Qatar : la loi sur l'emploi domestique "est une avancée" mais cela "en fait des travailleurs de second ordre"

Ahmed Benchemsi, responsable de la communication de Human Rights Watch pour la région Moyen-Orient, s'est réjoui de la loi sur l'emploi domestique, signée mardi, mais "ce n'est pas suffisant" a-t-il précisé.

Une femme fait ses courses à Doha (Qatar), le 7 juillet 2017. Image d\'illustration.
Une femme fait ses courses à Doha (Qatar), le 7 juillet 2017. Image d'illustration. (MANUEL P?REZ BELLA / EFE)

Le Cheikh Tamin ben Hamad Al Thani a signé mardi 22 août une loi qui protège les ressortissants étrangers employés à des tâches domestiques comme les personnels de maison, les cuisiniers ou les chauffeurs. Cette loi pour l’emploi domestique contraint légalement les employeurs à payer un salaire tous les mois à leur personnel et prévoit, entre autres, l’instauration de dix heures de travail maximum par jour ainsi que trois semaines de congés annuels. C’est la première loi qui codifie le droit des employés.

"Ce n’est pas suffisant", a estimé jeudi 24 août sur franceinfo Ahmed Benchemsi, responsable de la communication de Human Rights Watch (HRW) pour la région Moyen-Orient, ajoutant que "la loi pour l’emploi domestique garantit dix heures de travail par jour et un jour de repos par semaine alors que dans le Code du travail c’est 8 heures par jour, cela fait donc 12 heures de plus par semaine pour le travailleur domestique. Ce qui en fait des travailleurs de second ordre."

franceinfo : ces droits étaient réclamés depuis longtemps par HRW et Amnesty International, faut-il y voir une conséquence de la crise diplomatique et une volonté du Qatar de se faire bien voir ?

Ahmed Benchemsi : C’est possible mais cela fait des années que nous poussons pour que cela arrive. Cette loi n’est pas si soudaine, le Cheikh vient de la ratifier mais elle date de février dernier, quand le gouvernement l’avait adoptée.

Au Qatar, des gens n’avaient donc aucun statut de travail ?

Tout à fait. Il y a plus de 100 000 travailleurs domestiques, principalement des femmes qui n’avaient aucun droit. Quand on part de cette situation de non droit total, c’est une avancée importante. Cela étant, ce n’est pas suffisant. Il faut regarder dans le détail.

Les travailleurs domestiques ont certes obtenu des droits mais qui sont inférieurs à ceux des travailleurs normaux.Ahmed Benchemsi, responsable de la communication de Human Rights Watchà franceinfo

Par exemple, la loi pour l’emploi domestique garantit dix heures de travail par jour et un jour de repos par semaine alors que dans le Code du travail c’est 8 heures par jour, cela fait donc 12 heures de plus par semaine pour le travailleur domestique. Ce qui en fait des travailleurs de second ordre. Il faut que le Qatar adapte cette loi pour la mettre aux standards de l’organisation internationale du travail.

Qu’en est-il des autres travailleurs étrangers qui sont employés notamment sur les chantiers immenses ?

Le problème majeur reste la kafala, - le sponsorship -, qui signifie que le travailleur étranger est lié à un sponsor. Désormais le sponsor s’appelle un employeur mais cela ne change pas concrètement la situation. Tout travailleur étranger est lié à son sponsor, il ne peut pas changer de travail ni quitter le territoire sans autorisation. S’il y a abus et il y en a beaucoup, comme de la rétention de passeport, des paiements en retard, ou des conditions de sécurité imparfaite, et que le travailleur étranger change de travail ou décide de quitter le territoire sans autorisation, il peut même être mis en prison. C’est une situation où les gens sont liés à d’autres personnes, et c’est un problème de citoyenneté et d’inégalité à régler absolument.