Les frappes en Syrie sont "indispensables en termes de crédibilité" pour la communauté internationale

Jean-Marc Lafon, confondateur de l'institut Action résilience, a affirmé samedi sur franceinfo qu'il fallait "faire quelque chose" après la dernière attaque chimique imputée au régime de Damas.

Lancement d\'un missile français lors d\'une opération militaire en Syrie, dans la nuit du 13 au 14 avril 2018.
Lancement d'un missile français lors d'une opération militaire en Syrie, dans la nuit du 13 au 14 avril 2018. (AFP PHOTO / ECPAD)

Les États-Unis, le Royaume-Uni et la France ont lancé dans la nuit de vendredi à samedi 14 avril une opération militaire conjointe en Syrie, en visant des sites stratégiques. Il s'agit de tirs de missiles en représailles à une attaque chimique présumée perpétrée le 7 avril à Douma, près de Damas. Pour Jean-Marc Lafon, cofondateur de l'institut Action résilience et observateur des conflits au Proche-Orient, ces frappes "ne vont pas affecter la capacité militaire" de Bachar Al-Assad.

franceinfo : Ces frappes en Syrie étaient-elles indispensables, selon vous ?

Jean-Marc Lafon : Oui, elles étaient indispensables en termes de crédibilité. Depuis 2013, à chaque fois qu'un usage d'armes chimiques a lieu, on parle de "ligne rouge" et il ne se passe pratiquement jamais rien. De ce point de vue-là, effectivement, si l'on voulait restaurer cette capacité à être dissuasif, il fallait faire quelque chose.

Quelles peuvent être les conséquences sur Bachar Al-Assad ? Que peut-il se passer maintenant ?

Sans doute pas grand-chose. D'autant que, depuis le temps qu'on prévient qu'on va frapper, je suppose qu'il y a eu des contacts en coulisses pour qu'il y ait le moins de dégâts possible. Cela ne va pas affecter sa capacité militaire, ni son rôle politique sur son pays. Là, vraiment, je pense que l'objet est de dissuader les usages d'armes chimiques, que ce soit en Syrie ou ailleurs. Car à laisser cet exemple impuni [l'attaque chimique présumée à Douma] aux yeux du monde entier, on ouvre la porte à d'autres choses, sur d'autres théâtres [d'opérations]. C'est pour cela qu'à un moment donné, il a été décidé d'intervenir militairement. Ce n'est pas pour peser sur le déroulement du conflit syrien.

Quel est l'intérêt pour Bachar Al-Assad d'utiliser des armes chimiques ?

Il ne reste plus beaucoup de troupes syriennes qui soient, d'un point de vue opérationnel, très efficaces. Donc ces troupes-là, il est important de faire en sorte qu'elles soient déployées le moins longtemps possible à un endroit pour les envoyer à un autre. Et c'est l'un des intérêts opérationnels d'utiliser des armes chimiques, même si la victoire à court terme est assurée : cela limite la durée de la présence de troupes efficaces sur un territoire et cela permet de les déployer très vite ailleurs où on en a grand besoin. Bachar Al-Assad a un intérêt opérationnel à utiliser des armes chimiques et c'est pourquoi il y a un intérêt concret à en dissuader l'utilisation.