Yémen : le palais présidentiel pris par les séparatistes après des affrontements qui ont fait 40 morts et 260 blessés

La coalition dirigée par les Saoudiens a appelé à un cessez-le-feu "immédiat" à Aden et à une "réunion d'urgence" des parties en conflit.

Des combattants séparatistes conduisent leur pick up à Aden, le 8 août 2019
Des combattants séparatistes conduisent leur pick up à Aden, le 8 août 2019 (NABIL HASAN / AFP)

Le Yémen, déjà ravagé par cinq ans de guerre civile, s'est davantage enfoncé dans le chaos. Samedi 9 août, des combattants ont pris le palais présidentiel à Aden, après plusieurs jours de combat dans cette grande ville du Sud. Depuis mercredi, ces affrontements opposent les séparatistes aux soldats du gouvernement. Tous sont pourtant alliés depuis 2015 au sein d'une coalition menée par le pouvoir saoudien à Ryad et le gouvernement émirati d'Abou Dhabi, dans le but de lutter contre les rebelles Houthis soutenus par l'Iran. Depuis jeudi, quelque 40 personnes on trouvé la mort et 260 autres ont été blessées, dont de nombreux civils, a annoncé dimanche le Bureau des affaires humanitaires des Nations unies.

"Nous avons pris le palais aux forces de la garde présidentielle sans combat", a assuré un porte-parole d'une force militaire séparatiste appelée "Cordon de sécurité" et formée par les Emirats arabes unis. Avant même que le palais présidentiel ne tombe, le ministre émirati des Affaires étrangères Abdallah ben Zayed s'était pour sa part déclaré "très inquiet" et avait affirmé "mettre en oeuvre tous les efforts possibles pour calmer la situation et aboutir à une désescalade".

Dialogue et cessez-le-feu

S'il s'agit d'une prise surtout symbolique - le président Abd Rabbo Mansour Hadi et son Premier ministre se trouvent en Arabie Saoudite, elle n'en marque pas moins un tournant, le ministère yéménite des Affaires étrangères ayant accusé les Emirats d'être "responsables du coup d'Etat" des séparatistes à Aden. "Nous demandons aux Emirats d'immédiatement cesser leur soutien matériel et militaire aux groupes qui se sont rebellés contre l'Etat", est-il précisé dans un tweet du ministère.

La coalition dirigée par les Saoudiens a, quant à elle, appelé, samedi, à un cessez-le-feu "immédiat" à Aden et à une "réunion d'urgence" des parties en conflit dans cette ville. Objectif : "Laisser une chance à la sagesse et au dialogue, pour renoncer aux divisions, pour mettre fin au conflit et pour s'unir", écrit sur Twitter le ministère saoudien des Affaires étrangères.

Une invitation acceptée par les séparatistes, dimanche matin. Dans un bref communiqué, le Conseil de transition du sud (STC), qui inclut les forces du "Cordon de sécurité", "se félicite de l'invitation des frères d'Arabie saoudite à dialoguer et assure y être disposé". Le gouvernement yéménite a lui aussi salué le cessez-le-feu immédiat à Aden, s'engageant à le respecter et soutenant la perspective d'une réunion dans le royaume saoudien.

Plus de 24 millions de personnes en demande d'assistance

Quoiqu'il en soit, pour le chef du Comité international de la Croix-Rouge au Yémen,  toutes les parties devraient tenir "les civils et les zones d'habitation" à l'écart des confrontations. Selon Médecins sans frontières (MSF), plus de 75 personnes blessées ont été soignées dans un hôpital relevant de cette ONG depuis vendredi. Environ 3,3 millions de personnes sont toujours déplacées et 24,1 millions, soit plus des deux tiers de la population, ont besoin d'assistance, selon l'ONU.