"Ce qu’a dit Macron, pour moi, ce ne sont que des mots" : dans le nord de la Syrie, l'amertume des kurdes

Les Kurdes du nord de la Syrie avaient pris au sérieux les déclarations de la délégation kurde à sa sortie de l'Elysée jeudi soir, qui indiquait que la France envisageait d'envoyer très rapidement des troupes françaises au Kurdistan syrien. Des propos démentis le lendemain par la présidence.

Des troupes américaines sur la route de Kobané à Ain Issa le 29 octobre 2017.
Des troupes américaines sur la route de Kobané à Ain Issa le 29 octobre 2017. (BULENT KILIC / AFP)

Durant quelques heures, les Kurdes ont cru à l’arrivée prochaine de troupes françaises pour barrer la route aux forces turques. Une joie qui a vite laissé la place à une immense déception. Un militant de Kobané : "Quand j’ai appris que ce n’était que des rumeurs, ça m’a rendu très triste. Nous ne voulons plus de mots, assez de déclarations, de communiqués. Nous voulons des actes. La France est membre de l’Otan, comme la Turquie qui nous attaque. Elle doit l’arrêter."

"Les Turcs veulent tuer le projet du Rojava"

Mais d’autres, comme Mohamed Hassan, un journaliste kurde originaire de la ville de Qamichli, ne voit rien de surprenant dans la position française : "En tant que journaliste, je ne suis pas surpris, je m’y attendais. Cela fait plus de 100 ans que les Français, les Américains, les Britanniques nous aident mais pas jusqu’au bout. Ils nous abandonnent toujours au milieu du gué, comme à Afrin où les Américains ne nous ont pas aidés. Ce qu’a dit Macron, pour moi, ce ne sont que des mots, mais ce qui est certain, c’est que les Turcs veulent tuer le projet du Rojava, cette entité autonome au nord de la Syrie, car c’est un projet qui ne cesse de grandir, donc ils veulent le détruire. Ils ont commencé à Afrin, et peut-être qu’ils iront à Manbij, tout dépendra des Etats-Unis et de la coalition." 

"Nous appelons la France à servir de médiatrice"

Pour Mustafa Hanifi, un homme politique kurde du nord de la Syrie, l’heure n’est pas à l’envoi de soldats français, mais à la médiation avec la Turquie : "Nous appelons la France à servir de médiatrice pour pousser la Turquie à arrêter ses menaces. La France est un grand pays, une grande démocratie, nous supplions Emmanuel Macron de nous soutenir, de tout faire pour mettre fin à l’agression turque." 

Une médiation française rejetée par la Turquie, dont les menaces sont prises très au sérieux par les habitants, comme Naz, une commerçante : "Je suis très inquiète car nous ne voulons plus fuir. Quand Daesh nous a attaqué il y a trois ans, on a du aller en Turquie et vivre une vie de réfugié sous des tentes. C’était une catastrophe. On attend de la France qu’elle nous protège pour ne pas que l’histoire se répète." Ici, beaucoup désormais n’attendent rien de la communauté internationale et gardent en tête le proverbe kurde « seules les montagnes sont nos amis ».