la rivière Quweiq, à Alep (Syrie), le 29 janvier 2013. (JM LOPEZ / AFP)

Des corps sans vie gisant au bord d’une rivière. Mardi 29 janvier, à Alep, dans le nord de la Syrie, au moins 68 cadavres non identifiés ont été retrouvés. Il s'agit de jeunes "âgés d’une vingtaine d’années (qui) ont été exécutés d’une balle dans la tête", a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Un nouveau carnage dans le pays, le régime et la rébellion continuent de commettre des crimes de guerre. 

Victimes non identifiables, bourreaux inconnus

Les jeunes hommes, dont la majorité avaient les mains liées derrière le dos, ont été sortis de la rivière Quweiq, dans le quartier de Boustane al-Kasr à Alep, aux mains des rebelles. Une vidéo montrant les corps, publiée mardi sur la page Facebook de l'OSDH, semble confirmer qu'il s'agit de civils. Mais les victimes n'ayant aucun papier d'identité sur elles, l'identification reste impossible.

Ce scénario rappelle un autre massacre récent. Dimanche 30 décembre 2012, dans un quartier du nord de Damas, une trentaine de cadavres portant des marques de torture ont été découverts. Têtes coupées et défigurées, les victimes n'étaient pas identifiables. La Commission générale de la révolution syrienne a accusé les chabbiha, les milices du régime Assad, d’être derrière ces exécutions sommaires.

Aujourd'hui, les deux camps s'accusent mutuellement de la tuerie d'Alep. Abou Saada, un capitaine rebelle, l’impute aux forces de Bachar Al-Assad, alors qu'un responsable des services de sécurité du régime a affirmé qu'il s'agissait de "citoyens de Boustane al-Kasr qui ont été enlevés par des groupes terroristes après avoir été accusés d'être en faveur du régime".  

Des crimes de guerre pratiqués par les deux camps

Ces accusations sont évidemment difficiles à vérifier, et les deux camps ont déjà été accusés de pratiquer des exécutions sommaires. L'OSDH a publié, le 3 novembre, une vidéo de combattants pro-régime exécutant des prisonniers rebelles à l'arme automatique et découpant les oreilles des cadavres. Le 2 janvier, une vidéo diffusée par l'opposition syrienne montrait des miliciens fidèles au président Bachar Al-Assad poignarder à mort et achever deux hommes à coups de bloc de béton, relevait le site du quotidien francophone libanais L’Orient-Le Jour.

Mais les mains des rebelles ne sont pas moins salies. En juillet 2012, des images tournées par un amateur et postées sur YouTube par des militants montraient des rebelles de l'Armée syrienne libre tirant sur des prisonniers, identifiés comme des combattants aux côtés des forces du régime, écrivait Le Nouvel Obs. Dans d'autres vidéos datées du mois d'août, on voit des rebelles exécuter sommairement leurs prisonniers, dont des chabbiha, ou jeter des cadavres de miliciens du haut d’un immeuble.

"En Syrie, la guerre des vidéos d'exécutions sommaires", titrait ainsi Le Monde en novembreUn phénomène pas du tout anodin, car si ces documents peuvent difficilement être authentifiés, les deux camps tentent par tous les moyens de discréditer l'ennemi aux yeux de l'opinion internationale.